18 décembre 2009

L’accommodement qui dérange les accommodeurs

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Les fidèles lecteurs de ce blogue savent que j’avais élaboré une série d’hypothèses, dans mon billet Exporter la discrimination, début novembre, voulant démontrer que,  dans l’univers de l’accommodement, seule la religion avait droit de cité (à l’exception des déficiences physiques, bien sûr).

Le porter, oui. Refuser d'être servi par une porteuse, non. (Image Wikipedia Commons)

Le porter, oui. Refuser d'être servi par une porteuse, non. (Image Wikipedia Commons)

Or dans mon effort d’imagination pour mettre en opposition le droit de conscience, d’association, et le droit religieux, j’avoue avoir été trop bête pour trouver l’accommodement qui tue la notion d’accommodement, celui qui s’oppose, précisément, à l’accommodement.

Le Devoir de ce vendredi rapporte la cas du citoyen de Longueuil Michel Robichaud qui, au nom de son droit de croire au caractère laïque de l’État, a refusé de se faire servir par une fonctionnaire voilée, car il considère le hidjab comme un signe religieux. Plutôt que de lui permettre d’attendre le prochain fonctionnaire non-voilé disponible, le cadre local de la RAMQ lui a demandé de retourner au bout de la file, risquant ainsi de se retrouver dans la même situation. Ce citoyen, militant personnel de la laïcité, n’a donc pas été accommodé comme l’aurait été une musulmane voilée demandant à être servie par une femme, plutôt qu’un homme.

M. Robichaud a donc mis un visage et un cas sur le principe que j’énonçais en novembre:

L’égalité entre les droits, c’est un vœu, un idéal. Cependant les tribunaux, habités par des humains en chair et en os, ont, au Canada et dans plusieurs pays adeptes du multiculturalisme, établi une hiérarchie entre les droits. Elle s’exprime comme suit : tous les droits sont égaux, mais seule la liberté religieuse a le droit d’exporter ses principes internes de discrimination dans le reste de la société.

Comment remédier à cette situation, qui de toute évidence ne cessera pas d’enquiquiner le gouvernement Charest qui espère qu’on discute d’autre chose ?  Dans Le Devoir, le constitutionnaliste Henri Brun décrit l’état des lieux:

«La laïcité de l’État, elle existe au Québec, mais elle est molle», a-t-il indiqué hier. Ainsi, seule une loi établissant une charte de la laïcité de l’État, par exemple, pourrait assurer aux citoyens québécois d’être servis par des officiers publics qui n’affichent pas de signes religieux ostentatoires. Et encore là, la Cour suprême, en s’appuyant sur la Charte canadienne des droits et libertés, pourrait démolir d’un coup cet édifice législatif qui répond sans doute au souhait d’une majorité de Québécois mais ne correspond pas au consensus dans le reste du Canada, estime Henri Brun.

Bref, l’Assemblée nationale pourrait tenter d’établir ces principes dans une Charte de la laïcité, ou encore mieux dans une Constitution interne du Québec (ma préférence). Mais les juges de la Cour suprême, nommés via un processus auquel le Québec ne participe pas, s’appuyant sur une constitution que le Québec n’a ni négocié ni ratifié, pourrait invalider la tentative des Québécois d’établir eux-mêmes les règles de leur vivre-ensemble.


40 commentaires à “

L’accommodement qui dérange les accommodeurs

Pages : « 4 [3] 2 1 » Tous les commentaires

  1. 30
    Montréalais :

    La liberté de l’individu à ces croyance est importante.

    Mais l’individu est un citoyen, et quand il se présente devant l’état ou un de ses représentant, il n’a ni sexe, ni âge, ni religion. Il est un citoyen point.

    Les accomodements raisonables sont des faveurs faites par l’état ou ses organes à des citoyens pour des raisons évidentes d’accessibilité dans la prestation de service à ses citoyens.

    De même si un Panadourilli se fait servir dans une institution de l’état par son frère ennemi religieux Watata, c’est pas le problème de l’état.

    La neutralité du citoyen et la neutralité du prestataire de service l’un par rapport à l’autre.

    L’habillement c’est de l’habillement. Si moi demain je veux porter un hijab parce-que je trouve ca beau, je veux pas que personne m’enmerde avec ca…par ce que ca reste d’un point de vue laic essentiellement un attribut vestimentaire. par contre si c’est pas sécuritaire dans un contexte sportif, j’accepterai de l’enlever.

    Dans la même lancée il est innacteptable si un emploi requiert un uniforme, d’accomoder sur sa composition, vu la nature même de la notion d’uniforme (présentation u-n-i-f-o-r-m-e du prestatère de service)

    Donc dans ce concept de neutralité je crois la SAAQ était dans son droit de dire au citoyen de refaire la Queue, de même qu’elle l’aurait fait pour mon hypothétique Panadourilli.

    Ca s’arrête la. Le reste c’est de la connerie xénophobe déguisée.


  2. 29
    jacques d. :

    Soyons honnêtes depuis le 11 septembre 2001 nous sommes tous plus ou moins méfiants envers tout ce qui est islamique. Je le suis et cependant je ne laisse pas cette méfiance prendre le dessus. A la place de monsieur je n’aurais pas eu d’objection à me faire servir par une femme qui porte un foulard sur la tête (et non un voile qui masque le visage).
    Pas plus que je n’aurais eu d’objection à me faire servir par un Sick avec turban.
    Au début des années 60 le foulard était à la mode, même Jackie Kennedy en portait un parfois.
    Et ça ne choquait personne.
    Les vêtements ne sont que des vêtements, symbole religieux ou pas. Si les femmes musulmanes se sentent bafouées par l’obligation du port du foulard, c’est à elles de se lever et protester et non à nous.
    De notre part nous devons seulement nous assurer que les droits de la personnes sont respectés et que l’état québécois deviennent vraiment laïque car pour le moment il est plutôt catholique.

    En tant qu’athé je me méfie de toutes les religions, mais je sais vivre et laissé vivre.


  3. 28
    Michel Normand :

    Le problème avec le hijab c’est que ce n’est pas un obligation musulmane mais plutôt un symbole vestimentaire islamiste. Ce n’est pas la même chose. Ma cousine après sa conversion à l’islam, a cessé d’être tolérante lorsqu’elle s’est mise à fréquenter un groupe religieux salafiste. Par exemple elle exprimait ouvertement du mépris pour les homosexuels. Elle citait le coran continuellement. Ce virage total dans sa façon de penser m’a porté à croire qu’elle n’était pas faite pour s’intégrer dans un emploi dans le milieu de la santé comme elle le souhaite. Si j’étais gai et que j’étais hospitalisé croyez vous que j’apprécierais recevoir des soins d’une personne qui arbore de façon si visible une appartenance à une religion qui souhaite ma mort. Je demanderais à ce qu’elle retire son foulard islamique. Je me sentirais comme un juif qui se fait soigner par du personnel arborant la croix gammée. Je crois qu’il faut rappeler une fois pour toute que la “morale religieuse” n’a pas sa place dans la fonction publique.Je peux comprendre que beaucoup de citoyens sont horrifiés par ce retour agressif de la religion dans le monde du travail.
    Les religions sont des machines à “programmer” les humains, ne l’oublions pas.


  4. 27
    R.Dulong :

    J’aime votre commentaire M. Levasseur, du rêve à la réalité il n’y a qu’un petit pas… Il nous reste moins de trois ans pour se préparer!


  5. 26
    Francine M. :

    Malheureusement, il y a trop de M. Robichaux au Québec, qui poussent jusqu’à l’absurde leurs frustrations. Ça refuse de se faire servir par une femme voilée, de toute évidence qualifiée pour faire son travail, pendant que leur fille peut-être, se promène sur la rue à demi vêtue sous prétexte de liberté.
    Et à propos de la religion musulmane, c’en est une de paix (Islam). Ce sont les intégristes qui détournent son sens, ils sont minoritaires et c’est leurs actions qu’il faut prévenir et contenir par des lois strictes.
    Nous devrions être honorés du fait que des étrangers choisissent le Québec, nous en avons besoin, ne serait-ce que pour faire tomber nos oeillères…


  6. 25
    Guy LeVasseur :

    Pour donner une autre dimension à vos réflexions à ce sujet je vous invite à écouter sur Europe 1 l’émission du 19 décembre du “Débat Des Grandes Voix” animé par Marie Drucker.

    On y discute ( 09:00 min à 18:00 min ) d’une éventuelle loi en France qui va interdire partout
    le port du voile islamique intégral.

    En France, le foulard islamique est déjà interdit par une loi dans les écoles.

    http://www.europe1.fr/Radio/ecoute-podcasts/Emissions-weekend/Le-debat-des-grandes-voix/Le-debat-des-grandes-voix-19-12-09

    J’envie les capacités légales républicaines de la
    France à ce sujet.

    Nos “cousins” ont toutefois une histoire récente qui les ont placé dans une situation bien pire que la nôtre face à la subtile islamisation de leur société.

    Allons nous attendre que le Québec devienne une
    “Nouvelle-France” islamisée ?

    Une passoire pour organisations fondamentalistes islamiques éduquées et financées par les princes wahabites saoudiens ?

    Les familles des femmes qui portent le voile intégral à Montréal ont vraisemblablement un petit salaire mensuel provenant de comptes bancaires ocultes saoudiens.

    Comme un peu partout en occident d’ailleurs.

    Vous aurez compris que je rêve d’un Québec indépendant, républicain et laique.


  7. 24
    R. Dulong :

    Si les décisions de la Cour Suprême (qui respecte la loi Canadienne et la Charte des Droits et Libertés dans ses jugements) ne conviennent pas à la majorité, il est urgent de devenir Souverain !!!
    Être libre et autonome reste la seule avenue possible pour faire respecter nos lois Québécoises…
    La mondialisation apporte des éléments nouveaux, il en sera de cette façon beaucoup plus clair pour tous (québécois d’origine ou nouveaux arrivants). C’est la condition d’une paix sociale présente et future…


  8. 23
    Olivier Lemieux :

    À mon avis, le débat sur les accommodements religieux ne pourra jamais se faire, du moins, pas de la façon traditionnelle. La moindre remise en question du principe donne aussitôt droit à une kyrielle d’accusations de racisme. Que certains profitent effectivement de l’occasion pour donner dans le racisme, je n’en doute pas; mais que tous, je dis bien tous soient présumés racistes, je trouve ça fort… Nous nageons ici beaucoup plus dans la croyance, dans l’irrationnel (puisque c’est là l’essence même du religieux) que dans la logique.

    Ce qu’il faut faire, c’est ce que monsieur Robichaud a tenté bien maladroitement de faire: faire la preuve par l’absurde que la situation actuelle n’est pas soutenable à long terme. Je suggère donc de confronter les bien-pensants, mais en jouant leur jeu au maximum, et avec humour: bâtir de toute pièce une nouvelle religion avec sa doctrine (la plus contraignante et la plus absurde possible), et ensuite inonder les institutions publiques de demandes d’accommodements. La religion en question pourrait fort bien commander des séances de méditation à intervalles fixes, ainsi qu’un régime alimentaire végétalien strict et le port de vêtements lumineux. De plus, l’adoration des arbres et des esprits de la nature rendrait impossible toute destruction de l’environnement. Ainsi, nous pourrions tester la sincérité des grands défenseurs de nos belles chartes: s’ils étaient vraiment sincères, ils n’auraient guère le choix d’accéder à ces demandes, qui finiraient cependant par leur rendre la vie impossible; et s’ils ne l’était pas et qu’il commençaient à donner dans le deux poids deux mesures, eh bien, nous saurions vraiment à quelle enseigne ils logent… Et ce ne serait pas à celle de la tolérance dont ils se réclament!


  9. 22
    swampmaster :

    “Demeurera toutefois une différence fondamentale: pour un juif hassidique ou une musulmane, c’est une question de croyance et de foi religieuse, alors que pour tous les Michel Robichaud de ce monde, ça demeure une simple question de tolérance et d’ouverture”

    Voilà un bien bel exemple de ce qui cloche dans la conception générale de “liberté de religion”. Pourquoi lorsqu’il s’agit d’une croyance religieuse irrationnelle s’agit-il de foi, protégée par la Charte, alors que lorsqu’il s’agit d’une philosophie de vie ce n’est “qu’une simple question de tolérance et d’ouverture”? Faut-il que les athées et les agnostiques attribuent leurs préceptes de vie à une entité surnaturelle pour que leur soit reconnu le même droit qu’aux croyants? La liberté de religion, pour être équitable, devrait en fait être une liberté de pensée, une liberté de philosophie, que celle-ci soit basée sur la raison ou pas. Pourquoi affirmer que la conviction de l’agnostique dans ses principes de laïcité ne peut être comparée à la foi du croyant dans son symbole religieux?


  10. 21
    mephistau :

    @Warren Peace

    1-mephistau sans majuscules, svp ;)

    2-Je suis en train d’écouter le CH, avec tout ce que ça comporte; il se pourrait que mes arguments soient dans le champs.

    3- « Moi, ce que je ne comprends pas, c’est que vous confondiez encore les termes “juge” et “droit ”
    […]
    Ça je le comprends, merci.
    J’avoue qu’avoir été avocat, j’aurais été un de la défense.
    Comme un avocat du diable? Peut-être.

    Je ne suis pas juriste, mais j’ai comme l’impression que, de ce que j’ai vu de la charte, les citoyens peuvent vouer un culte à toutes les icônes qu’ils le veuillent. Soit, et je suis d’accord.
    Mais pouvez-vous me citer un article de loi qui dit qu’un employé (musulman, pour l’exemple) puisse demander d’avoir congé les vendredis et faire cette journée le samedi (tout seul dans son cubicule)?

    À moins que j’ai manqué quelque chose, et c’est possible, je n’ai pas lu autant de livres que vous, l’esprit de la loi était (et est toujours) que tout citoyen puisse choisir sa religion.
    Et je suis d’accord avec cela.

    Mais j’ai de la difficulté avec l’application, la soumission(?), des juristes.
    Je donne un exemple: le voile.
    C’est écrit où qu’une musulmane doive porter le voile?

    Parlons du pèlerinage, et là je me fie à Wiki:
    « Le grand pèlerinage est considéré comme l’un des cinq piliers de l’islam[8] et le Coran le rend obligatoire pour toute personne responsable qui en a la capacité financières et physiques[9]. Il n’est cependant pas nécessaire d’accomplir ce devoir plusieurs fois. Il en va de même pour la ‘umrah ou petit pèlerinage qui peut se dérouler à n’importe quelle période de l’année contrairement au grand pèlerinage qui se déroule invariablement aux mêmes dates. »

    Je prends cet exemple.
    Si un musulman qui a 2 semaines de vacances par an, en demande 3, les juges, oui-oui, vont lui donner, en disant que c’est une obligation.
    Un, ce n’est pas vrai, deux, si ça l’est, qu’il le fasse quand il sera retraité.
    That’s it, that’s all.

    4- « Rien n’interdit à un juge de la Cour du Québec, ou à un membre d’un tribunal administratif, d’adhérer au PQ et d.être résolument souverainiste; toutefois, il ne pourra pas juger en fonction de ses croyances ou objectifs personnels, mais en fonction de la Koi et de l’interprétation qui en a été faite par la Cour Suprême. »

    Vrai, et heureusement.

    Mais reprenons votre exemple, si je suis jugé par ce juge, qui est membre du PQ, et qui a une épinglette du PQ, moi en tant que Libéral qui est en cours pour avoir mis une pancarte trop grosse de mon député Libéral sur mon terrain; suis-je dans mon droit de me sentir lésé ou de demander un autre juge?

    Ou, dirons-nous qu’il est plus simple de demander aux juges de ne pas mettre d’épinglettes de leur parti favori, ou de leur religion favorite?

    5- « Ce juge ne manque pas de compassion. Il ne manque pas de jugeotte. Mais il est lié par la Loi, qui lui impose l’obligation d’accorder à l’accusé le bénéfice du doute. »
    Et c’est pour ça qu’on est fier de vivre dans un état de droit.

    6- « Et aussi longtemps que les Chartes des droits reconnaîtront la liberté de culte »
    Et ça dépend de ce qu’on considère comme un culte.
    Peut-être suis-je trop obtus mais, pour moi, vouer un culte à son Dieu ne veut pas dire de l’imposer aux autres.
    Pour moi, faire porter le voile à sa femme, ou disons simplement; les femmes qui portent le voile pour faire plaisir à leur Dieu; c’est l’équivalent de traîner sa femme en laisse. Mais, so be it.
    Si ces gens sont heureux là-dedans.
    Bravo!

    Mais, et vous allez sûrement me prouver le contraire.
    Ça n’a pas rapport avec la liberté de religion ou la discrimination.

    Ex: un juge a un turban; je suis contre.
    Mon comptable a un turban, je m’en sacre.

    7-Ce qui m’amène à votre chute: « Bref, on compare ici des situations qui n’ont rien de comparables. Et vogue la galère de la xénophobie latente… »

    Euh, j’ose espérer que vous ne parliez pas de mon texte comme étant un exemple de xénophobie latente, et si c’est le cas, je vous pardonne.


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