22 novembre 2009
Parizeau, Krugman: même combat !
Publié dans |L’endettement massif auquel se livrent les pays, surtout occidentaux, par les temps qui courent nous prépare des lendemains qui déchantent.

Krugman - Parizeau...

...même combat ! (photos NYTimes et MichelBrulé)
Aux États-Unis, en Europe et au Québec, l’inquiétude est palpable. Ces derniers jours, je suis cependant tombé sur les écrits de deux de mes économistes favoris qui, sans affirmer que la dette ne doit pas nous préoccuper, souligne qu’elle ne doit surtout pas, en ces temps de crise, nous empêcher d’agir. Leurs noms? Paul Krugman et Jacques Parizeau.
Krugman, du NYTimes, est en campagne pour l’adoption d’un nouveau plan de relance. Cohérent, il disait en début d’année que le plan Obama était insuffisant, il le constate encore aujourd’hui au vu des chiffres du chômage. Il pense que la proportion de sans emplois aux États-Unis va se maintenir aux environs de 11% loin pendant l’année prochaine. Je traduis, de son récent billet Fiscal Perspective.

Le graphique de Krugman: il y a de la marge pour les USA!
Oui, nous nous enfonçons dans la dette. Non, ce n’est pas sans précédent. D’autres pays avancés ont été significativement plus endettés sans faire faillite et sans subir de période hautement inflationnistes — et certains d’entre eux ont eu des gouvernement faibles (la Belgique à cause de la langue et l’Italie parce que c’est l’Italie.)
Je serais plus tolérant au sujet des âneries [qu'on entend sur la dette] si tous les gens qui s’égosillent au sujet du déficit étaient sincères, et certains le sont. Mais plusieurs, sinon la plupart, étaient parfaitement heureux d’empiler les déficits pour les guerres qu’ils voulaient mener et/ou pour éliminer l’impôt sur les successions pour les enfants de multimillionnaires. C’est seulement lorsque les déficits sont utilisés pour aider les travailleurs qu’ils deviennent de grands moralisateurs.
Quoiqu’il en soit, l’économie a désespérément besoin de davantage d’aide — et, oui, nous avons les moyens de lui en procurer.
Si on mettait le Québec sur le graphique de Krugman, on trouverait sa ligne (bleue) sous le repère du 40%. Il serait là , bien en retrait des pays cités, qui sont parmi les cancres, mais également sous l’Allemagne (60%), sous la moyenne de l’OCDE (47%), sous le Royaume-Uni et la France (43%). Le ratio dette/PIB du Québec, lorsque calculé selon les normes en usage à  l’OCDE et au FMI, se compare donc avantageusement à celui des pays comparables. J’ai dit «pays» ? Oui, car ces calculs, effectués par le Bloc Québécois et cités dans le dernier ouvrage de Jacques Parizeau, incluent la part québécoise de la dette fédérale.
(Incise: on aimerait pouvoir citer une comparaison internationale ainsi colligée par les excellents services du ministère des Finances du Québec. Mystère, jamais un tel tableau ne nous est présenté. Il est vrai que, depuis des années, le spectre de la dette est utilisé pour effrayer les Québécois et les inciter à abandonner leurs appétits socio-démocrates. Passons.)
Nous avons raison d’être inquiets de l’État des finances publiques du Québec. Et une hausse soudaine des taux d’intérêts sur notre dette rendrait encore plus périlleuse notre gestion budgétaire. (C’est pourquoi je propose, dans Pour une gauche efficace, de constituer un vrai Fonds des générations qui serait un actif, investi dans l’économie et disponible en cas de coup dur, plutôt qu’un remboursement immédiat de la dette.) Ce paradoxe est bien exprimé par Jacques Parizeau dans son dernier livre La souveraineté du Québec, hier, aujourd’hui et demain:
Le Québec est surement plus endetté que le Canada, mais sa cote est nettement inférieure à la cote moyenne de l’OCDE que l’on ne voit vraiment pas ce qu’il peut y avoir d’inquiétant. On arrive donc à une situation paradoxale. Comme province, le Québec est objet de toutes espèces d’inquiétudes, exagérées sans doute, démagogiques même, mais qui ont des effets indiscutables sur la façon dont les gouvernements voient le présent et craignent l’avenir. Comme pays, le Québec n’a pas de raison particulière de s’inquiéter.
Un dernier mot sur le livre de Jacques Parizeau. Il note avec raison que s’il fallait soustraire de la dette québécoise la valeur de l’actif de notre poule aux oeufs d’or, Hydro-Québec, il faudrait en retrancher au moins 30 milliards, ce qui améliorerait encore notre ratio. Les lecteurs attentifs de son livre ont aussi vu que Monsieur envisageait avec sérénité la possibilité d’une privatisation partielle d’Hydro (pp 197-199), dans la mesure où l’État québécois en gardait le contrôle effectif, y compris avec une simple Golden Share. Tiens, tiens…
Mon opinion sur le livre au complet ? Allez écouter mon entrevue au FM93. Vous la trouverez dans la liste ici.
Je partage aussi l’avis très bien exprimé par Josée Legault, sur le fait que le livre s’adresse à une nouvelle génération de souverainistes, dont le poids se fait croissant, notamment au sein du caucus du PQ, ce que Monsieur relève avec justesse.
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novembre 24, 2009 à 12:36
Je n’avais pas écouté jusqu’au bout. Merci de me le signaler
jf
novembre 24, 2009 à 7:58
On ne peut pas facilement et en même temps, s’inquiéter des effets futurs de notre grosse dette et affirmer que faire des déficits, ce n’est pas bien grave.
novembre 24, 2009 à 1:36
Je viens de lire les longs messages de manon.
Tout cela me semble fort utopique et abstrait. Sans mentionner altermondialiste. Comme Niall Ferguson le dit, de peur de retourner dans les années 30, on se renfonce au lieu dans les régulations des années 70.
Comme il le résume dans un débat qu’il eut avec Paul Krugman :
«What else are we going to do? Oh, we’re going to print money, almost limitlessly. We’ll print money, that’s going to be fine too. And then when we’re done with that we’re going to raise taxes. What a fabulous package we have in store for us. You know back in late 2007, I was asked what my big concern was, and I said my concern is we’re going to get the 1970’s for fear of the 1930’s. And that is exactly where the majority of people on this panel are steering this country. And it’s very easy to forget in your iron indignation at the failure of the market, it’s very easy to forget where the true mainsprings of economic growth lie. Ladies and gentleman, the lesson of economic history is very clear. Economic growth does not come from state led infrastructure investment; it comes from technological innovation and gains in productivity and these things come from the private sector, not from the state. If you want to try the Soviet model, fine. By all means.»
Krugman suggère une augmentation de la dette, basé sur des arguments futiles. Tel que, les Etats-Unis n’ont jamais été plus en dette qu’après la deuxième guerre mondiale. Oui, mais c’est à cette date qu’ils sont aussi devenu la superpuissance qu’ils sont depuis. La productivité, la richesse de la société américaine après la deuxième guerre est phénoménale. L’Empire Britannique s’est écrasé à Suez parce que les Etats-Unis les tenaient par les gosses. Ce pays n’a plus cette dominance, qu’il partage maintenant avec le BRIC et l’UE. On doit tous se mesurer l’un à l’autre dans le mondialisme, car c’est une méthode pour rendre les sociétés interdépendantes (c’est aussi une façon d’éviter les guerres cela dit).
Le protectionnisme est une chose, mais c’est un monde à réinventer. Le succès de ce mondialisme est indéniable, le monde est plus riche que jamais, dans son ensemble. Depuis le début de l’histoire, le libre-échange est ce qui rend les sociétés riches. Des exemples vieux de plusieurs millénaires ? L’exportation de l’huile d’olive, un produit de luxe, de la Grèce vers le Levant et l’Égypte. Idem pour le vin. C’est à partir de ce genre d’économie d’exportation, vieille de trois milles ans, que des empires se sont bâtis.
L’économie mondiale s’est accélérée pour une raison, une seule, le pétrole. L’amélioration sans fin de la productivité, de la mobilité des matières et de la main d’œuvre. On regarde l’horreur de la Chine sous Mao ou du Québec sous Duplessis ou de l’Espagne sous Franco… et partout, on voit le miracle économique, quelques décennies plus tard. Jamais la population mondiale n’a été plus riche. L’évolution de nos sociétés est incroyable, le protectionnisme serait la fin de tout cela.
Je crois que le reste se doit d’être discuté plus pour des raisons écologiques qu’économique. Parce que le libre-échange, dans l’import comme dans l’export, nous enrichi. Pour utiliser une image pastorale, on mangerait encore du maudit pâté chinois à toutes les semaines si ce n’était que pour cette économie mondialisée. Ouais, on veut tous arrêter d’importer nos légumes de Nouvelle-Zélande l’hiver, c’est écologiquement désastreux. Mais pour faire une chose, croire qu’un protectionnisme nous protégerait, que c’est notre marché intérieur qui peut créer de la richesse, on rêve en couleur. On démontre qu’on peut faire de bons jeux vidéo, d’accord, bravo… Mais pour ce qui est du processeur et de la mémoire de mon ordinateur, je fais confiance aux taïwanais moi. Ils font leurs preuves depuis des décennies. Chacun son truc, on n’est pas près de faire du meilleur vin qu’en France. On n’offrira pas d’ameublement grand public de façon plus efficace que les suédois. Et dans d’autres grands secteurs encore, on est loin d’avoir trouvé des remplacements à google, apple et microsoft sur notre marché interne.
Mais dans l’autre sens, on est aussi de grands exportateurs… et pas seulement de 2 par 4.
novembre 23, 2009 à 22:50
MichelG, vous lisez trop les articles de Patrick Bourgeois je crois bien.
Entre feu Ted Rogers et les très québécois PKP et Paul Desmarais, de quoi on parle… Ou est-ce que ces gens ne sont plus québécois parce que riches… ou parce que fédéraliste… ou parce que conservateur?
Il faut arrêter de se prendre pour des petites victimes des méchants anglais. Côté médiatique, on est un peuple plus qu’autonome. Suffit de voir, on produit plus de télé que les 60 millions de français. Une télé de qualité d’ailleurs, bien meilleure que la télé française!
On est extrêmement bien informé, notre produit culturel circulle bien, nos institutions sont solides, on a énormément de choix pour un pays (une nation) de 7 millions. Donc, trève de nous prendre pour des victimes, on peut aussi être des conquérants. Nos médias sont très fort, notre culture aussi (Montréal est le nouveau Seattle en musique, un exemple parmis d’autres), on est plus significatif culturellement que la majorité des pays de notre taille démographique. On possède de façon majoritaire nos institutions et nos entreprises culturelles. Il serait anormale que certains médias, comme celui-ci, ne soit pas une propriété canadienne-anglaise. Radio-Canada est aussi une institution importante pour notre culture. Je ne vois pas comment on pouvait en faire plus. En fait, le poids médiatique canadien-anglais est médiocre au mieux. Ils s’informent aux États-Unis et ne regardent que marginalement leur produit culturel. On regarde CNN, Fox News et MSNBC. On regarde Jay Leno, Jon Steward et Stephen Colbert pour se divertir en soirée. Nos médias sont plus puissants que ceux du Canada anglais (bye bye CanWest), parce qu’on les consomme de façon massive!
Je ne me sens pas désinformé du tout, surtout pas par l’Actualité qui est notre magazine grand public, comme le Time aux États-Unis et le Maclean’s au Canada. Ce magazine est en plus sans ligne éditoriale claire, contrairement à la majorité des médias américains. On a des opinions de droite comme de gauche qui s’expriment dans les mêmes pages. Ce qui est fort bien. Monsieur Lisée partage les pages de ce magazine avec Madame Beaulieu, pourquoi pas. Je lis le National Review et The Nation aux États-Unis, deux magazines aux antipodes. L’un est la bible du conservatisme, l’autre celle du libéralisme. Alors qu’ici, on a cette qualité bien canadienne (oui, oui, canadienne, pas juste québécoise), d’oser avoir des médias non partisan. C’est une qualité selon moi. L’Actualité est à son meilleur un bon mirroir de la société québécoise, majoritairement de gauche, mais avec aussi des lucides qui s’expriment dans les mêmes pages.
La bêtise serait bien plutôt de chercher une pureté ethnique et idéologique dans nos médias. Avoir des opinions qui nous rassurent seulement dans ce que l’on croit déjà , comme les lecteurs du National Review et du The Nation peuvent le faire. Aucune opinion ne bouleversera leur idée fixe, ils peuvent lire des gens qui pensent comme eux.
novembre 23, 2009 à 21:39
Ce qui est drôle avec la position de Krugman, c’est qu’il disait que l’endettement aux USA était insoutenable quand Bush était président.
Comme quoi les positions de Krugman ne sont pas économiques mais politiques. La dette est mauvaise quand un républicain occupe la Maison-Blanche mais elle est bonne quand un démocrate occupe les mêmes fonctions.
Et Krugman peut bien dire que la dette ce n’est pas vraiment important parce qu’on sait tous que ce n’est pas lui qui devra la rembourser, mais les génération qui vont suivre.
novembre 23, 2009 à 21:23
Comparé la dette du Québec au États-Unis….
Évidemment les États-Unis sont beaucoup moins taxées et imposés que le Québec..donc demain matin ils ont juste à augmenter le niveau de taxes(essence) et les impots..et plus de dette.
Ont parle de 300 millions de personnes.
Quel est la capacité du Québec à payé plus de taxes et impôts…et les 7 millions de personnes.
Il y a toujours deux côtés d’une médaille.
Vous vous plaisez à toujours en montré un.
Dela à comparer le résonnement de vos Deux Préféres…des pommes avec des pommes,,,!!!!