31 janvier 2010

L’emploi québécois dans les sables mouvants albertains

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Ils ont un chiffre. Selon le rapport que vient de publier le Canada West Foundation (CWF), l’économie québécoise sera dopée, d’ici 25 ans, par l’exploitation des sables bitumineux.

De combien ? 30 000 emplois permanents sur 25 ans. Ces emplois seront créés grâce aux retombées des titanesques investissements albertains. Le message de la CWF est clair: toute volonté de nuire au développement des sables par des contraintes écologiques sérieuses serait l’équivalent de tuer la poule aux oeufs d’or. (En version originale:  Simply put, a blow to the oil and gas industry equals a blow to the western Canadian economy which equals a blow to the national economy.)

Le problème avec ce calcul est qu’il masque une autre conséquence du développement pétrolier canadien: il a détruit, en cinq ans seulement, au Québec, 55 000 emplois manufacturiers. Et cette destruction des emplois québécois (et ontariens) ne fait que commencer. Voici pourquoi.

Accrochez n’importe quel économiste passant sur la rue et demandez-lui ce qu’est le «mal hollandais». Il vous expliquera que c’est la maladie qui affecte le reste de l’économie d’un pays lorsque son industrie pétrolière est en plein boom. Le pétrole fait augmenter la valeur de la devise — chez nous du dollar –, ce qui rend moins compétitives les autres industries et leur fait perdre des marchés, donc des emplois.

Selon une étude publiée l’an dernier par des économistes de l’Université d’Ottawa, du Luxembourg et d’Amsterdam, Does the Canadian economy suffer from Dutch Disease? «jusqu’à 54% des emplois manufacturiers perdus au Canada entre 2002 et 2007 l’ont été à cause du mal hollandais».

Les auteurs précisent que, par cercles concentriques, les industries les plus durement touchées sont l’industrie textile et électronique (concentrées au Québec) et la machinerie. En deuxième lieu, on trouve le meuble (concentré au Québec) les plastiques, le caoutchouc et le métal usiné. Finalement, celles des pâtes et papiers et du matériel roulant (concentrées au Québec).

Entre 2002 et 2007, le Québec a perdu 103 000 de ses 432 000 emplois manufacturiers. En appliquant la règle des auteurs de l’étude, c’est dire que 55 000 emplois ont été perdus à cause de la montée du dollar provoquée par le pétrole.

D’autres économistes pensent que le mal hollandais n’a pas un impact aussi important. Mais tous estiment que la suite des choses est déjà écrite. Plus l’exploitation des sables bitumineux s’étendra — et il s’étendra énormément — et plus le prix du pétrole augmentera — et il augmentera — et plus le dollar canadien prendra de la valeur, et plus la base manufacturière du Québec souffrira.  Si on a perdu en cinq ans 55 000 emplois, combien en perdrons-nous, d’ici 25 ans?

Nous savions qu’il y avait des raisons environnementales de s’opposer au développement de l’industrie des sables bitumineux en Alberta. Mais il appert que le strict intérêt économique québécois nous conduit à souhaiter le moins de développement pétrolier supplémentaire possible ailleurs au Canada.

Ce déplacement de l’économie canadienne en faveur de son pôle pétrolier est l’équivalent de sables mouvants qui engloutissent inexorablement les emplois québécois. Et ils voudraient qu’on applaudissent.

Lundi: Les emplois québécois dans les sables mouvants albertains
Mardi: Pétrole: 14 milliards de dollars québécois plus tard
Mercredi: Pétrole, Être vert dans un pays brun

Jeudi: Haro sur la province pauvre !


46 commentaires à “

L’emploi québécois dans les sables mouvants albertains

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  1. 46
    Minarchiste :

    Incroyable! 45 commentaires et personne ne s’est donné la peine de lire l’étude!

    À la lecture de l’étude en question, on constate que l’interprétation de M. Lisée est grossièrement erronée.

    Premièrement, les chercheurs ne parlent pas des sables bitumineux spécifiquement, ni même du pétrole. Ils parlent des matières premières en général. Le Canada exporte effectivement du pétrole des sables bitumineux, mais aussi du pétrole conventionnel, du gaz naturel, de l’or, du cuivre, du bois, etc. Donc, attribuer les résultats de l’étude au « pétrole sale de l’Alberta » est plutôt malhonnête. L’appréciation du dollar canadien n’est pas attribuable qu’aux sables bitumineux spécifiquement, mais à plusieurs ressources exportées.

    Deuxièmement, les chercheurs ont découvert que 54% de la variation du taux de change affectant l’emploi canadien est reliée à l’augmentation des prix des matières premières. Cette conclusion est fort différente de l’interprétation de M. Lisée! Les auteurs de l’étude ne parle pas du pourcentage des emplois manufacturiers canadiens perdus à cause du pétrole (ce que prétend M. Lisée), mais bien du pourcentage de la variation du taux de change affectant les pertes d’emplois reliées à l’augmentations des prix des matières premières. C’est deux mondes! Voici ce que ça donne dans leurs mots :

    “ we find in the end that only 54% of the CAD/USD appreciation that affects Canadian employment might be ascribed to the rise in commodity prices.”

    Le dossier complet s’écroule comme un chateau de cartes…

    http://minarchiste.wordpress.com/2010/02/22/les-sables-mouvants-de-jean-francois-lisee/

    @Darwin
    Le solde commercial n’a pas d’importance. Comme David le souligne, les exporations québécoise ont augmenté, c’est juste que les importations ont augmenté davantage en raison de notre pouvoir d’achat accru.


  2. 45
    arthur :

    vive l’alberta , je vais travailler la depuis 3 ans , je peut vous dire que dans 25 ans sa va etre un vrai désert ,donc lesser4 les vivres .


  3. 44
    David :

    Et sur un même ordre d’idée je suppose que tu conteste la théorie de l’évolution. Après tout, elle date du 19e siècle.


  4. 43
    Yvon Fleurent :

    @ David

    Je vois que tu connais très bien les hypothétiques qui guident les libertariens.

    Mais Joseph Aloïs Schumpeter n’est que théories du début du dernier siècle encore une fois.
    —–

    @ Pasdedentier

    “Voilà une idée reçue que personne de la go-gauche ne conteste. Seuls les économies faibles ont une devise faible. Et ce Monsieur maintient que les Américains ajustent leurs prix avec la hausse de notre devise, franchement plus naïf que ça…. Votre notion du commerce international est un peu dépassée.”

    Des preuves de ce que vous affirmez Monsieur.

    Parce que ici dans l’entreprise les fournisseur américains ont maintenu le prix de vente en équivalent dollar canadien pour avoir des prix compétitifs avec leurs semblables au Québec.

    En avez-vous une entreprise vous avec 60 employés?


  5. 42
    Daniel Charette :

    ” Le capitalisme n’est jamais stationnaire et ne pourra JAMAIS le devenir” WOW !

    Me voilà pantois. Quel pénétrant regard! Cela défie toute relativité, frise la lucidité…nous sommes dans du solide!!! Je n’irai pas jusqu’à écrire “rassurant”!…

    Faut admettre que loin d’être inerte, le capitalisme éternel, néanmoins incapable d’échapper à la loi gravitationnelle, peut dégringoler de plusieurs étages à la fois, entraînant gourous et adeptes. Heureusement que les travailleurs/euses avec leurs deux pieds sur terre, sont alors mis à contribution pour le maintenir artificiellent en vie! Privatiser les profits, socialiser les pertes, nous le savons maintenant, c’est le prix à payer pour assurer le mouvement perpétuel capitaliste.

    Question: Existe-t-il, mis-à-part la constitution canadian, une seule chose qui soit stationnaire dans l’univers?…”et pourtant…elle tourne”.


  6. 41
    Warren Peace :

    @david #36

    “Et pour ceux qui pensent que la Chine profitent de la dévaluation de sa monnaie, c’est le contraire, c’est nous qui profitons de la dévaluation du yen:”

    T’as bien dit le YEN?

    Le Yen, c’est japonais. Le Yuan, c’est chinois.


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