16 novembre 2009
Cégeps français : le pavé dans la mare
Publié dans |Je ne vous apprends rien si je vous dis que j’aime lancer des pavés dans la mare. Ma théorie générale à ce sujet est la suivante:

Le lancer du pavé. (Illustration de l'excellent site français d'info mediapart.fr)
si on lance suffisamment de pavés, et aux bons endroits, on finira par pouvoir marcher dessus et traverser la mare, à sec. Cette intro pour dire que mon billet d’hier – Cégeps français: un peu d’ambition, que diable ! — a fait un certain nombre d’éclaboussures. Fervent du service après vente, j’assure donc le suivi.
Aujourd’hui: les arguments issus d’un point de vue canadien, émis par ma collègue blogueuse Chantal Hébert. Demain: les arguments de certains souverainistes (mais: une bande annonce en fin de ce billet).
D’abord, à toute seigneure tout honneur, ma collègue blogeuse Chantal Hébert – dont je suis un admirateur impénitent — avance deux arguments pour gâter ma sauce. D’abord un argument constitutionnel:
À sa face même, l’idée qu’on pourrait instaurer un régime linguistique à prédominance francophone dans l’ensemble du réseau collégial québécois et prétendre malgré tout satisfaire à l’article 23 en maintenant un droit de gestion anglophone dans les Cégeps qui dispensent actuellement leur enseignement exclusivement en anglais a autant de chances de tenir la route dans le cadre constitutionnel actuel que le fantasme de bon nombre d’intellectuels canadiens de voir Ottawa se doter d’un ministère pour prendre l’éducation “nationale” en main.
Je tremble toujours à l’idée de contester une affirmation de Chantal sur des questions fédérales, mais après vérification avec des constitutionnalistes de mes amis, l’article 23 de la constitution est extrêmement clair: elle ne porte que sur l’éducation primaire et secondaire. Pas un mot sur l’enseignement post-secondaire. Jugez vous-mêmes:
23. (2) Les citoyens canadiens dont un enfant a reçu ou reçoit son instruction, au niveau primaire ou secondaire, en français ou en anglais au Canada ont le droit de faire instruire tous leurs enfants, aux niveau primaire et secondaire, dans la langue de cette instruction.
Il faudrait vraiment que les juges de la Cour suprême triturent et travestissent ce libellé (que Trudeau avait calqué sur celui de la loi 101 pour y inclure les canadiens) et qu’ils fassent un détour pour interdire l’application de la réforme proposée. Or il m’est avis que la Cour a, très souvent, eu la sagesse politique de savoir ne pas aller trop loin dans son travail d’atténuation de la loi 101. Il est vrai cependant qu’elle semble avoir oublié cette sagesse dans son récent jugement, unanime et erroné, sur les écoles passerelles. Chantal, dans un second billet en une journée (je pense que je l’intéresse vraiment!), ajoute un argument politique pour expliquer en quoi la Cour serait si dure:
[...] dans le cadre de cette proposition, le Québec serait la seule province au Canada où une minorité de langue officielle n’aurait pas le droit d’être éduquée dans sa langue du début à la fin de son parcours pré-universitaire. [...] L’asymétrie entre la situation des anglo-québécois et celles des francophones hors-Québec qui résulterait de la proposition de Jean-François Lisée serait difficilement tolérable sur le plan politique. Elle aurait toutes les chances d’être vue par les tribunaux comme un stratagème pour contourner les obligations du Québec à l’égard de sa minorité anglophone.
Une remarque. Les mots «pré-universitaire» dans cette citation sont bien choisis. Des écoles françaises primaires et secondaires sont en effet présentes dans toutes les provinces, mais les francophones de Terre-Neuve, de l’Ile du Prince Édouard (on est prêt à faire exception pour sa petite taille) et de Colombie-Britannique n’ont pas d’université francophone (un programme bilingue, embryonnaire, existe à SFU, à Vancouver). Donc il n’y a pas réelle symétrie dans l’ensemble du parcours. Cependant, les provinces anglophones n’ont pas de Cégep, une invention québécoise. Il faudrait donc que la Cour assimile le Cégep à la fin de l’enseignement secondaire, contredisant ainsi toute l’histoire récente de l’éducation au Québec. Ou alors qu’elle invente le principe de l’éducation «pré-universitaire». Mais elle ne pourrait invalider la réforme que pour l’enseignement général, pas le technique. Dans tous les cas, elle devrait créer un précédent dans le seul but de bloquer la réforme. Je m’en remets à la lecture de Chantal pour la réception politique de la mesure au Canada anglais. Mais bonne chance à la Cour pour l’atterrissage politique d’un tel blocage au Québec. Je n’y avais franchement pas songé, ma lecture de l’article 23 étant nette. Mais si Chantal a raison, ce serait peut-être la crise que M Parizeau appelait de ses voeux.
Le fait que la cour interpréterait ainsi une constitution que nous n’avons pas signée, à travers les yeux de juges dont le processus de nomination nous échappe, n’arrangerait rien à l’affaire. Mais elle illustrerait les limites de cette égalité et symétrie factice introduite à notre corps défendant par Pierre Trudeau dans la loi fondamentale du pays.
La langue minoritaire du pays et du continent, le français, y est traitée à égalité avec la langue majoritaire du pays et du continent, l’anglais. Comme si l’une et l’autre présentait la même fragilité. Or n’importe quel Martien débarqué au Canada à n’importe quel moment du dernier demi siècle voit bien qu’une langue est fragilisée, l’autre en pleine expansion. Les statistiques récentes sur la décrue du français langue maternelle et langue d’usage à Montréal et dans la région métropolitaine appelle une action résolue et multiforme pour renverser la vapeur. Les Cégeps à prédominance du français en est une, majeure. Le déclin de l’anglais à Toronto et à Winnipeg n’est pour l’instant pas apparue sur l’écran radar de Statscan. À ces endroits, le réseau minoritaire — francophone — n’exerce aucune attraction sur les allophones. (En fait, ces écoles n’arrivent à attirer qu’une fraction des francophones ayant le droit de s’y inscrire). Ensuite, à ces endroits, les francophones formés dans leurs propres écoles s’insèrent naturellement, immédiatement, dans la langue d’usage anglophone du reste de la société. Rien à voir avec les niveaux d’anglais langue de travail et de transferts linguistiques vers l’anglais enregistrés au Québec.
Un mot sur la plomberie. Chantal, qui, je veux le préciser, me donne raison sur certains points, se demande si nous aurions «la capacité de fournir un enseignement de qualité en anglais dans toutes les matières au programme du niveau collégial», donc dans le quart des cours que les francophones suivraient pendant leur session intensive d’anglais en fin de Cégep. Où trouverait-on ces profs anglophones ? Dans les Cégeps anglophones où ils enseignent actuellement, et où leur charge d’enseignement se trouverait réduite des trois quarts, puisque leurs étudiants auraient aussi les trois quarts de leurs cours en français. Il s’agit d’un problème de réaffectation des effectifs sur la région montréalaise. Mais, par définition, et bien plus qu’au secondaire, les ressources sont disponibles.
Demain: les arguments de certains souverainistes. Avec cette bande annonce surprenante, tirée des pages 231-232 du dernier livre de Jacques Parizeau:
L’interdiction de l’accès aux cégeps [anglophones] aux enfants d’immigrants me paraît assez compliquée à appliquer à des étudiants majeurs. Quant à supprimer les cégeps anglophones… ça ne me paraît pas réaliste. Il doit y avoir moyen, cependant, de mieux préparer leurs étudiants à travailler en français.
Je ne sais pas ce que pense M. Parizeau de ma proposition. Il ajoute d’ailleurs ensuite que des changements majeurs en ce domaine ne peuvent se faire «tant que l’expression de la ferme volonté de faire du français la langue non seulement commune mais nécessaire ne s’est pas manifestée».
Les Cégeps de la prédominance du français, n’abolissant pas les Cégeps anglophones mais modifiant leur régime pédagogique, seraient, à mon humble avis, l’expression ferme d’une Assemblée nationale dont le parti majoritaire aurait été élu avec cette proposition dans sa plateforme. Donc l’expression ferme de l’électorat.
Cégeps français : le pavé dans la mare
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décembre 16, 2009 à 13:50
Dr Michael Laughrea,
je ne veux en aucun cas revivre les années avant la loi 101. Je ne veux en aucun cas voir disparaître ma langue au profit de l’anglais. Avec la loi 101, nous avons limité le déclin de notre langue mais pour combien de temps encore ? Pourrons-nous survivre à l’égoïsme des uns et au discours moralisateur des autres ? Le langage de l’économie parle comme vous. Le langage des humains parle en terme de respect des différences et de richesse que cette diversité peut nous apporter. Partout à travers le monde, trop de peuples, de langues, de traditions sont menacées si ce n’est carrément éliminées. Même la biodiversité fout le camp. Il y a malheureusement encore trop de monde qui répètent ad nauseam ce discours qui nous mène tout droit vers la banqueroute sociale ! Il y a moyen de faire côtoyer les différentes langues dans le respect mais encore faut-il que les partis s’engagent à les respecter…l’expérience démontre que ce n’est pas le cas. Ca prend malheureusement des moyens coercitifs pour rappeler à l’ordre les fautifs. Et de faire des efforts pour garder les yeux bien ouverts pour ne pas s’en faire passer une petite vite en cachette.
novembre 18, 2009 à 12:35
M. Lisée, je vous lis avec plaisir depuis vos tous débuts.
Je partage plusieurs des idées que vous proposez dans vos écrits.
Mais en ce qui a trait au CEGEP, je ne vous suis plus.
Il est préférable, à mon sens, se soumettre les CEGEP complètement à la loi 101.Nous aurions là une solution qui adresse le long terme et qui obligerait tout gouvernement subséquent à respecter cette loi.
je vous prie de revoir votre position à ce sujet. Je vous crois capable, intellectuellement et politiquement, d’adopter cette voie à long terme.
novembre 18, 2009 à 8:27
Le Cégep général devrait être intégré aux écoles secondaires en un an pour rejoindre la scolarité obligatoire normale des pays occidentaux. Tous les néo-québecois seraient mieux intégrés à la majorité francophone avant d’avoir atteint l’âge majeur(18 ans)et l’économie encourue par le MÉQ pourrait servir à récupérer tous les décrocheurs actuels en réduisant le nombre d’élèves par classe et en valorisant la tâche des enseignants du secondaire du 2e cycle.
novembre 17, 2009 à 20:17
Dr. Laughrea, vous avez un sacré culot de venir réitérer dans votre deuxième texte la non importance de la survie de la langue française au Québec. Vous avez de toute évidence ce que j’appelle l’assurance du gagnant.
Comme dans un combat de boxe, si un des deux boxeurs est amoché, l’autre tend à devenir confiant et souvent arrogant. Mais comme dans un combat de boxe, il y a toujours la possibilité d’une surprise ; d’un bon crochet de gauche pour venir changer la donne.
Dans un combat de boxe, à la fin, il y a un gagnant et un perdant, les deux s’embrassent et retournent chacun chez eux à leurs affaires. Il ne s’agit pas d’un combat de boxe ici, Dr. Laughrea. Il s’agit de la survie de la langue française au Québec. A la fin, il n’y aura pas d’embrassade et de retour à ses affaires. A la fin il y aura mort d’une langue et d’une culture sur un territoire. La surprise risque d’être de taille, et le crochet de gauche très solide.
Aussi, je me demande pour qui vous vous prenez au juste pour décider que ‘’islamiste, musulman, hindou, fasciste ou nazi ‘’ n’est pas assez bon pour le Québec.
Il y a eu depuis 20 ans, une très grande propagande canadienne organisé et très largement financé par Ottawa. Cette propagande a eu comme effet direct de déstabiliser le nationalisme québécois. Pas seulement que la langue française est ‘’naturellement’’ menacé par une démographie complètement disproportionnée en Amérique, mais la langue française est systématiquement attaqué par le Canada anglais.
C’est totalement inacceptable. Et, ça suffit.
Vos beau concepts, très à la mode, et bons à toutes les sauces comme : ‘’ dépassement de soi, la recherche de la vérité, de la paix, de la justice, de la démocratie, la charité, la non-violence, l’entre-aide, la solidarité, etc. ‘’, dans le contexte, Dr, Laughrea, vous pouvez vous les mettre bien où je pense.
ADMIN : Restez poli, SVP.
JL
novembre 17, 2009 à 18:41
«Et sans l’indépendance dans le fédéralisme colonialisme canadian les Québecois n’auront jamais un pays respectueux de leur langue nationale»
Avez-vous lu le poème «Speak what?» ?
Le poète dit qu’il n’est pas justifié de vouloir imposer aux uns (les minorités au Québec) ce qu’on aime pas se faire imposer des autres (exemple: le Canada anglais).
Mais c’est le propre de tout nationaliste: jouer l’éternelle victime de la majorité, être le même tyran qui écrase ses propres minorités à la maison.
novembre 17, 2009 à 18:16
J’aime l’idée de plus en plus…
Le consensus québécois à l’effet que le cégep appartient au niveau postsecondaire ne pourra être remis en question par une instance judiciaire canadienne.
Comme je l’écrivais hier, le projet a l’avantage important de ne comporter aucune “obligation” imposée à des individus (contrairement au recours à la loi 101).
Par contre, il comporte un inconvénient majeur au plan conceptuel: la perte d’un “acquis” de la minorité anglophone.
Enfin, sur le plan pratique, il reste à démontrer que la “circulation” de profs des cégeps anglos vers les cégeps “franco” n’est pas totalement irréaliste.
novembre 17, 2009 à 16:50
Ce que je veus c’est un pays ou je peus vivre et travailler en français dans tous les emplois et dans le respect de ma langue nationale Québecoise par tous les étrangers .
Et sans l’indépendance dans le fédéralisme colonialisme canadian les Québecois n’auront jamais un pays respectueux de leur langue nationale .
La destruction de la loi 101 par les anti québecois fédéralistes en est la preuve.
C’est aux anglophones et aux immigrants d’apprendre le français au Québec comme c’est aux francophones d’apprendre l,anglais au Canada
Le bilinguisme pour tous est une utopie et constitue un vulgaire système d’anglicisation propagé par Propagande Canada et ses perroquets bilinguisés et crétinisés
novembre 17, 2009 à 13:55
Si le système d’éducation anglophone au Québec est nécessaire de par l’importante communauté, ,dumoins à Montréal, ce dernier devrait avoir l’obligation de former les anglophones et allophones le fréquentant comme de parfaits bilingues. Et cette maîtrise du francais devrait être conditionelle à la poursuite des études dans les système.
Si le Québec a l’obligation d’offrir un éducation dans la langue de la minorité, je ne crois pas qu’il soit dit quelque part que ca doit se faire sans conditions.
Un petite dissertation sur les Belles-Soeurs de Tremblay en secondaire quatre?