28 juin 2010

Harper et Merkel : les parents de la future dépression ?

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Au G20, Harper a gagné. Il a réussi à intégrer dans le communiqué conjoint l’engagement d’une réduction de moitié des déficits des pays riches d’ici 2013 puis de leur endettement global à compter de 2016.

Comment nuire à l'économie, par S Harper.

Comment nuire à l'économie, par S Harper.

Son alliée dans la pièce était Angela Merkel, la chancelière allemande, qui impose à ses compatriotes un remède de cheval pour réduire son déficit.

Pour un certain nombre d’économistes, comme Paul Krugman du New York Times, ou Eloi Laurent de Harvard et Étienne Fervaque de Lille qui participent cette semaine à l’école d’été du CÉRIUM Le capitalisme en crises ?, cette décision collective de sabrer dans les dépenses publiques alors que l’économie mondiale n’est pas sortie de la récession équivaut à « coordonner la dépression ».

Certes, comme l’a montré la Grèce, les problèmes d’endettement sont gravissimes. Mais la volonté de rassurer les prêteurs en coupant budgets et salaires, donc en retirant de l’argent dans l’économie, donc en déprimant davantage l’activité économique, ne rassure nullement les prêteurs. Au contraire, la Grèce paie ses emprunts plus chers aujourd’hui qu’avant l’imposition de son régime minceur. Idem pour l’Irlande. Krugman écrit ce matin :

« C’est comme si les marchés financiers savaient quelque chose que les décideurs ne semblent pas comprendre: que si la rigueur financière à long terme est important, couper les dépenses dans le milieu d’une dépression empire cette dépression. »

L’endettement massif, privé et public, accumulé avant la crise et décuplé depuis le début de la crise de 2008 est évidemment intenable à moyen et long terme — et, pour les plus endettés, à court terme.

Il est évident qu’il faudra s’y attaquer mais, comme l’indiquait à l’automne l’économiste du Financial Times Martin Wolf, seulement lorsque le secteur privé aura pris le relais des mesures de relance, lorsque la reprise sera durable, donc à même de générer des sommes suffisantes pour s’attaquer au déficit et à la dette. Et cela, pays par pays. L’idée d’une date de réduction des déficits, donc de frein à la relance, pour tous en 2013 est donc, en soi, anti-économique.

Où peut-on commencer à resserrer ? Ici !

Où donc ces conditions sont-elles réunies ? En Chine, en Inde, au Brésil, certainement. Mais dans les pays industrialisés, il n’y a guère qu’au Canada (et encore plus au Québec, le premier du pays à avoir récupéré tout le terrain perdu depuis le début de la crise) où la reprise semble solide. Que Harper et Charest nous engagent sur la voie d’un meilleur équilibre budgétaire — si cela est fait intelligemment et équitablement, ce qui n’est pas le cas — il y a là une séquence économique logique et saine.

Mais que Harper, par pure idéologie conservatrice, fasse pression sur des pays qui n’ont pas retrouvé leur tonus, cela est un acte économiquement pyromane.

Son intervention est particulièrement malvenue face aux Américains. Le secrétaire au Trésor, Tim Geithner, avertissait juste avant le G20, comme il le fait depuis un an, que les pays industrialisés ne doivent pas faire la même erreur que leurs prédécesseurs de la grande crise. Après avoir financé la relance économique de 1930 à 1937, Roosevelt céda aux sirènes du retour rapide à l’équilibre budgétaire, coupa les dépenses, et replongea les États-Unis dans une récession qui dura jusqu’à la guerre.

Aujourd’hui, aux États-Unis, la reprise est anémique. Les chiffres de l’emploi sont décevants. Le contexte idéologique, dans cette année électorale, empêche l’administration de réussir à faire voter par le congrès un simple supplément pour permettre aux chômeurs de longue durée d’obtenir un prolongement de leurs prestations et aux États de ne pas mettre à pied des centaines de milliers d’employés. Le débat dure depuis huit semaines et depuis maintenant un mois, 1,2 millions de chômeurs sont sans revenu, chiffre qui montera à deux millions dans une semaine.

Dans la lettre qu’il a adressé à ses collègues avant la rencontre, Obama réclamait l’exact contraire de ce qui fut décidé par le groupe:

Notre plus importante priorité à Toronto doit être de protéger et de renforcer la relance. Nous avons déployé un effort extraordinaire pour rétablir la croissance, nous ne pouvons la laisser s’évanouir ou perdre de la force. Cela signifie que nous devrions réaffirmer notre volonté commune d’offrir le soutien de politiques publiques nécessaire [...] En fait, si notre confiance en la résilience de nos reprises économiques devait diminuer, nous devrions nous montrer prêt à répondre encore aussi rapidement et aussi fortement que possible pour éviter un recul économique.

Obama souscrivait à la réduction de son propre déficit selon l’échéancier avancé, quoiqu’on puisse douter du réalisme de cet engagement. Mais l’idée de pousser toutes les nations en ce sens en même temps est un non sens.

En vendant son prêche anti-déficits au G20, Harper a rendu la tâche d’Obama plus difficile. Celle de son collègue français aussi.

Car en France, Nicolas Sarkozy est également réticent à suivre ses voisins dans une course à la rigueur, alors même que les indicateurs économiques restent incertains — et le seront encore plus du fait de la réduction de l’activité économique chez les allemands et les britanniques qui pratiquent le resserrement au moment où il faudrait faire le contraire.

Mais Sarko est prisonnier de Merkel qui fait maigrir son État à vitesse grand V, également par choix idéologique, nourri par un souvenir collectif allemand qui craint l’inflation et une attitude selon laquelle, puisque ça va mal, tous doivent souffrir.

(Et on comprend Sarko d’avoir été irrité et de s’être vengé en affirmant que son G20 couterait dix fois moins cher que celui de Harper !)

Le torpilleur ?

Bref, dans cette spirale folle qui nous conduit à ce que Krugman appelle « une nouvelle longue dépression » (moins dure que celle des années 1930 mais au moins aussi longue), Harper est celui qui n’a aucune excuse.

Que son économie, plus régulée que l’américaine, donc ayant mieux résisté à la crise, lui permette, avant les autres, de s’attaquer au réel problème de l’endettement est une chose. Mais qu’il utilise le perchoir du G20 pour pousser des pays qui ne sont aucunement encore dans sa situation à adopter des politiques contre-cycliques, pour rendre la vie difficile à ceux qui tentent d’empêcher leurs économies à sombrer plus avant et à créer, ainsi, une plus grande misère humaine, cela doit être mis à son passif.

Il est en train de torpiller les efforts de ceux qui veulent relancer l’économie, comme il a torpillé le projet d’une taxe internationale sur les banques, comme il a participé au torpillage, en décembre, du sommet de Copenhague sur le climat.


103 commentaires à “

Harper et Merkel : les parents de la future dépression ?

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  1. 103
    Benton :

    @François 1

    La réduction n’impôt n’y a peu a voir, sauf le fait qu’elle s’est toujours faite en période de boom économique!

    Les années folles (années 20).
    Les trentes glorieuses (années 60).
    La reprise dans les années 80.
    Le boom économique des années 2000.

    Réduire les impôts dans une période difficile aurait l’effet inverse.
    D’ailleurs plusieurs économistes américains s’accordent a dire que malgré l’aide du gouvernement aux banques et entreprises, tout ce qu’elles ont trouvées a faire c’est de racheter leurs actions, grossir leurs capitaux et mettre a pied leurs employés.
    Rien de bon pour faire redémarrer l’économie.

    P.S.: Les recherches/analyses de IDEM et leur porte-parole Nathalie Elgrably sont fait avec partialité, dans l’intérêt des sociétés et non de la société.
    Il est utopique de dire a une personne, de par sa nature cannibale, de s’autorégulariser dans l’intérêt de tous ses prochains!!!


  2. 102
    François 1 :

    @ Benton

    Dans les années 20, les présidents américains Warren Harding et Calvin Coolidge avaient entrepris d’importantes réductions d’impôts. Résultat? Entre 1922 et 1929, les recettes fiscales avaient plus que doublé, le taux de chômage avait diminué de moitié et la croissance économique avait atteint le niveau de 4,7% par an.

    En 1963, ce fut au tour de John F. Kennedy d’annoncer des baisses d’impôts parmi les plus importantes de l’histoire américaine. La croissance économique annuelle moyenne atteignit alors 6% et les recettes gouvernementales augmentèrent de 50% en cinq ans!

    Vint ensuite Ronald Reagan en 1981 avec ses réductions d’impôts. Il gagna également son pari et vit ses recettes fiscales bondir de 400 milliards à 600 milliards en moins de huit ans.

    Quant à la réforme fiscale entreprise par George W. Bush en 2003, elle a permis une hausse des recettes de l’État de 311 milliards en deux ans.

    Plus près de nous, le gouvernement ontarien de Mike Harris a introduit en 1996 des allègements fiscaux qui lui ont permis d’augmenter les recettes de l’État de 14,4% en cinq ans. De quoi faire pâlir d’envie M. Audet!

    Comment expliquer ce phénomène?

    Une taxe sur le travail

    L’impôt sur le revenu est en réalité une taxe sur le travail. Il nous oblige à partager avec l’État le fruit de notre labeur. Plus l’État s’approprie une partie importante de notre revenu, moins nous sommes motivés à travailler et plus l’évasion fiscale est attrayante. Pour garnir ses coffres, l’État devrait donc favoriser l’incitation au travail, un objectif difficile à atteindre lorsque les taux d’imposition sont trop élevés.

    Le contribuable québécois est le plus taxé en Amérique du Nord. De plus, il est considéré comme «riche» et atteint le taux marginal maximum dès que son revenu imposable franchit le cap de 55 280$. À titre comparatif, le travailleur américain doit gagner un revenu de 300 000$US environ avant d’atteindre ce taux marginal maximum. En raison de cette importante ponction fiscale, il est devenu courant que des travailleurs refusent des promotions ou des heures supplémentaires, voire même qu’ils demandent à être payés «sous la table».

    Le contribuable québécois est étouffé par le fisc et mérite de voir son fardeau fiscal allégé. Il ne reste plus qu’à espérer que M. Audet remettra les boeufs avant la charrue et trouvera le courage de tenter l’expérience d’une réduction d’impôts.

    Nathalie Elgrably is an Economist at the Montreal Economic Institute.


  3. 101
    David :

    @ Benton

    Bravo, dans un commentaire de 5 lignes tu es capable de te contredire.

    Si la réduction des impôts amène l’injustice sociale alors je dois supposé que leur augmentation amène, selon ton raisonnement, la justice sociale.

    Donc pour avoir la meilleur “justice sociale” possible, tu proposes d’avoir un taux d’imposition à 100% ?


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