23 avril 2009

Cinq conseils pour la culture…

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Depuis la rentrée parlementaire de janvier, on a parlé davantage de culture que d’environnement à la Chambre des communes. Cet intérêt sans précédent des parlementaires fédéraux s’inscrit dans le prolongement de la campagne électorale de l’automne.

Lorsque les conservateurs ont trébuché sur le dossier culturel au Québec, les partis d’opposition ont découvert un talon d’Achille à exploiter, et le gouvernement de Stephen Harper, une brèche à réparer.

Mais si le passé est garant de l’avenir, l’intérêt actuel ne durera pas éternellement. Un dossier en chasse rapidement un autre sur la colline Parlementaire. La nouvelle ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, en sait quelque chose. Titulaire de ce qui était, il y a seulement cinq ans, le portefeuille le plus sollicité à Ottawa, elle a à peine eu droit à quatre petites questions de l’opposition depuis l’ouverture de la session.

Voici cinq conseils pour que le dossier culturel ne sombre pas totalement dans l’oubli après les prochaines élections.

1. La bataille pour la souveraineté culturelle ne se gagnera pas à Ottawa.

Depuis l’automne, aucun des principaux partis fédéralistes n’a pris le relais des demandes du gouvernement Charest en la matière. Ce n’est pas un hasard. L’idée de rapatrier la part québécoise des fonds fédéraux dans le domaine de la culture divise les milieux culturels et les communautés francophones du reste du Canada et du Québec.

C’est également un faux remède au problème de l’abdication par un futur gouvernement fédéral de son rôle de soutien à la culture. Par exemple, même avec un réseau plus élaboré que la moyenne provinciale, le Québec ne fait pas le poids par rapport au Canada en matière de rayonnement international.

La souveraineté culturelle sans la souveraineté tout court est un concept bancal, une demi-mesure qui donnerait une bonne excuse à de prochains gouvernements fédéraux pour se contenter d’offrir des verres à moitié plein aux milieux culturels du Canada et du Québec.

2. Les conservateurs sont revenus pour de bon.

Même si le règne conservateur prenait fin demain matin, ce parti demeurerait une formation importante que la règle de l’alternance ramènerait tôt ou tard au pouvoir.

De plus, à titre d’opposition officielle, le Parti conservateur aurait beaucoup à dire sur les sujets à l’ordre du jour du Parlement. Quand l’opposition ne se préoccupe pas de culture, le gouvernement s’en soucie peu.

Stephen Harper n’est pas éternel. Il y a, au sein de sa formation, des gens qui voient la diffusion de la culture comme un service essentiel, mais ils n’ont aucune chance de modifier la mentalité de leur organisation politique si tous les échanges de leur parti avec le milieu culturel se font par mégaphones interposés.

3. Connaître le prochain ministre du Patrimoine, c’est bien; connaître le futur ministre des Finances, c’est mieux.

Si les ministres des Affaires étrangères de Stephen Harper avaient été plus conscients de l’apport de la culture au rayonnement international du Canada, les programmes amputés l’été dernier auraient été mieux défendus. Et étant donné les défis budgétaires qui attendent le prochain gouvernement fédéral, la dernière personne à négliger sur les bancs de l’opposition officielle est celle qui a le plus de chances de devenir ministre des Finances.

4. Les simples députés ne sont pas que des figurants.

La plupart des députés qui siègent à Ottawa ne deviendront jamais ministres. Malgré cela, tous voudraient laisser une marque durable de leur passage en politique. La meilleure façon d’y arriver consiste souvent à se faire le défenseur d’une cause. Promouvoir un grand projet ou une politique culturelle auprès d’un ou de plusieurs députés engagés est souvent plus payant que d’en parler à un ministre distrait.

5. Les sénateurs ne sont pas seulement des retraités choyés.

Il y a à la Chambre haute un noyau de sénateurs qui viennent ou qui sont pro ches des milieux culturels. Non seulement ils ont leurs entrées dans leurs caucus respectifs, au même titre que les députés, mais en prime ils jouissent d’une sécurité d’emploi certaine par rapport à leurs collègues des Communes.

On a beaucoup tendance, dans les milieux culturels canadiens et québécois, à considérer la période actuelle comme celle d’une guerre sainte contre les conservateurs de Stephen Harper. Mais il y a un risque à voir le remplacement d’un gouvernement fédéral par un autre comme une fin en soi, et c’est celui d’échanger le statut d’assiégés aux prises avec un gouvernement hostile contre celui d’otages d’un régime amical.

—- Chronique publiée dans L’actualité du 15 mai 2009 —-


2 commentaires à “

Cinq conseils pour la culture…

  1. 2
    Developpez votre auditoire » Blog Archive » Les coulisses (fédérales) de la culture :

    [...] les dirigeants d’organismes artistiques et culturels devraient lire cette chronique de Chantal Hébert sur le site Web du magazine [...]


  2. 1
    Gilles de NDH :

    Je trouve que le commentaire de Madame est très intéressant. Je pense que la vraie affaire se situe dans l’élément trois de son billet: l’absence d’une conscience claire de l’apport culturel à l’économie générale, fait ensorte que cet aspect est négligé dans la vision économique générale des ministres des finances. Et je ne pense pas que cela changera dans un avenir prévisible.

    Mais le problème ce me semble être que de toutes façons, même si une majorité des gens le pensaient, les chances que les ministres des finances le pensent sont nulles.

    Pour ces gens là le mot économie c’est tellement sérieux, comment peut-il être relié d’une quelconque façon à la culture ?

    Ça ressemble à un cul de sac étroit. On est pogné au fond et on ne peut même pas songer à se retourner pour en sortir.