5 février 2008

Qui sont les incultes?

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Le ministère de l’Éducation a sondé les professeurs de littérature des cégeps, récemment, dans le cadre de l’«actualisation des devis de formation générale». Certains professeurs, dont l’écrivain Jacques Folch-Ribas, soupçonnent le ministère de vouloir réduire ou même éliminer les cours de littérature française au collégial au profit des auteurs québécois.

On formerait du coup des jeunes «incultes et satisfaits», s’inquiète Folch-Ribas, en les privant de tout un héritage culturel. Des professeurs de littérature québécoise ont nuancé, protesté. Un débat s’est engagé.

Cette discussion sur l’avenir de l’enseignement de la littérature au collégial me ramène à l’excellent documentaire Growing Up Online, diffusé récemment dans le cadre du magazine Frontline, sur la chaîne PBS, et dont mon collègue Paul Cauchon, du Devoir, traitait avec brio dans sa chronique d’hier. On y voyait entre autres un jeune s’exprimer ainsi, en toute candeur : «Je ne lis jamais de livre, j’ai lu Roméo et Juliette en cinq minutes sur Sparks Notes (un guide en ligne pour les études).»

Cet aveu en dit long. C’est ça, la nouvelle réalité. La révolution Internet, peut-être la plus importante depuis l’imprimerie, a transformé radicalement la culture des jeunes. La question n’est plus de savoir s’ils vont lire québécois ou français. La question est de savoir s’ils vont encore lire des livres. Se raccrocher à la bonne vieille culture dite «classique» et croire en sa suprématie, c’est faire fi des profonds changements dans le cerveau des jeunes.

Dans Growing Up Online, justement, on rappelait que les enseignants doivent désormais modifier leurs approches pédagogiques. Ils ont devant eux des jeunes qui ont l’habitude d’être assis à l’ordi, avec cinq fenêtres ouvertes et engagés dans plusieurs conversations à la fois.

Les plus vieux qui les traitent d’incultes étalent aussi leur propre manque de culture.

Ils ne comprennent rien à ce nouvel univers, celui des jeunes qui ont grandi avec une souris à la main. Ignorer les trésors de Ronsard, Racine, Corneille et  Molière, c’est bien sûr être, dans une certaine mesure, «inculte».

Mais ne pas comprendre le monde des jeunes internautes, les regarder avec mépris, ignorer les rouages de Facebook, MySpace ou YouTube, c’est aussi se condamner à être «inculte et satisfait»…

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24 commentaires à “

Qui sont les incultes?

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  1. 24
    G.G. :

    … Et veuillez me pardonner les quelques fautes qui se sont glissées dans mon message. J’ai encore beaucoup à apprendre ! ;-)


  2. 23
    G.G. :

    Bonjour,

    Je viens de lire votre billet et pour être franc, je suis désagréablement surpris par sa teneur et surtout par les réponses enthousiastes qu’il a suscité.

    Attribuer la même valeur formatrice à Youtube et Facebook qu’aux grandes oeuvres littéraires, fallait vraiment oser. J’ai 31 ans, cet âge où l’on se sent à la fois proche des ados et des aînés, je suis programmeur de profession et j’ai baigné dans la technologie depuis mon plus jeune âge. Bref, je suis loin d’être rétrograde. Je suis aussi un lecteur qui a grandement apprécié Homère, Flaubert, Nelligan ou Paul Auster et qui ne cesse de découvrir les plaisirs de la littérature. Lorsqu’on sait véritablement lire – ce qui s’apprend à travers la lecture elle-même – les époques, les styles et les complexités de la langue d’avant ne sont plus des barrières mais des opportunités d’ouverture et d’apprentissage, d’un apprentissage qui trouve une utilité essentielle et *directe* avec le monde d’aujourd’hui.

    Ce que je tiens à vous faire remarquer, c’est que la littérature est bien plus qu’un divertissement et un outil d’adaptation sociale pour une époque donnée. Lire de la littérature, tout comme l’exercice d’un art ou d’une science, est un exercice qui structure la pensée au cours de son développement, l’organise de manière harmonieuse tout en la rendant flexible, dynamique et créative. Les impacts d’une lecture de qualité sur le cerveau sont gigantesques, elle permet de mieux penser, de mieux parler et donc de mieux comprendre, de relativiser les excès et de concilier les divergences, de développer l’esprit critique et la sensibilité qui manquent tellement à notre monde moderne. Elle rend aussi humble face à la constatation que l’essentielle de la philosophie a déjà été formulé il y a plus de 2000 ans, quoiqu’en disent les “penseurs” contemporains à la mode. Et tout cela est totalement absent de Facebook où le principal intérêt de ses aficionados est de collecter le plus grand nombre “d’amis” pour épater la galerie, comme si la quantité d’amis avait une quelconque valeur en soi. C’est une fuite en avant, un oubli de soi, une peur inconsciente ancrée sur le préjugé et l’ignorance des réalités les plus élémentaires, à commencer par la réalité de soi. Cette nouvelle génération qui s’adonne au zapping de site internet, de vidéos et de SMS est endoctrinée et conditionnée à croire que l’accumulation des gratifications immédiates et superficielles pourra combler leur vide intérieur. Or au contraire, la clé pour mener une vie belle et créative, c’est de comprendre ce vide, de le regarder bien en face sans l’esquiver. C’est aussi ce à quoi nous ramène la grande littérature.

    Je n’ai rien contre Youtube, je consulte ce site quotidiennement pour regarder des capsules vidéos sur des sujets qui m’intéressent, ou pour rigoler un bon coup, aucun mal à ça. J’ai aussi un compte Facebook, j’y ai retrouvé d’ancien amis du secondaire, c’est sympathique. Mais franchement, ce n’est pas une nourriture pour l’esprit. Ce sont des outils qui ont leur place et leur utilité, des formes de divertissement louables, mais d’une minceur culturelle et formatrice évidente.

    Bref, je suis sincèrement attristé de constaté ce consensus de la médiocrité complaisante. J’ai grandi au Québec et après 6 ans de vie à l’étranger, je reviens y vivre dans quelques jours. Je dois dire qu’avec le recul que cette expérience m’a donné, j’ai peur de ce que je vais découvrir.

    Cordialement,
    G.G.


  3. 22
    JP :

    La méconnaissance de Facebook et alii ne peut pas se comparer à l’ignorance culturelle. Alors qu’on acquiert rapidement une connaissance et une expertise dans le domaine de l’Internet (je ne dis pas de l’informatique), on ne peut en dire autant des sujets philologiques.

    J’abonde cependant dans le sens de monsieur Cayouette : les étudiants ne sont pas nécessairement incultes. Et rien n’est plus pitoyablement élitiste que de regarder de haut ceux que l’on juge ignorants en certains domaines. Or, que ces derniers en soient rendus à l’ère de Sparks Notes et cie, peu m’en chaux, je dois avouer. La littérature, disons son étude, n’a pas à être actualisée pour répondre à un public contemporain. La littérature n’est pas une science (au sens moderne du terme), mais bien un savoir, une sensibilité, un art. Alors, si on veut enseigner la littérature à ces jeunes adultes, il faut leur donner les outils pour aborder ces textes, anciens et nouveaux, et non pas adapter ceux-ci à leur réalité technologisante.

    Et pour l’illuminé qui suggère d’enseigner la Bible au collégial, je répondrai qu’il faudra pour le moins commencer par avoir accès à une traduction plus fiable qui ne confère pas à ce ramassis d’histoires choisies politiquement une valeur littéraire (je parle de prose, ici) discutable. La Bible! Non, mais! “Bonjour les étudiants, aujourd’hui nous allons lire une histoire rapiécée, propagandiste, déformée par les traductions et les interprétations frauduleuses datant de plusieurs siècles, plutôt illogique, avec plus ou moins d’unité narrative, amputée de plusieurs textes jugés apocryphes et nous allons tenter de comprendre comment la littérature FRANÇAISE a été influencée par cet ignoble torchon que plusieurs jugent artistiquement achevé parce que divinement inspiré.” Oh oui, tant de lumière, et si peu d’ailes à brûler.


  4. 21
    Serge-André Guay :

    Le débat au sujet de l’enseignement de la littérature dans les collèges québécois se poursuit. J’ai ressemblé toutes les interventions depuis la publication de la fameuse lettre ouverte dans La Presse signée par Jacques Folch-Ribas le 20 janvier dernier.

    http://manuscritdepot.com/internet-litteraire/dossier.03.htm

    Au plaisir,

    Serge-André Guay, président éditeur
    Fondation littéraire Fleur de Lys

    TÉLÉPHONE
    (514) 680-1211 (Montréal, Québec, Canada)

    ADRESSE POSTALE
    Fondation littéraire Fleur de Lys,
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