16 novembre 2009
Un fumet de guerre froide entre la Chine et l’Inde
Publié dans |La coopération entre la Chine et l’Inde dans le dossier du réchauffement climatique à l’approche du sommet de Copenhague ne doit pas masquer la grande rivalité qui se dessine entre les deux. Pensez-y: deux voisins, les deux premières puissances démographiques de la planète, deux économies roulant à plein régime, deux puissances nucléaires et deux armées de plus en plus fortes dans une région aux recoins très instables. La table est mise pour une éventuelle guerre froide.
Le journaliste Guy Taillefer, qui séjourne présentement en Inde, rapportait lundi dans le Devoir les symptômes de cette rivalité croissante (l’article est verrouillé, malheureusement). Même si la Chine reste pour l’heure bien plus puissante que son voisin, indique-t-il, les gestes qu’elle pose à son endroit depuis quelques temps laissent clairement voir qu’elle s’inquiète de sa montée en puissance. Ce fut notamment la contestation symbolique de la souveraineté indienne sur le Cachemire – en refusant d’octroyer un visa à un Cachemirien – , la publication d’un éditorial virulent sur les «visées hégémoniques» de l’Inde en Asie dans un journal à la solde du régime chinois, et les 270 incursions de l’armée chinoise en territoire indien l’année dernière (selon la Défense indienne).
La frontière entre les deux pays est aussi une pomme de discorde importante. À son extrémité est, la Chine revendique sa souveraineté sur ce qu’elle appelle son «Tibet-Sud», qui est pour l’heure une part importante de l’État indien d’Arunachal Pradesh. À l’extrémité ouest, c’est l’Inde qui revendique sa souveraineté sur le haut plateau chinois d’Aksai Chin, qu’elle considère comme une partie du Cachemire.
Dans une entrevue que j’ai publiée la semaine dernière dans le même quotidien, le grand reporter Robert D. Kaplan fait échos aux propos de Taillefer. Selon lui, la rivalité sino-indienne sera au coeur du futur centre de gravité stratégique mondial, celui de la grande zone de l’Océan indien. Tout comme le rappelle Guy Taillefer ce matin, Kaplan observe une peur mutuelle de l’encerclement chez les Chinois et les Indiens et en conséquence, les deux puissances asiatiques jouent du coude dans la région pour tisser leur réseau d’alliances diplomatiques, économiques et militaires. Pendant que la Chine consolide ses liens avec le Pakistan, le Sri Lanka, le Bengladesh, la Thaïlande et la Birmanie, l’Inde fait de même avec l’Afghanistan, l’Iran et, aussi, la Birmanie.
Évidemment, la ligne de démarcation entre les réseaux d’alliances n’est pas tranchée au couteau comme au temps de la guerre froide. Les deux géants se marchent en effet sur les pieds en Afghanistan, où la Chine a des intérêts économiques de plus en plus importants, ou en Iran, qui peut compter sur la Chine au Conseil de sécurité de l’ONU pour s’opposer aux sanctions que souhaitent lui imposer la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis.





novembre 17, 2009 à 8:48
Guerre froide entre l’Inde et la Chine?
Mais n’y a-t-il pas eu une guerre «chaude» entre les deux pays à la fin du XXe siècle?
Et que dire du facteur musulman dans tout cela? On comprend que les deux puissances orientales s’occupent de l’Iran et de l’Afghanistan, parce que s’elles ne s’occupent pas d’eux, ils s’occuperont d’elles.
Pour ne rien dire de la division de l’Inde «ghandienne» lors de l’émancipation de ce territoire, sorti l’empire britannique, n’y a-t-il pas eu dernièrement des affrontements réguliers à l’intérieur de la province chinoise la plus musulmane?
Mais tout cela, ce sont des craintes inutiles… Obama vient de recevoir des promesses de la part du premier ministre chinois. Or il est sûr que la bonne volonté qui a causé les mots causera sous peu des gestes de la part du pays qui «contrôle» la dette mondiale américaine… La preuve de l’affection solide entre Obama et Hu, c’est que les Hindous se sentent de plus en plus laissés pour compte.