8 octobre 2009
La conscience troublée du Parlement
Publié dans |Dans la foulée du virage à 180 degrés du NPD, qui a prolongé le mois dernier les jours d’un gouvernement conservateur dont il se faisait depuis quatre ans une fierté de rejeter l’ensemble de l’Å“uvre, une vidéo enregistrée à l’occasion du souper annuel de la presse parlementaire en 2005 a refait surface.
Elle met en vedette Jack Layton, qui s’accompagne à la guitare pour chanter les vertus de la vente de l’appui du NPD au plus offrant. Intitulé « Party for Sale or Rent » (parti à vendre ou à louer), le texte composé pour l’occasion par le chef néo-démocrate ne laissait rien à l’interprétation.
« Offrez-moi n’importe quoi, n’importe quoi pour être dans les nouvelles. Sans principes et sans colonne vertébrale, n’importe quel gouvernement peut faire mon affaire », fredonnait alors allégrement Jack Layton devant un parterre de politiciens et de journalistes pliés en deux.
Il ne s’agit pas ici d’un enregistrement clandestin – du genre de celui où on voyait récemment Stephen Harper pourfendre les « socialistes et les séparatistes » pour mieux attiser les passions préélectorales de ses militants. À l’époque, la prestation de Jack Layton avait été diffusée en direct à CPAC, la chaîne parlementaire. Mais les circonstances entourant cette parodie étaient nettement plus glorieuses pour le NPD.
Au printemps de 2005, Jack Layton venait tout juste d’obteÂnir la réécriture d’un budget fédéral orienté sur ses prioÂrités en échange d’un sursis accordé par les néo-démocrates au gouvernement minoritaire de Paul Martin. À sa demande, des milliards de dollars de dépenses sociales avaient été ajoutées au plan économique du gouvernement. En rétroÂspective, le chef néo-démocrate était au sommet de sa gloire. Depuis, il n’a jamais cessé de négocier à la baisse, à tel point que son autocaricature de 2005 finit aujourÂd’hui par lui aller comme un gant.
L’an dernier, Jack Layton avait posé des conditions minimales pour s’asseoir à la table d’une coalition avec Stéphane Dion. Mais au moins avait-il obtenu en retour une place dans un futur cabinet. Le mois dernier, il s’est conÂtenté de miettes tombées de la table de l’assurance-emploi pour justifier son changement d’attitude radical à l’égard du gouvernement.
Pour ce faire, le NPD a accepté des modifications qui s’inspirent d’un concept victorien, celui du bon et du mauvais chôÂmeur. Comme l’a fait remarquer le Syndicat des travailÂleurs canadiens de l’automobile, seuls les chômeurs qui n’ont jamais eu la malchance d’avoir besoin de l’assurance-emploi dans le passé profiteront des nouÂvelles dispositions ; les autres ne devront compter que sur eux-mêmes.
On est loin de l’époque où le NPD défiait une opinion publique canadienne surchauffée pour s’insurger contre la Loi sur les mesures de guerre, en 1970. Ou de celle où, de 1972 à 1974, David Lewis profitait d’un Parlement minoritaire pour imposer son credo en matière de nationalisme économique. Aujourd’hui, le NPD est devenu un parti dont les convictions sont à géométrie variable.
Mais la dérive de ce parti de principes, devenu parti de compromissions, n’a pas commencé avec Jack Layton. Elle s’est seulement intensifiée depuis son arrivée à la tête du NPD. Dès le départ d’Ed Broadbent, le NPD avait renié des années d’appui aux revendications traditionnelles du Québec en choisissant une chef débarquée en politique fédérale sur la vague anti-Meech.
Quelques années plus tard, la successeure d’Audrey McLaughÂlin, Alexa McDoÂnough, enterrait sommairement l’appui néo-démocrate au concept d’autodétermination des peuples en appuyant la loi fédérale sur la clarté référendaire. Alexa McDonough avait bien flirté avec l’idée de s’opposer à la loi de Stéphane Dion, mais après avoir été rappelée à l’ordre par les premiers ministres néo-démocrates de l’Ouest, elle était rapidement rentrée dans le rang.
L’automne dernier, le parti de Jack Layton a fait campagne contre le projet de taxe sur le carbone de Stéphane Dion, position plus payante sur le plan électoral, en particulier en Colombie-Britannique, où les cousins provinciaux du NPD menaient leur propre croisade contre une taxe du même ordre, mais qui a découragé bien des écologistes.
Pour beaucoup de néo-démocrates, la méthode de Jack Layton commence à avoir fait son temps. Mais peut-être aura-t-il une dernière occasion de mettre son appui aux enchères si le résultat des prochaines élections devait laisser libéraux et conservateurs au coude-à -coude dans le compte de sièges. D’objecteur de conscience, le NPD est devenu le mercenaire du Parlement fédéral.




octobre 9, 2009 à 4:23
Layton fait des compromis face à un gouvernement minoritaire, Mon Dieu!
Sans Layton on serait en campagne électorale. Pour les junkies de la politique comme Chantal Hébert ce serait bien le fun, mais le peuple, pardon les peuples on est au Canada, veulent que ça gouverne et que ça fasse des compromis.
octobre 8, 2009 à 23:41
En confiant la gouvernance du pays Québec/Canada aux politiciens, tous&toutes abdiquent leurs responsabilités individuelles d’auto-gouvernance y trouvant lá la parfaite excuse á leur couardise collective: “c’est pas d’ma faute, c’est celle du gouvernement!”
Nous n’avons que ce que nous méritons et ne récoltons que ce que nous avons semé.
Qui va maintenant séparer l’ivraie du bon grain?
octobre 8, 2009 à 21:48
Dr.Green,
On pourrait interpréter le comportement du NPD comme une compromission, c’est vrai, car c’est cela peut perçu comme une rumpture avec les idéaux qu’ils défendent.
Cependant, je comprends deux causes à leur décisiosn d’appuyer les Conservateurs.
1)Devant une demi-mesure ou pas de mesure dutout, se sachant incapable pour l’instant de prendre le pouvoir il choisissent la demi-mesure.
2) Au moment de ce choix, la migration de leur vote vers le PLC était une menace a leur représentation au Communes.
Pour moi ce n’est pas un bris avec leurs idéaux, c’est plutôt du simple réalisme. Dans le court terme une beau principe dans le placard, c’est comme ne pas avoir de principe.
Quand a la Guerre en Afganistan. Aucun courage politique en effet. Même un gouvernement considérant notre participation militaire à cet aventure, devrait avoir la décence de diriger dynamiquement et efficacement l’effort fait par les soldats canadiens. C’est pas le cas car on est encore en train de régler le problème ailleur qu’à sa source, les zones tribales Pakistanaise. Aussi notre gouvernement ne devait pas accepter autre chose qu’un effort proportionel de tous les participants quitte a retirer ses billes.
Et ca a tellement pris de temps pour revoir cette super stagégie que quand on quittera ce pays il y aurra plus de terroristes en puissance que quand on y est entré. Bravo les gars.
octobre 8, 2009 à 15:04
Puisqu’il n’y aura pas de bye bye cette année, radio-canada devrait présenter les meilleurs moments des politiciens chanteurs. Cela serait divertissant!
octobre 8, 2009 à 13:10
Un cado pour Pablo…
octobre 8, 2009 à 13:03
Peut-être Jack a-t-il fait son temps mais il a été le plus amusant.
Que du talent chez les parlementaires. Après la performance de Stephen au piano avec “I need little help from my friend” et Jack ci-haut à la guitare, instruments et voix, les deux vont bien ensemble.
Par contre le prince russe Ignatieff lui…beaucoup de questionnement, pas beaucoup de réponse. Le seul talent qu’on lui connaît, c’est de dire une chose et son contraire dans la même phrase ou de jongler…et quand il jongle il échappe les balles.
octobre 8, 2009 à 12:07
Le NPD est un parti de clowns et de bouffons qui sont prêts à vendre leurs mères pour goûter au pouvoir, peu importe si leurs méthodes pour y arriver soient légales ou non.
On l’a bien vu l’année passée, quand on a su que Jack Layton complotait déjà en vase clos avec le PLC pour faire son p’tit coup d’État, et ce, avant même que les conservateurs ne présentent leur mise à jour économique.
Le NPD, c’est l’équivalent de l’ADQ au provincial. Zéro conviction! Zéro crédibilité! Opportuniste et girouette à fond!
octobre 8, 2009 à 11:52
Finalement, le NPD mérite de conserver le mot “nouveau” dans son nom.
Mais “nouveau” ne veut pas dire “amélioré”…
En tous cas, la crise existentielle du NPD ne me scandalise guère.
Elle est simplement symptomatique d’une plus grande dérive démocratique.
En effet, le véritable problème ici n’est pas de voir le NPD devenir le “mercenaire du parlement” mais bien de constater avec “étonnement” (?) que ce soit la seule formation politique associée à la dénomination “parti de principes”. Ou bien de se rendre compte que même un parti de centre-gauche ne peut même plus se permettre le luxe d’avoir des convictions pour survivre ou conserver une poignée de sièges au parlement canadien.
Parfois, les journalistes et les politiciens me font rire. Les uns parlent du discours des chefs de parti comme si ceux-ci ne représentaient pas une partie du discours de la population ; les autres s’adressent à leurs adversaires comme si la population n’appuyait aucune de leurs manÅ“uvres (aussi nobles ou indignes soient-elles).
Ainsi, n’est-ce pas étrange que les deux seuls gros partis nationaux ne se fassent pas ou plus reprocher leur “convictions à géométrie variable” ?
Non, parce qu’il s’agit d’un problème de perception de la politique par la population. De plus en plus consciemment, les canadiens envoient des parlementaires faire le sale boulot à leur place (ignoré Kyoto ou faire semblant d’en respecter les contraintes) et les élus, à leur tour, envoient de pauvres bougres se faire tuer en Afghanistan dans une guerre asymétrique (dont les motifs idéologiques sont aussi flous que les perspectives de “victoire” peuvent l’être).
Autrement dit, lorsque le rôle de “conscience de la Chambre des Communes” se voit attribué par défaut à un parti marginal, cela en dit long avant tout sur le sens moral canadien et, ensuite, sur l’éthique des deux gros partis aspirant à gouverner le pays.
Par conséquent, l’échec du recentrage néo-démocrate, parsemé de compromis politiques, amplifié sous la gouverne de Jack Layton montre à quel point cet état de fait plaît à tout le monde.
D’un côté, ça permet aux électeurs canadiens d’avoir la conscience tranquille tout en encourageant une polarisation qui finira par trahir, non pas leurs principes, mais bien leur lâcheté démocratique.
De l’autre, ça permet aux plus sérieux aspirants de continuer à faire dans le clientélisme à tout prix en piquant les idées (les plus populaires et les moins contraignantes) chez leurs adversaires miniatures.
Bref, je suis loin d’être un fan du NPD, bien au contraire, mais dire que ce parti devient un peu pu** n’est pas suffisant ou entièrement satisfaisant, selon moi.
La dérive du NPD traduit selon moi une réalité encore plus troublante : c’est en fait l’électorat canadien qui, à chaque fois qu’elle fait face à une menace (le séparatisme, le terrorisme ou une crise financière), préfère se laisser acheter par des discours sur “l’ordre, la sécurité et la prospérité” pour ainsi vendre leur âme à des partis politiques qu’ils savent très bien peuplés d’individus à la conscience aussi élastique que la leur.
Et lorsque ça tournera mal, quand les fameuses “valeurs canadiennes” que Michael Igantieff invoquent en vain – dans le désert démocratique qu’est devenu le Canada au cours des trois dernières décennies -, on se scandalisera des actes répréhensibles que cela occasionnera en se disant que, vraiment, les politiciens ne sont vraiment pas des gens fiables lorsqu’ils sont majoritaires à la Chambre des Communes.
Enfin, et je suis désolé pour la longueur du commentaire, je commence à en avoir plein le Q de l’hypocrisie ambiante (aucun reproche ici à CH, bien entendu, elle n’est pas responsable de l’apathie de la population et/ou de l’indifférence des politiciens): des gens meurent en ce moment, des familles sont en deuil, le président Obama est contesté par ses hauts gradés militaires ouvertement quant à l’orientation de la mission en Afghanistan et nous, pendant ce temps-là , on accepte le silence de nos représentants à la Chambre des Communes sur cette question parce qu’on ne veut pas aller voter à l’automne…
How do you judge that? On se fout royalement (c’est le cas de le dire dans une “monarchie constitutionnelle”) de la santé démocratique de notre pays alors que nous envoyons des soldats canadiens se faire tuer pour préserver des morceaux de démocratie en plein cÅ“ur d’un pays toujours dirigés localement par des chefs de tribus ou des seigneurs de guerre.
“True patriot love”? Yeah, you bet, my dear fellow Canadian… Générosité bien ordonnée commence par soi-même. Just ask yourself what Lester B. Pearson would do in a situation like this, for a couple of seconds. Les casques bleus, il faudrait les envoyer à Ottawa de temps en temps.
We deserve better? No, we should be ashamed of ourselves. Point final. Laissez tomber le Tournant Vert et prenez le visage rouge, la couleur de la honte !
D’ailleurs, si le PLC fait campagne en disant que tous les canadiens sont de véritables couillons depuis plus de 30 ans, je vote pour eux sans aucune hésitation ! Ça, on pourrait dire que ce serait faire campagne en disant la vérité aux gens…
C’est fini le “peace & love”, professeur Narnia, et la prospérité de l’après-guerre, c’est de l’histoire ancienne, buddy ! Bienvenue dans un monde “bête et méchant”.
Act accordingly, please.
octobre 8, 2009 à 11:31
Comme Lawrence Martin le remarquait dans “le G &M”, le NPD a toujours tord selon la presse parlementaire.
Juste un exemple: quand Alexa McDonough a pris la ligne dure avec le QC, vous la traitez d’opportuniste. Maintenant que Layton renie la position de McDonough et adopte la perspective la plus ouverte aux aspirations nationalistes de la part d’un parti national, vous le traitez d’opportuniste quand-meme.
Je dirais qu’en effet l’NPD est plus pragmatique aujourd’hui qu’il ne l’etait avant l’arrivee de Layton a la chefferie. Mais ou est le probleme; Bob Rae n’a-t-il pas quitte le parti, precisement, parce qu’il voulait choisir “Power” over “Protest”. On dirait, que pour vous la seule place pour un neo-democrate aujourd’hui est au sein du caucus liberal!!!
P.S. Vous semblez tellement avoir une dent contre l’NPD que vous vous etes rendu a deformer l’histoire. Si je me souvien bien, Audrey McLaughlin etait la candidate pro-Meech en 1989, elle a battu Dave Barrett qui s’opposait a l’accord.