8 février 2010
Dans la cour d’école du voisin
Publié dans |Au début des années 70, j’ai fait partie de la deuxième promotion de la première école secondaire publique de langue française de Toronto. À l’époque, le système scolaire francophone était encore embryonnaire et l’idée d’étudier en français était vue par bon nombre d’anglophones comme une façon de prendre un mauvais départ dans la vie. Mon professeur d’anglais de 13ème année était du nombre. Elle avait de la difficulté à imaginer que des universités voudraient accueillir des étudiants dont la maîtrise de l’anglais n’était pas garantie – en tout cas à ses yeux. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle ne m’avait pas prédit un bel avenir.
Alors que je faisais encore mes premières armes en journalisme quelques années plus tard, j’avais réalisé un reportage sur le décrochage scolaire au sein de la minorité franco-ontarienne. À l’époque, les chiffres étaient effarants. Seuls les autochtones décrochaient davantage que les franco-ontariens, et de peu.
La semaine dernière, l’Institut de la statistique du Québec publiait une étude qui montre que les étudiants francophones de l’Ontario sont désormais proportionnellement plus nombreux à détenir un diplôme universitaire que leurs vis-à -vis anglophones. L’étude conclut à ce sujet:
“En bref, les jeunes adultes francophones de l’Ontario semblent avoir comblé le retard de scolarisation que leurs aînés accusent par rapport à leurs concitoyens anglophones, ce qui n’est pas encore le cas au Québec.”
Les raisons de ce redressement exemplaire de la minorité franco-ontarienne sont multiples. Sur le plan historique, on peut retenir:
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5 février 2010
Jack Layton: victoire anticipée
Publié dans |Je ne crois pas avoir couvert de chef politique aussi ensoleillé dans son indéniable détermination que le leader actuel du NPD. C’est pourquoi je crois que Jack Layton a toutes les chances de son côté dans la bataille qu’il amorce contre un ennemi que personne, en politique ou ailleurs, ne souhaite à ses pires ennemis.
4 février 2010
Gilles Duceppe parle de souveraineté à Ottawa !
Publié dans |Ça fait des lunes que le sujet n’a pas donné lieu à un discours aux Communes. Celui-ci a été prononcé hier à l’Université d’Ottawa et il fait le tour d’un jardin que va vraisemblablement revisiter à quelques reprises le chef bloquiste au cours des mois qui vont précéder le quinzième anniversaire du dernier référendum l’automne prochain. Il s’agit d’une mise à jour de l’état des lieux à la lumière de l’évolution récente des grands dossiers fédéraux.
N’y cherchez pas, par contre, de traces des questions d’affirmation identitaire qui 0nt beaucoup animé ces derniers temps certains cercles souverainistes et péquistes. Ce n’est peut-être pas nécessairement sa tasse de thé ?
3 février 2010
Jim Prentice: Lost in translation !
Publié dans |Voici l’extrait d’un communiqué émis par le ministère fédéral de l’environnement le 7 décembre dernier:
Le gouvernement du Canada a publié aujourd’hui un projet de règlement visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre provenant des nouveaux véhicules. Ce règlement s’appliquera aux véhicules à partir de l’année modèle 2011.
Voici un extrait sur le même sujet du discours prononcé lundi à Calgary par le ministre Prentice.
…il faut se rendre à l’évidence : il est tout-à -fait contre-productif et inutile pour le Canada et les entreprises canadiennes de faire cavalier seul, et de fixer et de viser une cible qui finirait par nuire au commerce et nous imposer un désavantage concurrentiel. Le nouveau règlement sur les véhicules proposé par le Québec est un bon exemple de gestes irrationnels tentés en vue d’obtenir une économie nord-américaine intégrée.
En anglais, la langue originale du texte de ce discours, le ministre a parlé de “folly”; en français, le règlement québécois devient un “geste irrationnel”. Et ce qui était en anglais un exemple “flagrant” est devenu, dans l’autre langue, un “bon” exemple.
Selon le Larousse en ligne sous folly:
1.     (uncountable) (formal) [foolishness] folie féminin, sottise féminin
it would be folly to continue ce serait folie de continuer
On comprend mieux pourquoi il a fallu quinze heures pour produire une version française du discours. C’est un de ces cas où la version livrée ne fait apparemment pas foi.
2 février 2010
Au sujet de l’éternité que constituent deux semaines en politique
Publié dans |Au sujet d’un sondage réalisé entre le 21 et le 24 janvier et qui donnait le Parti conservateur fédéral à 32% dans les intentions de vote contre 31% pour le PLC:  Selon le sondeur de la firme Harris-Décima, le sondage n’offre aucune bonne nouvelle pour les troupes de Michael Ignatieff. “(Le sondage) démontre qu’au moment où Stephen Harper a essuyé un dur coup avec la prorogation (…), Michael Ignatieff n’a pas obtenu un seul gain”, a affirmé Allan Gregg.
Au sujet d’un sondage réalisé par la même firme deux semaines plus tard et qui donne le Parti conservateur à 32% contre 32% pour le PLC, le même sondeur écrit: …it is clear that the Liberals are making some substantial inroads in battle ground constituencies.
Dans sa plus récente analyse, Allan Gregg conclut même que tous les gains réalisés par les conservateurs au détriment des libéraux en 2 009 ont été effacés au cours des premières semaines de 2 010.
2 février 2010
La santé en $ des partis fédéraux…
Publié dans |Le portrait des contributions récoltées sur le terrain par les partis fédéraux en 2 009 est maintenant complet et disponible. Sans surprise, le Parti conservateur demeure le champion – toutes catégories – du financement.
Sa position au pouvoir n’est pas étrangère à cette suprématie mais la formation de Stephen Harper est également mieux adaptée que le PLC aux réalités du financements populaire. Trimestre par trimestre, le Parti conservateur a amassé plus du double des contributions recueillies par les libéraux pendant la même période.
Sous Michael Ignatieff, le PLC a tout de même recueilli plus d’argent que sous Stéphane Dion. En gros, le total a doublé par rapport à la dernière année du leadership de M. Dion. Mais attention, l’augmentation s’est produite pendant la première moitié de l’année – soit durant la lune de miel du nouveau chef. En particulier, la tenue d’un congrès au leadership en mai a gonflé le total du deuxième trimestre libéral.
L’écart qui sépare le NPD des libéraux en matière de financement s’apparente à celui que rapportent les sondeurs sur le front des intentions de vote. Néanmoins, pendant le dernier trimestre de 2 009 – alors que la locomotive électorale de Michael Ignatieff était en panne – cet écart s’est considérablement rétréci (2 198 193 pour le PLC vs 1 653 848 pour le NPD).
La propension du Bloc québécois à compter surtout sur les subventions publiques pour se financer ne s’est pas démentie. En 2 009, la formation de Gilles Duceppe a recueilli moins d’un million de dollars en contributions individuelles. Pour mettre les choses en perspective, le Bloc avec 48 députés a recueilli moins d’argent sur le terrain que le Parti vert avec aucun.
Pour fins de comparaison, voici leur rendement respectifs par trimestre en 2 009:
Parti Vert ($)Â Â Â 215 966,96Â Â Â 194 090,47Â Â Â 265 507,00Â Â Â 491 309,74
Bloc ($)Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â 133 585,77Â Â Â 198 858,28Â Â Â 249 477,02Â Â Â 252 841,35
1 février 2010
M. Prentice souffle le chaud et le froid à Calgary…
Publié dans |48 heures après avoir formellement aligné les cibles de réduction de gaz à effet de serre du Canada sur celles des États-Unis, le ministre fédéral de l’environnement prenait la parole à l’Université de Calgary.
Voici trois extraits de l’allocution de Jim Prentice – je vous donne le texte original anglais parce que la traduction est de moi, celle du ministère n’étant pas complétée.
1-Au sujet de la nécessité d’arrimer la politique canadienne à celle des Américains et du danger, par comparaison, d’efforts unilatéraux comme ceux du Québec pour réduire plus agressivement ses émissions de gaz à effet de serre:
One of the most glaring examples of the folly of attempting to go it alone in an integrated North American economy is the new, and unique, vehicle regulations introduced by Quebec. These ensure that consumers will basically have to leave that province to buy their vehicles, to avoid levies of up to five thousand dollars, because seventy-five percent of the latest car and truck models don’t conform to the new rules.
Traduction: Les nouvelles normes imposées aux véhicules automobiles par le Québec sont un des exemples les plus flagrants de la folie sottise de tenter d’agir unilatéralement dans une économie nord-américaine intégrée. Parce que 75% des modèles récents de véhicules ne sont pas à la hauteur des nouvelles normes, ces dernières vont forcer les consommateurs québécois à quitter la province pour acheter leurs automobiles pour éviter de payer jusqu’à 5 000 dollars en frais supplémentaires.
2-Au sujet de la nécessité d’encadrer plus efficacement, en termes environnementaux, les sables bitumineux de l’Alberta:
The development of the oil sands and the environmental footprint of these industrial activities have become an international issue and as such, they now transcend the interests of any single corporation. What is at issue on the international stage is our reputation as a country.
Traduction: Le développement des sables bitumineux et leur empreinte environmentale sont devenus un sujet d’intérêt international. À ce titre, la gestion de cette empreinte transcende les intérêts d’une seule compagnie. Ce qui est en cause, c’est notre réputation internationale.
3-Au sujet de l’obligation faite au gouvernement fédéral d’imposer un assainissement de ses pratiques à l’industrie énergétique:
Absent this kind of Canadian leadership, we will be cast as a global poster child for environmentally unsound resource development. Canadians expect and deserve more than that.
For those of you who doubt that the government of Canada lacks either the willingness or the authority to protect our national interests as a ‘clean energy superpower,’ think again. We do and we will. And in our efforts we will expect and we will secure the co-operation of those private interests which are developing the oil sands. Consider it a responsibility that accompanies the right to develop these valuable Canadian resources.
Traduction: En l’absence de leadership canadien sur ce front (les sables bitumineux), nous allons devenir une figure emblématique d’un développement nuisible pour l’environnement. Les Canadiens méritent mieux que cela.
Ceux d’entre vous qui doutent de la volonté ou de l’autorité du gouvernement du Canada de protéger nos intérêts nationaux à titre de “grande puissance énergétique propre” se trompent. Nous avons cette autorité et nous allons imposer cette volonté. Et dans nos efforts, nous allons exiger et obtenir la coopération des intérêts privés qui exploitent les sables bitumineux. Considérez que c’est une responsabilité qui est intrinsèque au droit d’exploiter de précieuses ressources canadiennes.
Mise à jour: À midi hier à Calgary, une quinzaine d’heures plus tard ici, la version française du discours.
1 février 2010
Le grand défi de 2010 : l’unité canadienne
Publié dans |Du sommet de Copenhague, beaucoup ont retenu l’évidente cassure entre le Canada et ses partenaires industrialisés en matière de lutte contre les changements climatiques. Le spectacle de la délégation canadienne nageant énergiquement à contre-courant de la commuÂnauté internationale sur la question de l’environnement à la grand-messe du mois de décembre était saisissant.

Affiche de Greenpeace (photo : Adrian Wyld/PC)
Mais le sommet a donné lieu à un autre spectacle canadien encore plus inédit. Sur un thème incontournable du débat international actuel, le Canada est incapable de parler d’une seule voix. Et même s’il se dotait d’un gouvernement fédéral plus vert demain matin, ce derÂnier n’aurait pas pour autant les moyens politiques de ses ambitions écologiques.
En ce début de 2010, tout est en place pour ce qui pourrait devenir la première crise d’unité canadienne du 21e siècle. Ce n’est pas parce qu’on parÂlera d’environnement plutôt que de Constitution et de l’Alberta plutôt que du Québec que la réconciliation d’aspirations contradictoires s’annonce plus évidente, comme en font foi les éléments suivants.
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1 février 2010
Trudeau vs Lévesque: encore…
Publié dans |Les noms des cinq finalistes pour le prix Shaughnessy Cohen, qui récompense chaque année un ouvrage politique de langue anglaise au Canada, ont été dévoilés aujourd’hui et, parmi eux, on retrouve: Just Watch Me: The Life of Pierre-Elliott Trudeau de John English et René Lévesque de Daniel Poliquin.
30 janvier 2010
Une chronique littéraire !!!
Publié dans |Dans un café de Hanoï au début du mois, j’ai échangé Loving Frank, un extraordinaire roman de Nancy Horan* dont j’enviais déjà le prochain propriétaire, contre un livre infiniment moins bon dont je n’ai pas retenu le nom avant de l’abandonner, sans regret, au seul comptoir de bouquins de Sapa dans le nord du Vietnam.
J’ai perdu au change pour la deuxième fois. Entre plusieurs éditions dépassées du guide du Vietnam de Lonely Planet et un des multiples romans du prolifique Dean Kontz, le choix semblait s’imposer. Il serait plus exact de parler d’un non-choix.
Après en avoir lu quelques pages, je l’ai laissé dans le wagon-lit du train de nuit qui rentrait sur Hanoï. Au moment d’échanger des livres au Vietnam, l’état de la couverture compte autant que le contenu et celle-là était particulièrement fatiguée. Comme quoi je suis pas le seul lecteur désespéré à avoir parcouru la région.
À tout prendre, j’aurais mieux fait de racheter une édition frelatée du Quiet American de Graham Greene que des gamins vendent sur les rues de la capitale du nord du Vietnam pour seulement quelques sous mais que j’avais déjà lu à deux reprises. En plus, ces vendeurs ambulants sont une espèce en voie de disparition.
À une des rares librairies de Hanoï où on peut dénicher des ouvrages en français (de moins en moins) et en anglais (de plus en plus), j’ai eu le choix entre Camus et Balzac ou le top 10 des séries C du livre de poche anglophone… L’excursion ne valait pas le déplacement !
Au cours de mon escale précédente à Hong-Kong, j’avais mis la main sur la plus récente tranche des aventures du détective berlinois Bernhard Gunther, le personnage de Philip Kerr découvert par bien des lecteurs québécois par le biais de la version française de sa trilogie berlinoise.
J’ai traîné If the Dead Rise Not dans mes bagages pour le reste du voyage. Je savais que mon voisin Bob et mon fils Antoine voudraient le lire. Sa parution en Amérique du Nord est prévue pour plus tard cette année.
Au départ du Vietnam, j’ai finalement dû renoncer à le rapatrier pour cause de poids inutile. Ce n’est pas le meilleur ouvrage de la série Gunther.
Dans celui des aérogares de Séoul où Air Canada a ses pénates, on peut acheter l’équivalent de son poids en bijoux mais il n’y a même pas un kiosque à journaux. Par contre, pour le prix d’un breuvage, un café qui porte un nom littéraire permet à ses clients de lire un des six bouquins ou des dix revues qui sont sur ses tablettes.
Avec douze heures à tuer, j’y ai passé deux heures à renouer connaissance avec la prose de John Grisham. Je me suis souvenue des raisons pour lesquelles je ne fréquente plus ses ouvrages. En désespoir de livres, je me suis rabattue sur les ordinateurs du salon Feuille d’Érable et j’ai regardé en ligne le premier épisode de Mirador.
En attendant mon vol pour Montréal à l’arrivée à Vancouver, je me suis précipitée dans la première librairie de l’aéroport. J’ai dépensé mon argent de taxi pour acheter The Bishop’s Man du journaliste Linden MacIntyre. C’est, à juste titre, le best-seller canadien-anglais de la saison littéraire actuelle. Récipiendaire du prix Giller 2 009, son roman (certainement promis à une traduction en français) vaut amplement le détour.
Tout cela pour dire que si le iPad est vraiment à la hauteur des promesses de Apple en matière de livres, j’en aurai un dans mes bagages la prochaine fois.
* Loving Frank est disponible en version française.



