25 août 2009
Pourquoi les pirates sont là pour rester
Publié dans |Attendez-vous à ce que les attaques de pirates refassent les manchettes au cours des prochaines semaines. Après une accalmie estivale due à la mousson, les pirates somaliens se préparent à reprendre le large. Et ce n’est pas les navires de guerre qui les arrêteront.
Le Centre de la sécurité maritime dirigé par les forces navales européennes a averti les navigateurs qu’ils devront s’attendre à «une expansion continue et à une croissance rapide de la piraterie dans l’océan Indien», ainsi qu’à une «augmentation modeste» dans le Golfe d’Aden – entre la Somalie et le Yémen – une fois que les pluies et les forts vents se seront dissipés à la fin du mois d’août.
Ce retour attendu des pirates somaliens sur les mers survient en plein milieu d’une année record pour les actes de piraterie. Selon le Bureau maritime international, les attaques menées entre janvier et juin ont doublé par rapport à la même période l’année dernière, passant de 114 à 240. Elles ont eu lieu principalement au large de la Somalie, mais les pirates sont aussi actifs ailleurs dans le monde, surtout dans les mers de l’Asie du Sud-Est et au large du Nigéria. (Voir la carte interactive)
Cette explosion du nombre d’attaques s’est produite au moment même où trois douzaines de navires de guerre ont été déployés au large de la Somalie. Ces navires opérèrent sous trois coalitions multinationales (dirigées par l’OTAN, les États-Unis et l’Union européenne) dont l’unique mandat est de prévenir les actes de piraterie.
Pourquoi une telle armada ne parvient-elle pas à mettre en échec quelques hommes armés en bateaux de fortune? Le chercheur américain J. Peter Pham donne cinq raisons dans cet article:
1) les pirates peuvent s’adapter et modifier leurs tactiques très rapidement;
2) 1000 navires de guerre – trois fois la flotte de la U.S. Navy! – seraient nécessaires pour couvrir tous les endroits à risque;
3) comme les pirates frappent moins de 1 % des navires à travers le monde, le coût d’une telle patrouille serait démesuré;
4) la piraterie a besoin, pour prendre son essor, de deux éléments : des pays côtiers plongés dans le chaos, comme la Somalie, et des cibles prêtes à payer des rançons. Deux éléments qui ne manquent pas par les temps qui courent.
5) pour enrayer la piraterie, il faut agir sur la terre ferme. Mais les pays occidentaux sont très réticents à intervenir pour résoudre les problèmes de gouvernance dans les États en déliquescence.
Demain : les pirates, phénomène millénaire






août 25, 2009 à 12:55
Eh bien non, pas de transaction bancaire, justement pour éviter d’être retracé trop facilement: les versements de rançons se font en liquide, en petites coupures. Il n’est pas rare, d’ailleurs, qu’ils reçoivent de faux billets.
Ensuite, pourquoi s’en tirent-ils à si bon compte? Parce que les autorités sont de mèche dans la région autonome du Puntland, dans le nord-est de la Somalie, où les pirates sont particulièrement actifs. Le président de la région s’en défend bien, mais il y a moins de doutes en ce qui concerne les autorités locales. Il faut dire que le “marché” de la piraterie est très payant et attise par conséquent la corruption. Les revenus des pirates somaliens pour l’année 2008 s’élèveraient entre 80 et 150 millions $ selon l’ONU.
août 25, 2009 à 8:49
Permettez-moi d’afficher publiquement mon ignorance : comment font ces pirates pour s’en tirer si bien une fois la rançon donnée ? Je ne peux pas croire qu’on les paie en petites coupures, donc la transaction doit passer par une institution financière quelconque, n’est-il pas alors possible de suivre l’argent et de les attraper après coup ? Suis-je la proie d’une vision trop hollywoodienne des relations internationales ?
Je suppose que la réponse se trouve dans votre point 5), ce qui indiquerait que l’État demeure encore l’élément crucial à partir duquel doivent être comprises les relations internationales : sans la présence d’une État politiquement organisé et fort, la collaboration entre cet État et les autres États, et donc la possibilité d’une certaine justice, est si compromise qu’il s’agit à toute fin pratique d’un rapport de force.