27 octobre 2009
Les yeux au beurre noir de Taylor/Bouchard/Charest
Publié dans |Ils n’y sont pas allés avec le dos de la main morte, les Québécois, dans le sondage de ce matin de La Presse. (Accommodements: les Québécois disent Non!). 68% croient que le Québec accorde trop d’accommodements, 81% sont contre le fait qu’on puisse, pour des motifs religieux, refuser de se faire servir par une femme fonctionnaire et 90% refusent la ségrégation dans les piscine des écoles.
Ils résument leur sentiment avec un coup direct entre les deux oreilles des commissaires et du premier ministre qui les a nommés: 72% croient que le rapport Bouchard-Taylor n’a rien clarifié. Anecdote: Gérard Bouchard avait choisi le moment de ma comparution devant sa commission, en décembre 2007, pour tirer pour la première fois publiquement son sentiment. “Peut-être avons-nous eu tort d’ameuter tout le Québec” a-t-il dit, ajoutant que, tout bien considéré, ‘il n’y avait pas de problème réel sur les accommodements, seulement de fausses perceptions qu’il fallait dissiper. Alors que 70% des Québécois, dont une proportion équivalente de non-francophones, affirmaient le contraire aux sondeurs, cela m’a semblé, disons, un peu osé.
J’ai compris que ce n’était pas un lapsus lorsqu’un membre du groupe d’expert de la Commission m’a ensuite révélé qu’il y eut un moment où Bouchard et Taylor trouvaient que les choses allaient si bien qu’ils n’avaient aucune recommandation à faire. L’hypothèse fut envisagée, puis écartée, par peur du ridicule. Résultat: la Commission a conclu que le Québec avait besoin d’une grande séance de pédagogie sur “l’interculturalisme”. Jean Charest a eu assez d’intelligence pour ne pas s’embarquer dans cette galère qui signifiait une campagne pour dire aux Québécois qu’ils n’étaient pas assez gentils avec le principe des accommodements. Adoptant une posture à-la-Bourassa (l’attentisme), Charest s’est tourné vers le crucifix de l’Assemblée Nationale pour prier le petit Jésus de faire en sorte que le dossier disparaisse de lui-même.
Je sais qu’il est inconvenant, dans un débat, de dire: je vous l’avais bien dit. Je vais donc être inconvenant. Dans mon texte Les malades imaginaires, publié au lendemain de la publication du rapport, j’y allais de cette prédiction:
L’intelligence des commissaires est indiscutable. C’est pourquoi de simples mortels se sont massés devant eux, forçant des prolongations, exprimant de mille manières un appel : imaginez pour nous des façons de réaffirmer les repères dans lesquels nous pourrions nous reconnaître et accueillir les autres. C’est non. MM. Bouchard et Taylor n’ont pas essayé. Ils n’ont pas voulu. [...] La déception est à la hauteur des attentes [des Québécois]. L’absence de remède ne fera rien contre la résurgence du malaise, dès le prochain accommodement controversé venu – et il viendra.
Nous y sommes. Non seulement au point de départ, mais à un point où les Québécois se sentent floués par la Commission qui devait les comprendre et les accompagner dans une vraie résolution du problème. Bref, c’est pire.
Les yeux au beurre noir de Taylor/Bouchard/Charest
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novembre 1, 2009 à 15:45
« C’est incroyable le degré que nous avons atteint dans la confusion des langues », écrivait Aldo Moro à son épouse Nora dans la dernière lettre qu’il fut autorisé à écrire par ses assassins des Brigades rouges.
Afin de donner un indice du degré incroyable de confusion que nous avons atteint dans le débat identitaire au cours des cinq ou six dernières décennies, je prendrai pour point de départ un seul petit exemple.
Dans les conclusions de leur rapport, MM. Bouchard et Taylor nous recommandent expressément d’abandonner le concept de “souche”, ce avec quoi je suis ô combien d’accord. Mais voilà que se ramène le philosophe Daniel Weinstock, dans un article de La Presse cité en page 1 de ce blogue : « Le Canadien anglais, c’est déjà un “post-ethnique”, une personne qui peut aussi bien être de SOUCHE écossaise que polonaise ou sud-américaine. » (Les majuscules sont de moi).
Tiens donc. Qu’est-ce que c’est que cette histoire de “souches”, citoyen Weinstock ? Certaines aberrations ont décidément la vie dure ! À commencer par “les erreurs les plus graves, celles qui faussent toute la pensée”, comme disait une autre philosophe, Simone Weil.
Et je dois m’empresser hélas d’ajouter que ma joie, à la lecture de cette fameuse recommandation du rapport Bouchard-Taylor de laisser enfin tomber les “souches”, fut de très courte durée. Plus fugace que ça, tu meurs ! Car dans la même phrase, les deux penseurs nous recommandent de remplacer “souches” par… un synonyme, “descendance” ! Ah misère de misère, voilà que ça recommence. Et ça se dit antiraciste !
C’est incroyable quand même comment ce prétendu antiracisme à la graisse de hérisson semble incapable de s’extirper du mal même qu’il prétend combattre.
La raison pour laquelle la notion de “souche” est si pernicieuse, si dangereuse – et avec elle bien sûr son équivalent anglais “stock”, pour ne rien dire de “descent”, “ancestry”, “bloodlines” et autres “ethnicity” qui ont pignon sur rue dans la presse anglophone – c’est bien sûr parce qu’elle prend pour naturel un fait culturel, parce qu’elle prend pour biologique un fait historique, parce qu’elle prend pour inné un fait acquis, parce qu’elle prend pour fixe un fait qui est en perpétuel devenir, parce qu’elle prend pour physique un fait immatériel, parce qu’elle tient pour donné à la naissance un fait qui en réalité est acquis par chaque individu de son vivant – bref, parce qu’elle prend les peuples, les nationalités, les civilisations pour des “races”, comme si la diversité humaine fonctionnait sur le même pattern que les espèces et sous-espèces du règne animal. Souche, descendance, ethnicity, bloodlines, ancestry et autres lineage ne sont rien d’autre que des euphémismes de race.
Or pour citer M. Benedetto Croce – philosophe comme M. Taylor, historien comme M. Bouchard et aussi ministre de plusieurs cabinets successifs du CLN – « En tant qu’historien, je constate à quel point improbables, arbitraires et fantastiques sont les théories de la race. » En peu de mots, tout est dit. Mais voilà : même après 1945, le gentil Canada est toujours resté profondément imprégné de pensée raciale, il a toujours continué d’ajouter foi aux “superstitions biologiques” (comme les appelait fort justement G. A. Borgese, autre antifasciste historique italien).
Un indice clair de cette aberrante situation se trouve d’ailleurs dans le préambule même de la Constitution canadienne : « …au-delà des frontières du sang, de la religion et de la langue… » Misère de misère.
Les frontières de la langue existent. Les frontières de la religion existent. Mais des frontières du SANG entre les hommes, il n’y en a jamais eu. Les auteurs de ce préambule prenaient pour BIOLOGIQUES des frontières qui en réalité sont CULTURELLES.
Alors précisons l’évidence, puisqu’il le faut.
Personne n’a jamais été canadien français ou canadien anglais ou les deux À LA NAISSANCE. Personne n’a jamais été juif ou polonais ou les deux à la naissance. Moi qui suis canadien français, à la naissance je ne l’étais pas du tout: je le suis DEVENU, comme tout un chacun. Mes parents aussi étaient canadiens-français ? En effet, mais eux non plus ne l’étaient pas à la naissance, eux aussi le sont DEVENUS de leur vivant ! S’ils ont évidemment beaucoup contribué au fait que je sois moi-même canadien français, c’est bien sûr par leur INFLUENCE, à commencer par la langue qu’ils m’ont apprise, et non par je ne sais quelle abracadabrante histoire de “sang French” !! Les nationalités sont des faits culturels et historiques (Croce) ou encore spirituels et historiques (H. Arendt), qui ne sauraient être expliqués par les répugnantes théories du sang, appelées aussi déterminisme biologique, appelé aussi racisme.
Bien avant le délire supplémentaire des prétendues “races” supérieures et inférieures, le racisme consiste d’abord à prendre les peuples pour des races. Le coeur pourri du racisme, c’est d’abord la confusion entre culture et nature. Ainsi les nazis prenaient-ils le peuple allemand pour une prétendue « race allemande » et le peuple juif pour une soi-disant « race juive ». Quel délire hallucinant. Un citoyen du Saguenay-Lac-Saint-Jean est d’ailleurs venu le déclarer à la commission Bouchard-Taylor : « Nous sommes tous du même sang », disait-il. Et “nous”, si vous retournez dans le contexte de son intervention, ça désignait l’humanité. Les commissaires, de toute évidence n’en ont tenu aucun compte ; pour ne rien dire du citoyen Weinstock, antiraciste en peau de lapin parmi les très nombreux antiracistes en peau de lapin qui sévissent en nos jours.
Croire que le fait d’être canadien français est une affaire de soi-disant “ethnic stock”, que le fait d’être canadien français ou canadien anglais ou polonais puisse être en quoi que ce soit héréditaire, croire que ce genre de phénomène puisse être expliqué par une prétendue “descendance” ou une soi-disant “souche” ou de supposées “bloodlines”, une quelconque “descent”, “ancestry” ou “ethnicity” ou “lineage”, c’est enfermer les peuples – tous les peuples – dans l’enfer de la race. C’est ne pas comprendre que Catherine Spaak est italienne. C’est ne pas comprendre qu’Alberto Fujimori est un latin. Ce n’est pas comprendre qu’on peut être Japonais et blond comme les blés. C’est ne pas comprendre qu’on peut être canadienne anglaise et s’appeler Laframboise, c’est ne pas comprendre qu’on peut être canadien français et s’appeler Brathwaite. (M. Weinstock, quant à lui, comprend la première moitié de cette phrase mais pas la seconde : et quel dommage de toute façon qu’à la culture polonaise il substitue cette histoire de “souche” polonaise). D’innombrables cas d’adoption internationale, au Québec comme au Canada en général, nous le montrent pourtant à l’évidence : la culture ou nationalité n’est absolument pas déterminée par l’origine. Être Chinoise, ça ne consiste pas du tout à avoir une “tête de Chinoise”, mais à être élevée dans une culture chinoise, à appréhender le monde d’un point de vue où l’influence prédominante est celle de la civilisation chinoise, de ses moeurs, de ses usages (qui ne sont pas fixes mais en perpétuel devenir aussi) et tout le kit. À l’inverse on peut tout à fait “avoir une tête de chinoise” et être canadienne-française. Donc la souche ou stock est un faux concept. La culture n’est aucunement déterminée par l’origine.
Il n’existe en fait qu’une seule origine : c’est l’origine commune de tous les hommes, qui recommence à l’arrivée de chaque nouvelle vie humaine en ce monde. Mais obnubilé par l’équivoque notion britannique d’”heritage” (dont Hannah Arendt décrit pour l’Angleterre les dangereux effets dans l’excellent article “Race Thinking Before Racism”, “La Pensée raciale avant le racisme”), le Canada a préféré accoucher d’un vaste programme de vissage de la culture dans la nature qu’il nomme « multiculturalisme » et qui est en réalité son contraire : c’est-à-dire un multinaturalisme. Dans cette logique abjecte, est tenu pour italien quiconque s’appelle Rossi, qu’il soit ou non de culture italienne. Rappelez-vous par exemple de monsieur Sabia, de la Caisse de dépôt, qui se déclarait allophone alors qu’il est anglophone : c’est un des effets de cette idéologie fourvoyée. Le multiculturalisme est la négation des cultures sous leur apparente affirmation.
En prétendant remplacer “souche” par “descendance” – ce qui est quatre trente sous pour une piastre – MM. Bouchard et Taylor n’ont fait que démontrer qu’ils prennent le fait français pour un fait racial. Le remède (antiracisme) est subrepticement contaminé par le poison (racisme). Bien sûr, ils sont loin d’être les seuls et je ne leur en veux pas à eux en particulier, mais quand même : quel aveuglement, quelle aberration, quelle horreur.
octobre 29, 2009 à 9:44
@Montréalais
Les Québécoises ont un indice de fécondité (1,74) supérieure aux Iraniennes (1,73) et aux Thailandaises (1,71).
98 pays sur 220 ont un indice inférieur à 2,1. Tous les pays industrialisés, à part Israel, sont sous les 2,1
La crise démographique est le mensonge du siècle. Ca fait des années que je le crie sur toutes les tribunes. La vérité commence enfin à percer. Mais c,est long en maudit.