20 novembre 2009

Nouveau président de l’UE : un « marchandage typiquement européen »

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L’Union européenne a désormais un président en le premier ministre belge Herman Van Rompuy. La Britannique Catherine Ashton, actuelle commissaire européenne au commerce, devient pour sa part «ministre» (Haute Représentante) des affaires étrangères. Deux nominations inattendues que décortique le spécialiste de l’Europe, Frédéric Mérand*.

Herman Van Rompuy - Photo : Geert Vanden Wijngaert / AP / PC

Herman Van Rompuy - Photo : Geert Vanden Wijngaert / AP / PC

JFLT: Les deux sont très peu connus du grand public. Étonnant choix, à première vue, pour remplir les deux fonctions les plus visibles à ce jour de l’UE… Pourquoi les a-t-on choisis?

Frédéric Mérand [FR]: C’est le résultat d’un marchandage typiquement européen, entre petits et grands pays, gouvernements de droite et gouvernements de gauche, l’Europe du nord et la Méditerranée, les vieux États et les nouveaux. Il faut savoir que plusieurs États n’étaient pas très enthousiastes face à la création de ces postes: les petits pays se méfiaient d’un président du Conseil qui servirait les intérêts des grands pays; Londres, pour sa part, ne voyait pas d’un très bon œil le renforcement de la position du Haut Représentant pour la politique étrangère. Mais un accord a tout de même été trouvé dans le traité de Lisbonne.

Pour le poste de président du Conseil, Londres et Paris voulaient Tony Blair, une personnalité forte qui aurait pu faire ombrage au président de la Commission européenne [José Manuel Barroso]. Berlin et plusieurs petits pays souhaitaient au contraire une personnalité plus effacée, mais aussi plus rassembleuse. Le premier ministre belge, Van Rompuy, est le choix de ces derniers: conservateur modéré, consensuel, il vient d’un pays fondateur de l’UE historiquement proche de la France et de l’Allemagne. Mais le premier ministre britannique Gordon Brown a obtenu qu’une de ses protégées, social-démocrate, obtienne le poste de Haut Représentant pour la politique étrangère [Catherine Ashton].

Certes, ni Van Rompuy ni Ashton ne sont très connus du public, mais cela n’a jamais été leur fonction. Après tout, le président de la Commission, Barroso, est responsable devant le Parlement [européen], alors que Van Rompuy ne le sera pas.

JFLT: Quel sera leur rôle respectif?

FR: Le président du Conseil aura pour tâche d’animer le Conseil européen, l’instance suprême de l’Union européenne qui réunit les 27 chefs d’État et de gouvernement au moins quatre fois par année; ce sont les fameux «sommets européens» qui donnent les grandes orientations politiques et économiques de l’UE. Le président a aussi une fonction de représentation internationale. Son mandat est de deux ans et demi, renouvelable une fois. Le Haut Représentant pour la politique étrangère est le porte-parole, le «premier ambassadeur» de la politique étrangère européenne. Bien que théoriquement le subalterne du président du Conseil, il disposera en fait de ressources beaucoup plus considérables par le biais du budget de la Commission et d’un corps diplomatique important, mais qui reste à construire: le Service européen d’action extérieure.

JFLT: Avec un président et une «ministre» des affaires étrangères, l’Europe parlera-t-elle d’une seule voix sur la scène internationale?

FR: La politique étrangère de l’Union européenne se décide à l’unanimité des 27 États membres. La création de ces postes ne change rien à l’hétérogénéité relative de leurs visions politiques. Sur le Moyen-Orient ou le développement, les positions vont rester très proches. Sur la Russie ou le désarmement nucléaire, en revanche, elles continueront à diverger. Par ailleurs, la France et la Grande-Bretagne conservent leur siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU.

Mais le président et le ministre devraient rendre la vie des partenaires de l’UE, comme le Canada, légèrement plus facile. Nos diplomates n’auront plus systématiquement trois interlocuteurs européens en face d’eux dans chaque discussion ou négociation (la fameuse troïka qui réunissait un représentant du pays détenant la présidence tournante, un représentant de la Commission et un représentant du secrétariat du Conseil). Il n’est d’ailleurs pas impossible que la création d’un service diplomatique européen favorise la convergence des points de vue. Au final, Von Rompuy et Ashton devront tailler des habits à leur mesure, en fonction de la marge de manœuvre qu’il leur faudra arracher à des États-membres jaloux de leurs prérogatives.

* Frédéric Mérand est professeur au département de science politique de l’Université de Montréal, membre du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix (ROP) et du Groupe d’étude et de recherche sur la sécurité internationale (GERSI), au CERIUM.

Un commentaire à “

Nouveau président de l’UE : un « marchandage typiquement européen »

  1. 1
    Gébé Tremblay :

    Et encore des milliers de postes de plus qui ne produiront rien d’autre que de la paperasse scandaleusement coûteuse.

    Quelle arnaque !

    L’Économie du virtuel qui suce le fruit de la production réelle.

    Une autre bulle va péter plus vite qu’on le pense.


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