27 novembre 2009
Langue: l’exode et l’épicentre du séisme
Publié dans |Un vrai débat est ouvert sur l’importance linguistique de l’exode des francophones en banlieue. Enfin !

Un tatouage en colère (Source: Facebook)
Cette semaine, la chroniqueuse Lysiane Gagnon et le blogueur Louis Préfontaine ont pesé chacun de leur côté du débat. C’est mon tour. Depuis 10 ans, j’affirme que les principales variables qui font ou défont le français à Montréal sont, par ordre d’importance: 1) la composition linguistique de l’immigration; 2) l’exode des francophones vers les banlieues; 3) l’exode des anglophones vers le Rest of Canada. La loi 101, l’affichage et tout le dispositif législatif a un impact, mais pas autant que ces trois facteurs. Prenons les un à un:
1) La composition linguistique de l’immigration. Nous savons qu’une bonne partie de l’embellie des derniers 25 ans sur l’intégration linguistique des immigrants s’explique comme suit: avant 1971, seuls 9% d’entre eux venaient de pays “francotropes”, (dont la langue est culturellement ou historiquement proche du français), alors que de 1971 à 1996, 75% étaient de ce nombre. Cette proportion s’est réduit depuis.
Le fait que: * près de la moitié du nombre grandissant des immigrants maintenant reçus au Québec n’ait aucune connaissance du français au point d’entrée (donc, un demi-million d’ici 10 ans); * que l’immense majorité d’entre eux s’établit à Montréal, comme c’est normal; * que rien n’est fait au Québec pour imiter un nombre croissant de pays européens (dont nos deux mères patries) et réclamer une connaissance minimale de la langue au point d’entrée puis une augmentation obligatoire de cette connaissance dans les deux premières années sur le territoire est… un monument à la bêtise linguistique.
Le redressement de la composition linguistique de l’immigration future au point d’entrée serait de loin la mesure de préservation du français la plus importante, à Montréal comme ailleurs.
2) L’exode des francophones vers les banlieues. Dans La Presse de jeudi, Lysiane Gagnon, dans une chronique intitulée Le vrai danger, écrit ce qui suit:
Le Québec profond restera français pour d’innombrables générations, mais à quoi cela servira-t-il si son unique grande ville, sa locomotive économique et culturelle, devient graduellement un melting-pot où la culture française de vieille souche aura perdu tout pouvoir assimilateur?
La population de langue maternelle française est passée de 61% en 1971 à 50% en 2006. Pendant que la presque totalité des immigrants s’établissaient à Montréal (ce qui est normal), les Canadiens français de classe moyenne déménageaient en banlieue… La métropole en a perdu près de 200 000 depuis 1986, et la tendance s’accélère: 53 000 pertes seulement entre 2001 et 2006. C’est une sorte d’automutilation dont les francophones eux-mêmes sont entièrement responsables.
D’abord applaudissons à cette lucidité, rare dans les pages des éditorialistes et chroniqueurs historiques du journal. Pour faire court: si l’Assemblée nationale avait suivi les conseils de la page éditoriale de La Presse en matière linguistique depuis 50 ans, aucune mesure autre qu’incitative n’aurait jamais été adoptée. Que Mme Gagnon parle aujourd’hui d’automutilation pour désigner la situation linguistique montréalaise est un signe de l’intensification de la conscience du danger qui pèse sur le français.
Le même jour, dans son intéressant blogue, Louis Préfontaine signe un texte bien chiffré intitulé Banlieue: la défrancisation tranquile. Il y décrit comment, de 2001 à 2006, le français régresse dans les banlieues, au profit de l’anglais. Alors que l’île de Montréal a perdu 2,4% de locuteurs francophones sur la période, la couronne sud en a perdu 2,6%, Laval 5,4%. (La couronne nord est stable.) Préfontaine en conclut ce qui suit:
Source: Louisprefontaine.com
On le constate: ceux qui veulent résumer le problème linguistique à une question de qualité de vie ou de retour à la ville des francophones ont tout faux. Même si demain matin on rapatriait des dizaines de milliers de francophones à Montréal, il ne s’agirait que d’un trou supplémentaire dans la banlieue. C’est toute la région métropolitaine qui s’anglicise.
Il faudrait analyser la nature de cette migration et je suppute que ce sont essentiellement des allophones anglicisés sur l’île qui migrent ainsi et essaiment l’anglais en banlieue.
Préfontaine a raison de souligner que l’anglicisation n’est pas qu’un phénomène montréalais mais a tort de penser qu’une politique de rétention des francophones sur l’île, voire de retour, n’aurait pas d’impact.
Si on calcule la proportion de francophones (langue d’usage, seul critère opérationnel à mon avis) qu’aurait l’île de Montréal si, depuis 1960, il n’y avait pas eu d’exode vers les banlieues, cela donnerait une île à 63% francophone, plutôt que 54% aujourd’hui. Une différence significative.
L’évolution des proportions de francophones est une chose, la masse critique en est une autre. Il y a 79% de francos à Laval, 84% dans la couronne sud, 95% dans la couronne nord. C’est sur l’île de Montréal que la masse critique est en train d’être perdue, c’est là qu’il faut concentrer nos efforts.
Que faire ? J’ai esquissé une réponse dans une chronique produite pour L’actualité l’an dernier. Je me répète:
Que faire ? Cesser la politique de l’autruche. Affirmer que le maintien dans l’île d’une majorité de personnes (de toutes origines) dont la langue d’usage est le français constitue un objectif national légitime. Favoriser massivement, au point d’entrée, les immigrants qui ont le français comme langue d’usage. Agir aussi sur l’exode des francophones. Retenons les familles qui, à la naissance du premier ou du second enfant, regardent vers la couronne. Faisons en sorte que, pour elles, les droits de mutation immobilière soient remboursés en crédit d’impôts municipaux pendant les trois années suivantes — seulement dans l’île. Ces mesures seraient appliquées à tous les nouveaux parents de l’île, bien sûr. Mais l’effet bénéfique se ferait sentir surtout sur les francophones.
De même, la mesure la plus structurante, et qui aurait des répercussions économiques, écologiques, énergétiques et linguistiques positives, serait de pratiquer la vérité des prix en matière d’étalement urbain. Que le futur acheteur du dernier bungalow au bout du dernier lotissement paie désormais le coût réel du branchement électrique et de l’accès au réseau de distribution d’eau, du transport scolaire et tutti quanti. Sa facture va exploser et rendre l’île (ainsi que toutes les villes-centres) nettement plus attrayante.
C’est une idée. J’aimerais qu’il y en ait dix, cinquante autres. Nous avons atteint, pour le déclin du français sur l’île, la cote d’alerte.
3) L’exode anglophone vers le Rest of Canada. Voici une vérité qu’on n’entend jamais, sauf dans les corridors entre démographes: Montréal est une machine qui anglicise de façon disproportionnée ses immigrants, puis qui les exporte, avec une partie de sa population anglophone, vers le reste du continent. Si, tout d’un coup, cette exportation cessait, la proportion d’anglophone sur l’île augmenterait significativement. De 1960 à 2000, avec des intensités variables, un total de 340 000 anglos ont, au net, ainsi migré. Ne serait-ce de cette migration, les Montréalais parlant le français à la maison seraient déjà minoritaires sur l’île.
De toute évidence, ce processus d’importation, de non francisation, puis d’exportation (25% des immigrants ne parlant pas français au point d’entrée quittent) est une perte d’énergie et de ressources pour l’État québécois et ses contribuables.
Et le reste ?
Le déclin du français appelle un effort rapide, déterminé et multiforme. Si cet effort devait ignorer les deux variables essentielles que sont la composition linguistique de l’immigration et la rétention, voire le retour, des francophones sur l’île il serait inévitablement voué à l’échec, car ce sont là les ressorts principaux de la dynamique linguistique, c’est là où se trouvent les grands nombres, l’impact d’échelle.
Les autres mesures envisagées: le prolongement de la loi 101 aux Cégeps ou ma propre proposition des cégeps de la prédominance du français; la francisation progressive et intelligente des entreprises de moins de 50 employés; l’introduction d’une réelle politique de l’affichage qui tienne compte des raisons sociales et non seulement des messages commerciaux; l’extension de la loi 101 aux 10% des salariés québécois qui oeuvrent dans des entreprises sous juridiction fédérale, et finalement l’indispensable redressement de la qualité du français… toutes ces mesures sont nécessaires. Mais elles ne sont que des moteurs d’appoint aux fusées principales que sont les variables immigration et étalement urbain.
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avril 9, 2010 à 16:35
Une grave erreur a été de déménager l’édifice de Radio-Canada dans l’Est de la ville. Et surtout de ne pas avoir ajouté d’autres « ruches » francophones du même genre dans l’Ouest de la ville. Par exemple, le Complexe Desjardins, la Place des Arts, la CSDM etc.
Est-il illégal ou même seulement déloyal d’utiliser des stratégies lorsqu’on veut promouvoir une culture ? La loi sur l’affichage a totalement changé la ville de Montréal. C’est très bien mais il ne faut pas arrêter là . Le gouvernement doit prendre tous les moyens légaux pour donner à notre métropole un visage qui reflète le caractère français du Québec.
Il faut couper l’herbe sous les pieds des partitionnistes qui sont toujours là , ne nous leurrons pas. Le Québec français ne survivra pas sans un Montréal français.
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janvier 7, 2010 à 6:32
Mathieu block-côté (PQ je crois) a évoqué une “bruxellisation de Montréal”.
La comparaison avec la capitale européenne vaut en toute rigueur.
Au cours du 20ès, la francisation de la ville et sa banlieue a atteint un tel niveau, que lors de la création des régions linguistiques belges, la Flandre dû reconnaître le fait accompli et concéder une complète autonomie linguistique et politique à l’enclave.
Aujourd’hui, malgré la prospérité flamande et l’utilisation de l’anglais chez les Européens, le français reste la langue franche, et le statut politique de la Région Bruxelloise a été renforcé (en 1989) de sorte que si la Flandre devient indépendante, ce sera sans Bruxelles…
Quel enseignement pour Montréal ? C’est que si le nombre de francophones diminue, en particulier dans l’île, cela risque d’encourager les futurs Montréalais, non francophones en majorité, à réclamer un billinguisme paritaire dans l’île, c’est à dire la fin de la loi 101.
Ce billinguisme paritaire réduira la part française à la portion congrue (comme les Flamands de Bruxelles, environ 10 % ).
Comme le Québec offre des facilités linguistiques aux anglos à peu près partout, la défrancisation de Montréal aura l’effet d’un domino et atteindra à terme toute la province.
Ce ne sont certainement pas les Libéraux qui empêcheront cette évolution, plus intéréssés par la manne financière anglophone que par la volonté de sauver le pays.
Décidement, 1995 aura été la dernière chance de former un nation américaine francophone…
novembre 29, 2009 à 4:09
Comme c’est bien remarqué M.Lisé, que l’on doit utiliser la langue d’usage pour déterminer celle des citoyens. Mais encore, lorsqu’une langue familiale est utilisée, une autre pour le travail et une autre pour le social, comment en faire ressortir celle dite d’usage? Puisque la province est bilingue, y aurait-il un choix entre ses deux principales langues? Naturellement, on pourrait le voir clairement dans le choix inscrit dans le dossier gouvernemental de l’assurance-maladie. En quelle langue les gens ont choisis à recevoir leur correspondance? A mon avis, les vrais données sont là . Tous les rescensements m’apparaissent facilement déjoués par quelques uns. Une langue maternelle, n’est pas nécessaire la langue paternelle maintenant… Tout comme l’ethnie, il semble qu’avec les cas de métissage, le recenssement au E-U ne demandera plus cette question, évitant, vu le choix restreint, de fausse réponse.
C’est à cet endroit, correspondance gouvernementale, que l’on doit agir et ne donner que 2 ans au nouveaux arrivants qui choissisent l’anglais pour recevoir une correspondance à ce choix. Après, c’est en français qu’ils devront lire les documents, ainsi c’est une façon très évidente de montrer la primauté de la langue au Québec. Que ceux nés ici conservent leurs droits acquis, c’est bien, mais les nouveaux arrivants trouverons dans cette difficulté l’importance de la raison à se franciser.
Je ne sais pas si ce serait légal, mais l’immigration devrait être également étendue sur le territoire du Québec, avec des ratios équilibrés des multiples bassins de lieux migratoires.
Est-il vrai qu’il serait trop tard pour que société francophone de source québécoise d’avoir à Montréal, un pouvoir assimilateur?????
J’y ai pensé à l’Hallowen dans Cote-Des-Neiges, est-ce que des Québécois y ont transmis la tradition rassembleuse des chaumières?
novembre 28, 2009 à 19:38
Pourquoi ne pas faire certains efforts pour rappatrier les francophones hors Québec vivant à l’ouest de la rivière des Outaouais en abolissant pour eux la taxe foncière pendant trois générations?
Ça ne coûte rien et on pourrait permettre à des milliers, voire des dizaines de milliers de francophones d’une lointaine origine québécoise de continuer à vivre en français.
C’est sûr qu’il y aurait de la résistance et de la controverse face à une telle politique. Mais, pourquoi ne pas proposer une solution de vie française à tous ces gens qui luttent pour leur survie et qui savent fort bien que la bataille est perdue pour eux au Canada à moyen terme?
Montréal serait une belle destination pour de tels rappatriés.
novembre 28, 2009 à 17:27
Ici, dans la région de Joliette, nous arrivent depuis plus ou moins 8 ans des réfugiés Colombiens(il y aurait actuellement une soixantaine de familles),,et, cette année, des Bhoutanais-Népalais.
Or, une bonne partie des réfugiés Colombiens, après un séjour variable ici, s’en vont à Montréal.Il s’agit, le plus souvent, des plus scolarisés ou, encore, des familles avec des enfants.Ils vont à Montréal pour:les études, l’emploi….pis l’anglais. Eh oui! Dans certains cas, pour apprendre l’anglais. Certains s’en sont allés en Alberta.
novembre 28, 2009 à 15:44
Je crois que la bataille du français est perdue au Québec. L’indépendance serait la seule solution, mais elle n’arrivera pas, car trop de francophones québécois la refusent, par peur de l’inconnu, de perdre son confort ou de se faire détester de nos voisins, et surtout parce qu’elle demanderait un courage et une discipline que n’ont pas la plupart des Québécois.
Nos jeunes sont déjà plus anglicisés que les baby-boomers l’étaient à leur âge. Je ne les vois pas, dans leur majorité, se battre vigoureusement pour la survie du français. S’ils ne souhaitent pas l’assimilation tranquille, ils ne sont pas non plus inquiets de ce danger, préoccupés qu’ils sont par d’autres sujets, et peut-être avec raison.
Comme le disait un gars de 25 ans avec qui je discutais récemment: “L’anglicisation du Québec ne tuera personne.” Il faut bien avouer qu’il a raison.
novembre 28, 2009 à 13:57
Je ne comprends pas pourquoi on insiste pour exclure l’île de Montréal de la région métropolitaine.
Pour moi, l’île de Montréal n’est qu’un quartier de la région métropolitaine où, sans avoir vu les chiffres, je dirais que le pourcentage des francophones dépasse les 60%.
novembre 28, 2009 à 13:30
Principe de précaution sur un terrain glissant
La langue n’est pas tout. La culture quotidienne est le fragile lien fondamental de la paix civile. Ce lien, ici, au Québec, s’appelle laïcité. Qu’importe que les immigrant(e)s parlent français, s’ils apportent ici des valeurs extrêmes avec une volonté missionnaire affichée et un projet activiste de prosélytisme religieux. Ces valeurs extrêmes sont contraires aux valeurs québécoises. Et on ne parle pas ici d’extrémisme à la Ku Klux Klan, pas de supériorité affichée, imposée de la race blanche ou du pure laine, non, on parle des valeurs laïques de base : l’égalité des femmes et des hommes, la liberté de presse, la liberté de pensée et de religion, la liberté de sa sexualité, la liberté de dire et d’être en respectant l’autre dans l’espace laïc de la culture d’ici.. Or, dans le seul but d’accueillir des francophones, depuis plusieurs années maintenant, les services d’immigrations ont favorisé et favorisent encore l’immigration en provenance de pays des anciennes colonies ou territoires contrôlés un temps par la France, Liban et Maghreb en particulier. Du Liban sont venus principalement des Chrétiens. L’acculturation n’a pas été freinée par la religion et a plutôt permis aux gens d’ici de découvrir avec plaisir, la culture arabe de là -bas et les mets nouveaux qui font le succès des restaurant libanais. Du Maghreb sont venus presque exclusivement des Musulmans. Parmi les nouveaux arrivants se sont glissés une extrême minorité de fondamentalistes, des gens qui croient vraiment, sincèrement, profondément ce en quoi ils croient. Là , il n’y a rien à dire. Le trouble provient, les troubles interviennent lorsque ces fervents du prosélytisme des souvent différentes valeurs de l’Islam, se servent de l’espace public pour imposer ces valeurs. La multiplication des femmes voilées y compris dans les adminstrations puis, plus récemment, l’irruption de la burqa et surtout du niqab interpellent la sphère laïque et commencent à émouvoir sérieusement les tenants et surtout les tenantes de la laïcité raisonnée du Québec, c’est-à -dire la presque totalité des Québécoises et Québécois. L’objectif de toute religion est une finalité, bassement séculaire, Le but avoué de tout chefs religieux est de répandre et de contrôler l’enseignement de son catéchisme et l’imposition de ses dogmes afin – à fin- de s’assurer la prise d’un pouvoir temporel le plus total. Ça démarre toujours doucement jusqu’au jour de la bascule où le pouvoir est consolidé. Avec tout le respect dû aux croyants et croyantes de ce monothéisme exigeant, il faut remarquer qu’aujourd’hui l’Islam est la seule religion au pouvoir temporel dans de nombreux États. Quand on vit là , il est conseiller de ne pas contrecarrer les us et coutumes séculaires de ces pays. Si pour les hommes, il n’y a pas trop de restrictions, sauf en ce qui concerne l’alcool, pour les femmes c’est une obligation -en tout lieu public et en tout temps- de toujours se comporter comme l’exige l’interprétation scrupuleuse de la Loi religieuse.
Dans La Presse du samedi 28 novembre, Nathalie Petrowski et Mario Roy, interviennent de plain-pied dans ce sujet brûlant. Nathalie Petrowski écrit sur Diam’s, une chanteuse française une « beurette », issue de l’immigration, une vedette très importante, il y a quelques années, avec un énorme succès hexagonal. Diam’s s’est fait connaître par une certaine résistance à la culture de sa communauté musulmane. Elle a profité de sa notoriété jusqu’aux abus destructeurs. Après dépressions et un long passage à vide, elle s’est convertie aux extrêmes de l’Islam. C’est son droit. Mais… le mais, ce sont ces deux vers tirés d’une chanson de son dernier disque, parlant de la France… du Québec ? :
Elle n’est pas laïque cette nation
Elle craint juste la contagion.
Et peut-être, a-t-elle raison, cette Nation.
Dans son édito du même jour, Mario Roy cite des extraits du dernier livre de Caroline Fourest (prononcer foureste) : La tentation de l’obscurantisme. L’auteure est une essayiste française, proche du journal Le Monde et longtemps de Charlie Hebdo. Féministe engagée, elle se consacre à la défense de la laïcité et de l’égalité homme/femme, avec une fougue qui en énerve parfois certains, notamment Tariq Ranmadan. mais aussi certaines. Ses analyses touchent souvent l’endroit précis où ça fait mal. C’est dérangeant, désagréable mais salutaire.
Dans son dernier livre, rapporte Mario Roy, parlant du Québec, elle note que : « la bonne volonté multiculturaliste se transforme en passoire face à des revendications religieuses radicales ». Elle ajoute que Charles Taylor, pourtant (parce que ?) marqué à gauche « a pesé de tout son poids pour faire passer la liberté religieuse avant la laïcité ». Mario Roy termine son papier ainsi : « En fait, le regard de Caroline Fourest vaut surtout en ce qu’il confirme que, comme beaucoup d’autres nations occidentales, le Québec n’est pas encore suffisamment conscient de la fragilité des valeurs – largement celles de la Révolution français – qui l’ont fait entrer dans la modernité ».