15 février 2010

Le français à Vancouver ? Bof !

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welcome to vancouver Le français à Vancouver ? Bof !

Je suis ahuri. Je n’en crois pas mes oreilles. De la portion congrue du français à Vancouver ? Pas du tout. Ahuri de constater qu’autant de Québécois soient ahuris de la portion congrue du français dans un grand événement organisé ailleurs au Canada. Je m’y attends. Je m’y suis fait. Je trouve ça normal. Car je crois au pouvoir déterminant de la démographie. Je ne suis pas le seul. Voici ce que le secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf, avait à dire hier au sujet du français aux Olympiques (devant une Céline Galipeau qui avait vraiment l’air ahurie):

Je pensais que nous étions dans un pays où le français étant langue officielle au même titre que l’anglais, il n’y aurait pas de problème. Mais je me suis rendu compte que nous sommes dans une province très anglophone, où il y a à peine 1,7% de francophones. [En fait, 2,5%]

Colombie-Britannique, langue maternelle parmi les non-anglos, 2006.

Colombie-Britannique, langue maternelle parmi les non-anglos, 2006.

Ben voilà. Il ne faut pas chercher plus loin. Le français est quasi inexistant en Colombie-Britannique. En fait, le français n’y est pas la première langue minoritaire. Vous le savez, c’est le mandarin. Il n’est pas la deuxième langue minoritaire, c’est le pendjabi. Il n’est pas la troisième, c’est le coréen. Il n’est pas la quatrième, c’est le tagalog, langue des Philippins. Il n’est pas la cinquième, c’est le vietnamien. Il n’est pas la sixième, c’est le perse. Le français y est la septième langue minoritaire.

Ontario, langues maternelles parmi les non-anglos, 2006.

Ontario, langues maternelles parmi les non-anglos, 2006.

Bon, vous me direz, c’est la Colombie-Britannique. Un micro-climat linguistique, balayé par les vents du Pacifique. Pourtant. Le dernier recensement, celui de 2006, a confirmé qu’un cap historique a été franchi dans le Rest of Canada. Pour la première fois de son histoire, au Canada-hors-Québec, le français n’est plus la première langue minoritaire. C’est vrai en moyenne. C’est vrai aussi dans le coeur du pays: l’Ontario. Le chinois y est désormais la  langue maternelle de 18% des non-anglophones, devant le français, avec 13%.

La marginalisation démographique des francophones hors-Québec sonne lentement le glas de la place spéciale dont bénéficiait le français, depuis Pierre Trudeau et Brian Mulroney, dans l’univers canadien. Combiné au reflux démographique du Québec au sein de l’ensemble canadien — hier le tiers du pays, maintenant moins du quart, bientôt un cinquième — le fait français ne peut simplement plus maintenir la magnifique fiction qu’a représentée l’idée d’un pays bilingue. Ce pays qui, hors des bureaux gouvernementaux d’Ottawa et de Toronto, n’existe dans la rue qu’à deux endroits: à Montréal et en Acadie.

Comme au moment du rejet de Meech il y a maintenant 20 ans, lorsque la majorité de l’opinion canadienne rejetait l’idée de la reconnaissance du Québec, le pays canadien réel rejette aujourd’hui l’idée que le français est un élément important de la réalité canadienne hors-Québec. Ce n’est pas de la mauvaise volonté, moins encore de la méchanceté.  Le français est absent de leur vie sociale, économique, politique, culturelle. Pourquoi en deviendraient-ils des promoteurs sereins lorsque vient le temps d’exprimer ce qu’ils sont, dans une grande cérémonie. C’est trop demander.

Pensez-vous que ce serait un changement majeur dans la nature du Canada ?

Pensez-vous que ce serait un changement majeur dans la nature du Canada ?

Des cerveaux fédéralistes ont vu venir le danger. Ils ont même compris que ces tendances démographiques pourraient mettre en cause la permanence de la loi fédérale des langues officielles. Les sondeurs du très regretté Conseil pour l’unité canadienne avaient donc testé cette hypothèse dès 2005, incluant deux questions dans leur sondage annuel, pour mesurer quelle serait l’étendue des dégâts politiques, lorsque la chose arriverait.

abandon2 Le français à Vancouver ? Bof !

Ils avaient d’abord voulu savoir si l’abandon de la loi des langues officielles constituerait un changement majeur de la nature du Canada. 81% des Québécois ont dit oui. Puis, ils ont voulu vérifier si ce changement serait perçu négativement ou positivement. 86 % des Québécois ont jugé que ce serait un changement très négatif (64%) ou négatif. (Et je suspecte plusieurs séparatistes d’avoir répondu que ce serait un changement positif. Vous les connaissez…)

L’incident de Vancouver n’est qu’un des nombreux signes avant-coureurs d’une marée montante, celle d’un pays réel où le français ne fait plus le poids.


60 commentaires à “

Le français à Vancouver ? Bof !

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  1. 60
    Guy Tremblay :

    Sommes-nous arrivés au point de non retour comme en environnement? L’immobilisme va finir par tout détruire. Sommes-nous collectivement des incapables?
    Oû est allé tout le monde qui avait quelques choses à raconter et à s’impliquer ? Existerait-il un autre système pour agir en fonction de la rapidité croissante des changements? Nous utilisons un système politique qui date de 1867 et qui n’est pas flexible. Les changements se faisaient autrefois sur plusieurs décennies aujourd’hui on parle de jadis il y a deux ans. Quand aurons-nous la capacité d’arrêter d’avoir peur de tout ? et de prendre des positions.
    Je me souviens de rien semble être notre nouvelle devise.
    Je ne vois plus autre chose que des beaux discours et je ne sens plus notre capacité à l’action.
    En moins de temps que nous pourrons en prendre conscience le français n’existera plus que dans les campagnes.


  2. 59
    Dr Michael Laughrea, MPhil, PhD :

    Le journaliste Réjean Tremblay met les choses en perspective:

    “Évidemment que Salt Lake City n’a jamais respecté la règle du bilinguisme que le CIO est censé imposer. Ni Nagano ni Lillehammer. Vancouver le fait plus que bien. Pour une bonne raison, les Jeux sont présentés au Canada, pays bilingue.”

    Le français à Vancouver, donc: plus que dans n’importe quelle ville olympique de n’importe quel pays non francophone.


  3. 58
    Raymond Day :

    Je suggère a tous les francophones hors québec qui ont un abonnement a l’Actualité de l’annuler immédiatement.


  4. 57
    Stephane :

    Jeux olympique de Pékin 2008, langue principale: Anglais. Jeux olympique de Turin 2006, Langue principale: Anglais… Jeux olympique de Berlin, 1936, langue principale: Anglais!

    L’anglais étant depuis un bon moment déjà le language “international”, faut-il vraiment se surprendre que TOUT les grands évènements internationaux se déroulent principalement en anglais? Il faut cesser la paranoia malsaine parfois! C’est les excès de ce type et les conspirationites à excès qui m’ont fait cesser de croire en l’option souverainiste et fait ce cette option une risée pour une bonne partie membres des nouvelles gérations.


  5. 56
    Marc Provencher :

    « J’ai une fierté canadienne et quelques hontes québécoises (le refus d’accepter l’immigration juive en 1938, Camélien Houde et Adrien Arcand) », écrit le citoyen Cuerrier.

    C’est en effet une honte ! Mais de la croire limitée au Québec est une étrange vue de l’esprit. Le refus par MacKenzie King de recevoir les Juifs déportés est une honte pour tout le Canada (Québec inclus bien sûr). Quant à Adrien Arcand, il n’a pas manqué d’épigones à travers le pays, comme les Swastika Clubs en Ontario et les chemises… ah, je mélange mes couleurs. Étaient-ce les Silver Shirts ? Peu importe. Pour l’anecdote, il y a même un aspect important de l’imprégnation raciste/fasciste des années 20 et 30 qui fut plus courant en anglais qu’en français : c’est tout le bataclan pseudoscientifique, polygénisme, eugénisme, racialisme et autres “superstitions biologiques” (comme les appelait l’antifasciste historique G. A. Borgese).

    Une des raisons de cette distorsion de notre histoire est bien sûr que maints historiens appartiennent en même temps à un parti politique, ou en tout cas ont la fibre militante – source de mensonge et d’erreur – et se sont donc mis à chercher les affluents du minimum fasciste seulement là où ça faisait leur affaire (par exemple strictement en français et au Québec dans le cas d’Esther Delisle, strictement en anglais et hors du Québec dans le cas de Normand Lester).


  6. 55
    Acajack :

    Michael Laugrea,

    Vous passez l’éponge de façon assez cavalière sur la culture irlandaise de langue irlandaise. Vous dites que personne ne pleure cette culture aujourd’hui, mais ce n’est pas parce qu’elle était sans valeur… mais plutôt parce qu’il ne reste presque plus personne pour la comprendre!

    Certes, l’Irlande a grandement contribué à la culture mondiale de langue anglaise, de James Joyce, Oscar Wilde à Jonathan Swift, en passant par U2. Quand on considère que la population irlandaise est très petite, son bilan est fort impressionnant.

    Mais ça veut dire aussi qu’environ un millénaire de riche culture irlandaise (littérature, chansons, etc.) est complètement tombé dans l’oubli et l’indifférence. Les Irlandais d’aujourd’hui, ou en tout cas l’immense majorité, en sont complètement aliénés.

    Si les francophones d’ici devaient suivre le chemin parcouru par les Irlandais, ça voudrait dire plus personne (dans ce pays en tout cas) pour lire Émile Nelligan, peu ou pas d’intérêt (même académique ou chez les cinéphiles) pour des oeuvres comme Mon Oncle Antoine, et aucun enfant qui fredonnerait Au Chant de l’Alouette et V’là le bon vent.


  7. 54
    la gente feminine :

    Le français a Vancouver? Bof, c’est sur le tableau des médailles que le monde le verra.


  8. 53
    Roch Langlois :

    Bof ! Le français

    Monsieur Lisée je partage entièrement votre opinion ! Qui a besoin du français à Vancouver ?
    Personne ! À Toronto, à Calgary, et Edmonton…etc
    Alouettes !


  9. 52
    Dupe :

    Un État fort ne méprise pas l’une de ses communautés majeures. Au contraire, il s’emploie à faire briller son image afin qu’elle rayonne sur l’ensemble de la nation. Au demeurant, ce à quoi l’on assiste au pays fait la démonstration d’un État affaibli par un manque de vision vers l’intégration nécessaire des différentes communautés dans le respect des caractéristiques de chacune d’elles. Ou autrement : on vous reconnaît dans la mesure où vous servez nos intérêts partisans. Le gouvernement Harper joue le reste du Canada contre le Québec afin d’affaiblir les velléités indépendantistes.

    Aussi, la surreprésentation authoctone à la cérémonie d’ouverture était-elle l’instrumentalisation du folklore qui ne représente plus de dangers, mais qui sert bien la main qui nourrit.

    Quand les parlants français seront représentés lors de cérémonies officielles par des tableaux complaisants et folkloriques, alors il sera trop tard pour s’affirmer. Nous serons alors assimilés !


  10. 51
    L. Sirois :

    Le français au BC, buf.
    Quand les québécois se réveilleront ils? Au Canada anglais le français c’est une langue que les gens apprennent pour la culture. C’est ce qui est arrivé a mon ex. Elle est anglophone torontoise, nos deux garçons ont grandi a Toronto et ont fait le primaire et le secondaire en français. Maintenant ils travaillent tous les deux en anglais et en français. Je suis certain que c’est par chance qu’ils peuvent utlisé le français au travail. Le plus jeune est au travail chez Touriste Canada a Vancouver (BC) et le plus vieux est pour Green Communities qui a un contrat avac le ministere de l’écucation en Ontario. J’ai vécu 15 ans a peut pret a Toronto. Mon employeur (la municipalité) offrait des cours en 14 langues pour la sécurité et les premiers soins, mais pas en français. Je suis de retour au Québec depuis dix ans maintenant et je n’ai pas changé mes opinions, je suis pour l’indépendance du Québec. Ce n’est pas pour ce qui se passe au Canada anglais. C’est pour la culture et la langue française chez nous en Amérique et aussi pour notre bien etre économique. Le Québec doit avoir tout les pouvoirs pour progresser.
    L. Sirois


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