27 juillet 2010
Et maintenant : la diversité linguistique
Publié dans |Lorsqu’elle est apparue dans les milieux gouvernementaux et universitaires de Québec, en 1996, l’idée de freiner le rouleau compresseur culturel des États-Unis grâce à un traité international qui soustrairait la culture à la tyrannie de la logique commerciale semblait complètement chimérique.
Pendant la saison estivale, je vous offre, en rappel,
quelques textes déjà publiés dans L’actualité ou ailleurs
et qui pourraient chatouiller votre intérêt… Bon été !
Pourtant, une décennie plus tard, en octobre 2006, 148 États représentés à l’Unesco – seuls les États-Unis et Israël votant non – ont approuvé le nouveau traité, révolutionnaire, qui protège la capacité des États de soutenir leurs artistes, leur cinéma, leur industrie du disque. Certes, on aimerait, avec Louise Beaudoin, à qui l’on est largement redevable de l’existence de ce traité, qu’il soit plus musclé, plus contraignant. Mais en soi, il constitue un gigantesque et improbable pied de nez à la puissance américaine… ou un symptôme de sa faiblesse momentanée.
Il y a cependant une petite chose que ce traité protège mal : la langue. Pourtant, s’il fallait agir pour protéger aides publiques et quotas culturels avant que l’Organisation mondiale du commerce ne les déclare, un à un, des entraves au commerce, le même argument peut être avancé pour la langue. Selon le juriste Ivan Bernier, de l’Université Laval, un des principaux cerveaux derrière le traité de l’Unesco, et selon Christine Fréchette, du Conseil de la langue française, ce n’est qu’une question de temps avant qu’un tribunal de l’OMC ne déclare contraires au droit commercial la loi du Québec obligeant les majors à fournir des versions françaises de leurs films et mette dans sa mire les quotas contraignant les radios à diffuser une proportion minimale de chansons en français.
Même les dispositions de la loi 101 qui imposent la présence du français ou sa prédominance dans l’étiquetage, les modes d’emploi et l’affichage pourraient être hachées menu sur l’autel du commerce – à moins qu’on ne fasse la démonstration que la santé et la sécurité des consommateurs sont en danger. Un jugement européen a d’ailleurs mis cela en cause, en 2000, en arguant de la connaissance de plus en plus généralisée de l’anglais. Si tous peuvent lire les warnings, la santé est sauve, non ? Dans la logique commerciale, même si on fait la preuve que le français doit être présent pour des raisons de santé, cela ne protège nullement sa prédominance, qui répond à un impératif socio-politico-identitaire. La logique commerciale et l’affirmation maintenant irréversible de l’anglais comme langue commune internationale (les 10 nouveaux États de l’Union européenne ont tous choisi l’anglais comme langue de communication avec la Commission européenne) laissent présager une pression accrue.
Réfléchissons un instant à ce qu’un traité sur la diversité linguistique pourrait contenir. Comme celui sur la culture, il interdirait d’interdire. C’est-à -dire que les États ne pourraient éliminer de leur paysage une langue minoritaire ou étrangère (comme les Grecs tentent de le faire avec le turc, ennemi héréditaire). Dans le respect des langues minoritaires, les États pourraient se donner le droit de déclarer une ou plusieurs langues officielles, de décréter la prédominance d’une de ces langues sur son territoire, d’adopter des politiques publiques visant à perpétuer cette prédominance, y compris en éducation. C’est la loi 101 actuelle, toute crachée.
Préserver l’acquis linguistique serait déjà bien. Mais il faut également gagner du terrain, avant qu’il soit trop tard. La généralisation de l’anglais dans les raisons sociales et les marques de commerce est déjà un sujet d’inquiétude tant au Québec qu’en France, en Russie, au Mexique ou en Chine. Le droit national actuel ne peut obliger Future Shop ou Toys « R » Us à se franciser, ne serait-ce que pour mieux atteindre leurs clientèles francophones. Le même raisonnement s’applique évidemment au Cirque du Soleil en tournée en Arkansas ou à Singapour.
Suivant les recommandations du Conseil de la langue française et de la commission Larose, le Québec pourrait proposer qu’un nouveau traité, tout en reconnaissant les dénominations commerciales étrangères existantes (pourquoi franciser rétroactivement ce joyau de la langue du commerce qu’est Canadian Tire) et en protégeant celles, actuelles et futures, qui sont des noms propres (Fouquet, Tim Horton, Bombardier), permette aux États de réglementer l’implantation de nouvelles marques et raisons sociales. En certains cas, des États, comme le Québec, pourraient se fixer l’objectif d’assurer une prédominance globale du français sur la totalité des marques et établir, au-delà d’un certain seuil, un moratoire sur les nouvelles marques unilingues anglaises. D’autres viseront l’égalité des langues. D’autres s’abstiendront d’agir. La montée aux barricades est prévisible sur Madison Avenue, l’avenue newyorkaise qui tient lieu de quartier général anglo-américain des marques de commerce. Mais qu’on nous montre sur quelles tables de la loi divine il est écrit que ce sont les entreprises transnationales, et non les représentants élus des peuples, qui doivent avoir le dernier mot en ces matières.
Un traité comme celui-là pourrait avoir deux effets secondaires positifs pour le Québec. Inscrire dans un traité international signé par le Québec l’interdiction d’interdire rendrait impossible tout retour à l’affichage commercial unilingue français. Bien. Inscrire dans un traité international signé par le Canada le droit des États à des politiques publiques visant la prédominance d’une langue mettrait la Cour suprême canadienne en garde contre toute tentative d’invalider les dispositions scolaires et commerciales actuelles de la loi 101. Ce qui ne serait pas un bénin bénéfice.
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Pour un point de vue plus complet sur la question, lire ma conférence
Pour un traité international sur la diversité linguistique
Et maintenant : la diversité linguistique
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août 17, 2010 à 5:58
Défendre le français, pourquoi pas, mais il ne me semble pas être une langue en danger. Par contre l’occitan, le basque, le catalan, le breton, le corse, l’alsacien .. périclitent justement à cause de l’hégémonie de français. Que les français respectent la diversité culturelle dans leur propre Etat avant de donner des leçons à la planète.
Volem parlar e apréner la lenga nosta !
août 3, 2010 à 9:21
Cette lecture me comble! La culture dont la langue préoccupe au-delà des statistiques. Dans les années 90, alors chercheure en sociolinquistique à l’Office de la langue française, j’ai connu des passionnés de culture pour qui la langue française est davantage qu’un simple instrument de communication – elle est un milieu de vie, un mode d’être, de penser, d’écrire, de créer! Je ne travaille plus à l’OLF depuis plus de 15 ans mais cette passion m’animera toujours. Dans pratiquement tous les domaines de recherche, l’anglais sert de lingua franca, c’est-à -dire de langue commune comme l’était autrefois le latin. Il s’agit cependant d’une tendance que les sociologues commencent à remettre en question. La domination de l’anglais – pas seulement sur le web – peut donner une importance exagérée aux travaux provenant de pays anglo-saxons. Quoique le fait de publier en anglais soit incontournable pour les chercheurs, comment sensibiliser les universitaires à l’emploi prioritaire de leur langue maternelle, et à ne pas négliger le patrimoine collectif dont ils sont dépositaires? Comment faire valoir les avantages de l’utilisation du français pour favoriser l’expression de la pensée et la clarté de l’expression? Encourager l’utilisation du français au niveau des communications scientifiques pour assurer la visibilité du français dans l’espace scientifique mondial est une des stratégies que l’universitaire francophile peut adopter – ce que vous faites par ailleurs. Pour ma part, je profite des quelques tribunes encore offertes aux chercheurs pour discuter des stratégies pour favoriser la visibilité de la langue française dans l’espace scientifique et des défis que pose l’utilisation du français dans l’enseignement, la recherche et la diffusion des résultats scientifiques dans le contexte de l’internationalisation des communications savantes. La communauté de chercheurs francophiles a des adeptes au Québec et dans d’autres provinces canadiennes; je pense notamment aux universitaires de l’Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick, à ceux de l’Université Sainte-Anne, en Nouvelle-Écosse, à ceux de l’Université d’Ottawa, à ceux de l’Université Laurentienne à Sudbury, en Ontario, qui sont confrontés aux mêmes réalités linguistiques que leurs homologues québécois dans l’espace de la recherche. Il faut par ailleurs garder en mémoire qu’il n’y a pas que des chercheurs francophones qui s’interrogent sur la langue de diffusion des résultats de recherche. Si nous voulons défendre le français comme langue scientifique, il faut que nous admettions que les Japonais publient généralement en Japonais, et les Russes, en russe, en raison de motivations qui leur sont propres. Les chercheurs scientifiques n’ont pas nécessairement les mêmes expériences, les mêmes pratiques ou la même opinion sur l’usage du français – ce que je respecte. En ce qui me concerne, je suis d’avis que chaque citoyen devrait agir à son échelle pour protéger ce en quoi il croit, d’où ma motivation à rétroagir à votre texte.
Source : F. d’Ortun, « L’espace francophone en science : un espace à habiter et à vitaliser. Éléments de réflexion », dans Francophonies d’Amérique, no 21, Printemps 2006, p.185-200 (www.crccf.uottawa.ca/francophonies_amerique/fa_21.html).
août 3, 2010 à 7:25
Quand nous défendons notre langue et notre culture contre l’hégémonie d’une seule, ce sont toutes les langues et toutes les cultures du monde qu’on défend. (Adaptation d’une citation de Pierre Bourgault)
Et voilà , tout est dit.
juillet 28, 2010 à 14:30
Une amie italienne apres avoir lu votre article me disait : protéger une culture est avant tout, protéger sa langue… tout ce que dit J F Lisée est absolument correcte. Puis je me demande si le Québec ne devrait pas faire des démarches a l’UNESCO pour les contenues et les traités, pour la défense des minorités linguistiques et pour un régime spécial (comme il y a en Italie dans 3 régions et pour la Sicile, qui sont des régions de frontières et ont des minorités d’autre langues…) le statut spécial justement de plus droits a la défense de sa propre culture… qui n’est pas sens défense, elle est un droit et pour cela doit etre protégé…
(Ceci est bien sur avant que le Québec soit indépendant.)
juillet 28, 2010 à 10:24
Encore des propos méprisant de fédéralistes . L’espéranto est occidental et deux tiers des êtres humains ne le sont pas et les langues tribales amérindiennes au Québec c’est 1% des citoyens du Québec et dans au moins douze langues sous développées .
Les fédéralistes ont choisis de détruire le Québec au service des Canadians et c’est ce qu’ils font contre notre religions en nous imposant leurs sectes , notre langue en nous imposant l’anglais nos lois en les viomlant dont la loi référendaire et en nous empéchant abusement de façon raciste de vivre et travailler en français au Québec