23 novembre 2009

La planche savonneuse de Charest-le-vert

Publié dans |

Le positionnement de Jean-Charest-le-vert, lors de son discours écolo d’hier au CORIM, semble sans risque. Semble, on va voir pourquoi.

Le calme avant la tempête écolo-politique. (Photo Bureau du PM, Québec)

Le calme avant la tempête écolo-politique. (Photo Bureau du PM, Québec)

Côté droite, que peuvent dire ou faire les entreprises qui l’ont conjuré, depuis des mois, de ne pas fixer pour le Québec un objectif de réduction de 20% des gaz à effet de serre d’ici 2020? Ils craignent que leurs voisins américains et canadiens, non soumis à de telles contraintes, viennent leur voler des clients. Que peuvent faire ces patrons ? Aller au PQ ? Il est encore plus vert et voulait 25% de réduction. L’ADQ ? Ne les faites pas rire ils ont les lèvres gercées. Les patrons sont coincés. Côté vert, les écolos modérés ont applaudi à un discours qui reprenait 75% de leurs thèmes et 90% de leurs arguments. Charest a même laissé la porte ouverte à une remontée de la cible à 25%. Il leur était difficile d’avoir l’air fâchés.

Les rapports de Jean Charest avec les fédéraux sont-ils à risque ? Il ira les contredire quotidiennement à Copenhague, cela fera mauvais effet à Ottawa. Le ministre fédéral Prentice propose une réduction ridicule de 3%. Charest sera Monsieur 7 fois plus. Mais ses rapports avec les réformistes qui dirigent le parti conservateur sont déjà au gel fixe. Cela ne peut vraiment aller plus mal. Il n’a rien à perdre de ce côté.

Il y a toujours le problème de ne pas pouvoir livrer la marchandise promise. Une réduction de 20%, c’est énorme… Allo ? C’est pour 2020 ! Dans 11 ans. Pour payer le prix politique d’une promesse brisée, il faudrait que Jean Charest reste encore deux mandats. Croyez-moi, il sera ailleurs.

Non, le risque politique inscrit dans le positionnement écologique du premier ministre est plus fondamental encore. Écoutez bien ce qu’il a dit hier:

Il est dans l’intérêt du Canada, dont la prospérité repose en très grande partie sur l’exportation, de fournir dans ce combat mondial un effort comparable à celui de ses partenaires. Ainsi, des pays du monde envisagent déjà d’imposer des ajustements tarifaires à leur frontière sur les produits en provenance de pays qui ne combattent pas énergiquement les GES.

L’Organisation mondiale du Commerce et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement ont même déjà reconnu que de telles pénalités seraient légitimes et légales.

Donc, un Québec qui a déjà fait un effort considérable depuis 1990 (-7% d’émissions dans le secteur industriel, alors que le PIB est monté de 40%, a martelé le PM) et qui s’engage dans l’effort le plus ambitieux sur le continent (Ontario -15%, Colombie -11%, Oregon -10%, Californie 0%), pourrait voir ses produits TAXÉS par les États-Unis et par l’Europe. Pourquoi ? Parce qu’il fait partie d’un pays, le Canada, qui ne fait que -3%. Voici la phrase que M. Charest avait devant lui mais n’a pas lue:

L’incurie du gouvernement canadien risque de devenir un fardeau pour les manufacturiers et exportateurs québécois et canadiens.

Ne chipotons pas, il l’a dit dans des termes similaires. Bref, sa démonstration est claire: Un Québec vert dans un Canada brun sera pénalisé. Son industrie, son économie, son emploi va souffrir du fait que les exportations québécoises, vertes, auront pour ainsi dire le passeport d’un État voyou, l’État canadien. Le Québec serait même plus touché que les provinces moins vertes, car nous comptons pour le tiers de toutes les exportations canadiennes vers l’Europe. Ce serait un comble que Charest-l’Européen, qui porte à bout de bras le projet de libre-échange Canada-Europe, voit son rêve d’ouverture européenne brisé par une taxe à l’importation dont on pourrait suivre les racines jusque dans la plaine albertaine souillée par les sables bitumineux.

Dans un texte lumineux sur ce sujet, l’économiste devenu député bloquiste Pierre Paquette enfonce le clou encore plus loin:

Une entreprise peut fabriquer au Québec en émettant deux à trois fois moins de CO2 qu’ailleurs dans le monde. Dans un monde où la logique de Kyoto prévaut, c’est un atout inestimable au plan économique. (…) Au fur et à mesure de la diminution des disponibilités en pétrole, qui devrait commencer à se manifester d’ici 15 à 20 ans, le Québec verra s’accroître ses avantages comparatifs, en particulier par la disponibilité sur son territoire d’une énergie propre, fiable et durable. Si on ajoute à cela la réglementation internationale environnementale qui sera nécessairement mise en place, le Québec deviendra une destination de choix pour les entreprises et les investisseurs étrangers. Mais notre appartenance au Canada nous prive de cette possibilité.

Dans ce scénario, la seule façon pour un Québec vert de tirer profit de sa vertu environnementale sera de quitter le Canada. Cette ligne de fracture est aujourd’hui visible sous la surface. S’il faut que, demain, comme Jean Charest le prévoit, la législation américaine et européenne sanctionne le Canada et, par définition, sa province de Québec, l’injustice subie deviendra l’argument le plus moderne et le plus éclatant pour l’indépendance de la province verte.

Bookmark and Share
19 commentaires à “

La planche savonneuse de Charest-le-vert

Pages : [2] 1 » Tous les commentaires

  1. 19
    jacques noel :

    Correction: “le reste 28% plutot que 24%”

    De 280 à 366, un gain de 30%.


  2. 18
    jacques noel :

    Ottawa va baisser ses émissions de 3% et le Québec de 20%. Si on part à 1000 et que chaque province pollue selon son poids démographique (c’est faut évidemment, l’Alberta pollue 10 fois plus que Québec) mais partons du poids démographique pour voir comment le Québec de Charest se fait f… par Ottawa.

    Le Québec représente donc 24% des émissions canadiennes, l’Ontario 38%, la CB 10% et le reste 24%.

    Si on part à 1000, le Québec pollue pour 240, l’Ontario 380, la CB 100 et le reste 240

    Le Québec va baisser de 20%, ce qui va nous ramener à 192
    L’Ontario va baisser de 15%, ce qui va la ramener à 323
    La CB va baisser de 11%, ce qui va la ramener à 89

    Pour un total de 604 pour ces 3 provinces

    Comme le Canada va descendre à 970, le reste du Canada va grimper à 366! De 240 à 366! Un gain de 52%! Où sont nos souverainistes?


  3. 17
    François 1 :

    Facile…très facile d’établir des objectifs pour un politicien (il ne sera jamais imputable!) d’autant plus que la nature a favorisé le Québec au niveau de l’hydroélectricité et que les politiciens québécois ne sont pas exactement des références en matière de probité.

    Une question cependant demeure: êtes-vous prêts, en tant que Québécois, à payer de gros surplus pour réduire ces émissions? Pas sûr…pas sûr du tout!


  4. 16
    Serge Tremblay :

    Pour l’analyse sur le réalisme ou pas du plan vert de M. Charest je vous renvoye à M. Claude Villeneuve biologiste et enseingnat à l’UQAC. Pendant ce temps M. Charest tente de nous faire oublier que le secteur de la construction au Québec est présentement dans le ‘BRUN’ et que lui et ses amis tentent de se sauver par la porte d’en arrière en refusant d’instituer une commission d’enquête sur la corruption et la collusion qui règnent présentement dans ce secteur.


  5. 15
    Robert Henri :

    Une réduction de 20%, ok!, par rapport à quoi? À quand? 20 de ce que nous émettons maintenant? De ce que nous émettions en 1980? En 1900?

    Il faudrait une réduction de 50% minimum d’ici 2012 sur ce que nous émettons maintenant. Rien de moins.


  6. 14
    Étienne de NDJ :

    J’avoue dans un premier temps que je n’ai pas réussi à décoder politiquement le geste de Jean Charest sinon d’y voir une consolidation de son positionnement au centre moyennant une promesse de long terme sans une analyse en profondeur des conséquences politiques( notamment au niveau du partenariat économique Canada et USA).
    Dans un futur monde multi-polaire, il est probable de penser que chaque grand bloc ( Amériques nord et sud, Europe, Asie) voudra jouer ses avantages comparatifs au maximum. Pour les non producteurs de pétrole, ce sera les produits et les services créés sans grand impact sur l’environnement.
    Évidemment, le Québec en raison de son faible marché intérieur se voudra de continuer de jouer ses cartes d’exportateur et de rejoindre le plus grand nombre de consommateurs possible au niveau de la planète. Dans ce cas , sa production à faible impact environnemental deviendrait pour lui un atout appréciable ( car il y aura de moins en moins de producteurs de pétrole avec les années) à la condition toutefois que le Canada ne lui mette pas des bâtons dans les roues.
    La partie devient de plus en plus corsée entre le Canada et le Québec.


  7. 13
    MichelG :

    John James Charest meech moins que rien sait très bien que ce 20% ne réussira même pas à nettoyer les pluies acides provenant de l’Ontario et des USA qui tuent nos arbres nos lacs et brunissent nos pare- brises .
    Charest n’en dit pas un mot , Canada oblige , car indépendant nous pourrions poursuivre l’Ontario et les USA et les obliger à dépolluer nos arbres nos lacs donner de l’oxygène à nos poissons , à guérir les cancer de nos grenouilles et pour ce qui est des pare brises cesser de payer les squeezes made un Canada en prenant soin de leur écraser les orteils s’ils s’offusquent et bloquent nos voitures
    Donc Charest veut faire payer les Québecois pour les nuages noirs remplis de charbons US et de flèches nucléaires et d’OGM polluantes ontarienneset que dire des sables ”bituminables” canadians ”Harpeuriennes”


  8. 12
    Carl Savard :

    Le Plan Vert, le Plan Nord, le Plan Rose-a-pois-Rouge…. ca tombe tout dans la même filière avec Charest. La filière sous-le-tapis.


  9. 11
    Serge Bernier :

    L’argumentation de Lisée est faussée. Si les États-Unis n’adhèrent pas à des cibles de réductions de GES, le Québec a plus à perdre qu’à gagner en adhérant à des cibles de réduction élevées. Comme les échanges commerciaux du Québec avec les États-Uni et les autres régions du Canada sont plus élevés que ses échanges avec l’Europe, la diminution de ses expéditions aux États-Unis et au Canada sera plus grande que la diminution des exportations vers les pays qui pourraient imposer une taxe à l’importation sur nos produits sous prétexte d’efforts insuffisants en matière de réduction de GES.


Pages : [2] 1 » Tous les commentaires

Laisser un commentaire

En soumettant un commentaire, vous acceptez de vous conformer à notre nétiquette.