19 novembre 2009

Lucien, Brian, Guy: Revenez ! Ils sont devenus fous…

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C’était une blague. En juin, alors que nous parvenaient les premiers embruns du tsunami des scandales asphalto-municipaux, je plaisantais sur un retour possible de la commission Cliche, qui, rappelons-le pour nos jeunes lecteurs,

 Esprit de Robert Cliche, es-tu là ? (Photo Fondation Robert-Cliche)

Esprit de Robert Cliche, es-tu là ? (Photo Fondation Robert-Cliche)

avait fait le ménage dans l’industrie de la construction il y a 35 ans.

Le juge Robert Cliche ayant rejoint le paradis des socia­listes (il était, à lui seul, le NPD Québec), restent dans le camp des vivants les commissaires Brian Mulroney et Guy Che­vrette, ainsi que le fougueux procureur Lucien Bouchard. Ils sont disponibles, ils aiment la bagarre et les flashs des appareils photo. Pourquoi ne pas les remettre à l’ouvrage ? Plus j’y pense, moins je trouve la chose fantaisiste.

John Gomery, l’anglophone le plus populaire du Québec, a déclaré forfait : il n’est pas candidat à la présidence d’une nouvelle commission. Le champ est donc libre pour occuper le poste clé dans cette enquête, dont le déclenchement est, malgré les fortes réticences de Jean Charest, irréversible. (Le dépôt du rapport du vérificateur vient d’ajouter une piscine olympique à ce moulin.)

Guy Chevrette ? Il avait été choisi comme l’un des commissaires de l’équipe Cliche en raison de ses racines syndicales : il était de la CEQ, la centrale des enseignants de l’époque. Son poste de PDG du Conseil de l’industrie forestière du Québec ne l’a pas rendu populaire chez les écologistes, mais là n’est pas la question. Son parcours ministériel au Parti québécois en a fait une figure populiste, l’homme du gros bon sens, et les sondages d’opinion le montraient toujours très populaire et crédible. Un atout face au désabusement ambiant.

Lucien Bouchard ? Depuis qu’il a décidé d’écarter un retour en politique (seulement 41 % des Québécois avaient manifesté l’intention, dans un sondage mené en 2006, de voter pour lui s’il revenait — une misère), je suppute qu’il cherche une cause à la mesure de son talent. Sa probité est totale et on salive à l’avance d’enten­dre sa mauvaise humeur s’abattre sur les pauvres témoins suspects de corruption. Chevrette, Bou­chard : deux péquistes. Cela ferait beaucoup ? Bouchard, un « lucide », n’a jamais émis la moindre critique envers le gouvernement Charest, et ce dernier lui avait notam­ment donné le mandat de régler le conflit à la SAQ à la fin de 2004. Ce n’est donc pas un ennemi du gouvernement. Sa nomination consti­tuerait le gage d’indé­pen­dance de la commission.

Ce qui relativise le cas le plus difficile : Brian Mulroney. Serait-il bien sage de confier à quelqu’un qui a reçu des enveloppes pleines d’argent comptant le mandat d’enquêter sur la corruption ? Dire « oui, car il s’y connaît » serait impertinent et méchant. Le problème est réel, peut-être insurmontable. Cependant, militent en faveur de Mulroney deux arguments forts. D’abord, le premier ministre Charest, tétanisé par les conséquences qu’aura cette enquête sur son avenir politique, a confiance en Mulroney. Avec lui, il serait au moins partiellement rassuré. Ensuite, Mulroney a complètement raté la tentative de réhabilitation politique qu’il préparait depuis 10 ans et dont son autobiographie devait être le socle. L’escroc Karlheinz Schreiber lui a gâché sa rentrée. Pour Mul­roney, la reprise d’un rôle-titre dans une grande commission d’enquête, écho de ses premiers jours de gloire, serait une occasion inespérée de se refaire une image.

Vous me direz : cela ferait une commission un tantinet gérontocratique. Mulroney et Bouchard ont 70 ans, Chevrette 69. Notons qu’ils sont encore fringants et qu’en ces matières l’expérience compte. Avec ces trois-là comme commis­saires, il faudrait trouver un procureur plus jeune, aux dents lon­gues. (Moi ? Vous déraillez ! Que la commission m’engage pour rédiger les communiqués de presse et je me chargerai d’écrire le livre sur les dessous de l’enquête.) Non, je pense à quelqu’un qui « pose les vraies questions ». Paul Arcand (50 ans) serait parfait. Bou­chard a un jour dit de lui qu’il était « l’intervieweur le plus dangereux du Québec ». Avec cette équipe, la commission s’autofinancera en vendant les droits de retransmission télé au plus offrant.

Reste un écueil, majeur : Mulroney et Bouchard, jadis grands amis, ne se parlent plus depuis bientôt 20 ans. Seul l’esprit de Robert Cliche aurait le pouvoir, de là-haut, de récon­cilier ces frères ennemis.

(Chers internautes, vous venez de lire ma chronique du numéro courant de L’actualité.)

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16 commentaires à “

Lucien, Brian, Guy: Revenez ! Ils sont devenus fous…

Pages : [2] 1 » Tous les commentaires

  1. 16
    Le fin renard :

    J’ai bien peur qu’une commission d’enquête publique, ça ne ferait qu’ajouter de la confusion, des allusions, des impressions, des rumeurs, alors que la police ne gère pas les perceptions.

    Elle enquête, valide et arrête.

    Lire: « Amenez-en des enquêtes ! »

    http://lefinrenard.com/2009/11/24/des-enquetes-amenez-en-des-enquetes/


  2. 15
    mlemay :

    Voici comment cela va se passer. La vague va se briser sur la grève. Un sondage va suivre. Le petit frisé sera encore en tête, et il ne prendra alors aucune décision.
    Toutefois il fera une belle déclaration….et dans les ministères, on dira que l’on a pris des mesures afin que la corruption et la fraude ne se reproduise plus.
    Cela fait 30 ans et plus que l’on nous sert ce réchauffé.
    Saisir les biens des individus qui se sont laissés corromprent et saisir les biens de ceux qui ont corrompu serait une façon d’accompagner les mesures.
    Pour un système juste, il faut détruire le pouvoir.
    Chaque fois qu’il y a des élections, le système espère que tous iront voter car cela cautionne ce système en lui-même.


  3. 14
    mephistau :

    Il nous faut une commission, ça c’est certain.

    Mais j’ai une question niaiseuse.

    Je suppose que si je mets mon argent en fiducie et que je m’aperçois que le fiduciaire dilapide les fonds j’aurai des recours. Je suppose aussi que si je m’aperçois que le fiduciaire ne fait rien pour régler des fuites de fonds indus, qu’il est négligeant, j’aurai d’autres recours.
    Probablement judiciaires.

    Ma question: étant donné que le gouvernement est fiduciaire de mes biens, en tant que citoyen, est-ce que je peux déposer une plainte à la police en ce que le chef du gouvernement est négligeant et dilapide mon patrimoine?


  4. 13
    Gébé Tremblay :

    Une commission d’enquête publique pourquoi ?

    Laissez les experts du gouvernement et de la sécurité travailler.

    Décidément, les conspirationistes sont partout ! :-)


  5. 12
    Pierre Desrochers :

    Va pour Bouchard et Ti-Guy Chevrette. J’ai bien connu Guy Chevrette:un honnête homme.

    Quant à Mulroney, “il est brûlé”. Ça prendrait “un rouge”.


  6. 11
    MichelG :

    Une enquête sur la gérontocratie politique serait plus utile qu’une commission sur les syndicats et les mafias car ceux ci sont tous fédéralistes ou faux indépendantistes à la QS, ADQ et autres groupes divisionnistes à double salaires .
    Une prison entière ne suffirait pas pour incarcérer les receveurs d’enveloppes brunes, les violeurs de lois référendaires, les commandités, les taupes et toute la racaille politique
    Ce qui compte c’est la franchise et non l’âge car j’ai bien peur que la jeunesse à été instruite dans son ensemble par la racaille


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