28 juin 2009

Feu le progressisme du mouvement conservateur canadien

Publié dans |

Jusqu’au début des années 90, le mouvement conservateur canadien a été dominé par son aile progressiste.  Elle a été à la clé de son succès électoral et des tenants de la mouvance progressiste, les Red Tories,  se sont succédés à la tête du Parti progressiste-conservateur aussi bien au niveau fédéral que dans des provinces centrales pour cette formation.John Diefenbaker, Robert Stanfield, Joe Clark, Brian Mulnoney, Kim Campbell et Jean Charest étaient tous issus de l’aile progressiste du mouvement conservateur. John Robarts et William Davis aussi et, à eux deux, ils ont gouverné  l’Ontario pendant le quart de siècle au cours duquel cette province a accédé à la modernité.  Peter Lougheed, considéré comme le premier ministre qui a fait entrer l’Alberta dans les ligues majeures de la politique canadienne, était également un progressiste.

L’arrivée en force en 1993 du Parti réformiste au Parlement fédéral et la quasi-élimination du Parti progressiste-conservateur du paysage canadien ont mis fin à cette époque. Aujourd’hui, le Canada est gouverné pour la première fois de son histoire moderne par un premier ministre conservateur qui est fier de ne pas être un progressiste.  En fin de semaine, le dernier vrai château-fort des Red Tories est également tombé.

À l’instar du mouvement conservateur canadien, le parti ontarien a rompu pour la première fois avec sa tradition progressiste au milieu des années 90, avec l’arrivée au pouvoir de Mike Harris. Sa “Révolution du bon sens”  allait à l’encontre des moeurs centristes de sa province et de l’héritage de sa formation.

Depuis le départ de Mike Harris, les conservateurs ontariens étaient revenus au centre, s’en remettant à deux chefs progressistes, Ernie Eves et John Tory, pour continuer sur la lancée électorale de l’ex-premier ministre.  Leurs échecs respectifs ont mené ce weekend au retour en force de l’aile plus pure et dure du mouvement conservateur ontarien.

Avec Tim Hudak comme chef, le parti conservateur ontarien sera désormais sur la même longueur d’ondes idéologique que son pendant fédéral.  M. Hudak s’est notamment distingué pendant la course au leadership en proposant l’abolition du tribunal ontarien des droits de la personne. (Sur le plan plus politique, il prévoit néanmoins lutter contre le projet de taxe harmonisée mis en place par ses cousins fédéraux avec le gouvernement libéral de Dalton McGuinty.)

Comme Stephen Harper, le nouveau chef devra composer avec une aile progressiste marginalisée – dont les éléments risquent de dériver vers le Parti libéral -  et un fort courant de conservatisme social qui a propulsé son champion, Frank Klees, en deuxième place ce weekend. (La dynamique de ce vote devrait d’ailleurs inciter ceux qui imaginent un retour du balancier vers le centre au sein du parti fédéral à l’occasion de la succession de Stephen Harper à y penser à deux fois. Les événements du weekend ont mis en évidence un déficit croissant de rapport de forces entre les Red Tories et la droite religieuse.)

Il se peut que le résultat de ce vote au leadership  soit une meilleure nouvelle pour le premier ministre Dalton McGuinty que pour l’avenir immédiat du Parti progressiste- conservateur de l’Ontario et que ce dernier en vienne à regretter d’avoir jeter une autre pelletée de terre sur son passé progressiste.

Ce résultat s’inscrit néanmoins dans une tendance lourde qui est en voie de transformer la culture politique du Canada.

Il fut un temps où la force de l’aile progressiste du mouvement conservateur combinée à la vigueur intellectuelle de ses pendants libéraux et néo-démocrates étaient largement garantes de ce que le débat politique canadien soit nettement plus centriste qu’aux États-Unis.  Mais aujourd’hui, la droite domine à la fois le débat politico-intellectuel canadien et le mouvement conservateur et certains des premiers ministres libéraux les plus influents – comme Gordon Campbell en Colombie-Britannique et Jean Charest au Québec – sont issus d’une mouvance plus conservatrice que libérale. Il y a même des jours où on a l’impression que Michael Ignatieff est finalement le Red Tory le plus influent de la scène fédérale.

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Un commentaire à “

Feu le progressisme du mouvement conservateur canadien

  1. 1
    admin :

    • jacques noel écrit :
    29 juin 2009 à
    @Turgeon et Gagnon
    La Charia Trudeau et les droits de la personne c’est toute une série de procès loufoques où des criminels ont été innocentés sur une virgule,
    c’est la police qui ne peut plus arrêter un Noir sans se faire accuser de faire du profilage raciale, c’est la droite qui ne plus critiquer la gauche sous prétexte qu’elle fait de la propagande haineuse, ce sont des pères qui ne peuvent plus voir leur enfant, c’est la Loi 101 massacrée, torpillée, c’est toute la saga des accommodements raisonnables, du poignards dans les classes aux femmes voilées partout en ville.
    Personne n’est contre l’égalité salariale entre les hommes et les femmes et personne n’interdit aux hommes de coucher ensemble. Arrêtez de charrier svp! Arrêtez de caricaturer.
    • 7
    Jérôme Gagnon écrit :
    29 juin 2009 à
    @ Jacques Noël
    Tribunaux indignes d’un pays démocratique? De toute évidence, vous ne savez pas de quoi vous parlez. Dans une démocratie moderne, on ne saurait laisser les droits de la minorité à la bonne volonté de la majorité. C’est d’ailleurs cet argument de «démocratie» que des gens comme vous invoquent pour brimer les droits à l’égalité de tous ceux qu’ils jugent «contraires à la norme». C’est tout ce que j’ai à vous dire.
    P.S.: Est-ce un vulgaire raccourci que vous empruntez ou ne savez-vous réellement pas ce qu’est la Charia? Il y a des limites à dire n’importe quoi.
    @ Madame Hébert
    Et si les red tories font défection vers le parti libéral, cela représenterait peut-être leur chance de se démarquer du NPD et de se centrer davantage. Et alors peut-être la division de la gauche serait chose du passé. Prenez Ignatieff. Comme vous dites, il semble davantage de centre-droit que de centre-gauche, donc pas de confusion possible avec les positions néo-démocrates. Un «mal» pour un bien, non?
    • 6
    Pierre-Luc Turgeon écrit :
    29 juin 2009 à
    C’est une situation bien inquiétante que celle-ci. La présence des red tories assuraient une alternance des majorités à la chambre des communes. Les puriste conservateur ont plafonné sous leur forme actuel. Le Canada restera en impasse politique tant que ce ne sera pas réglé.
    Il serait intéressant de voir un comparatif entre le programme de la défunte Alliance “Canadienne” et les politiques qui ont prioritées et qui sont appliquées dans le gouvernement actuel.
    @Jacques Noel
    Déparassons nous de cette mafia des “droits de la personne” qui ose permettre au femme un salaire égale! Qui permet a deux hommes de coucher ensemble! Qui permet au imigrant de se trouver un logement! Qui permet au musulman d’être concidéré pour une entrevue d’emploie.
    Non, mais quel absurdité! Il faut bien ne jamais avoir été oprimé ou victime de préjugé pour avoir une réflexion semblable. La majorité ne peut pas décidé des droits d’une minorité. C’est ridicule.
    Dite moi comment votre vie a été affecté par les décision de cette court? Car, tous les autres groupe que j’ai nommé on vue leur vie changer directement par cette dernière. Si vous trouvé quelque chose de négatif qui vous affecte directement, je comprendrai peut-être.
    • 5
    Pierre Brasseur écrit :
    29 juin 2009 à
    “Jusqu’au début des années 90, le mouvement conservateur canadien a été dominé par son aile progressiste. ”
    Autrement dit tous le monde pensait pareil, le bon vieux temps hein Chantal.
    Consolez vous ça n’a pas changé tant que ça, au pouvoir PLC et PCC sa se ressemble plus qu’autre chose.
    Malheureusement.
    • 4
    Epsilon écrit :
    28 juin 2009 à
    le problème avec la droite, c’est pas le côté économique, c’est le côté religieux “god bless america/canada”
    Moi j’aime bien avoir un discour pertinent avec des conservateur libertarien, sauf que si dans le même speech on me mentionne le “design intelligent”, oubliez-ça, pour moi c’est pire que toute.
    • 3
    Gilles de NDH écrit :
    28 juin 2009 à
    S’il est vrai que «Ce résultat s’inscrit néanmoins dans une tendance lourde qui est en voie de transformer la culture politique du Canada.», cela veut dire que le fractionnement idéologiquene pourra être sans conséquences sur le paysage politique, et que les tensions nepeuvent qu’aller croissantes. Ce qui se nomme l’unité canadienne se lézarde dangereusement.
    Et on peut aussi observer que cette tendance augmente aussi chez nous. Plusieurs commentaires lus parfois dans les pages de ce blogues au gré des sujets, témoignent de ce radicalisme de droite, que pour ma part je qualifierais de bête. à défaut d’être méchant.
    • 2
    Frédérik Boisvert écrit :
    28 juin 2009 à
    Red Tories vs la droite religieuse ?
    Un peu beaucoup simpliste…
    Réducteur à souhait.
    • 1
    jacques noel écrit :
    28 juin 2009 à
    Yes. J’ai souvent parlé des tribunaux des droits de la personne comme des tribunaux staliniens, des tribunaux où l’homme blanc hétérosexuel part avec deux prises contre lui. Bravo. Ces tribunaux sont des tribunaux politiques où la petite mafia des “droits de la personne” fait avancer sa cause au dépend de la majorité silencieuse.
    Qu’on se débarasse de ses %?&$ de tribunaux indignent d’un pays démocratique.
    Prochaine étape? La Charia Trudeau. Aux vidanges itou.


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