16 juillet 2008
McCartney et les paradoxes québécois
Publié dans |La venue de Paul McCartney à Québec dans le cadre des célébrations du 400e suscite une controverse de plus en plus vive et on le comprend aisément. Inviter un Anglais pour souligner 400 ans de présence francophone choque inévitablement une partie de la population. Sir Paul a beau être l’une des figures les plus célèbres du XXe siècle et l’un des plus grands mélodistes de l’histoire de la musique populaire, il reste qu’il chante en anglais.
J’entendais Michel Rivard, récemment, évoquer en guise de modèle le grand spectacle «J’ai vu le loup, le renard, le lion», qui avait réuni sur une même scène, en août 1974, dans le cadre de la Superfrancofête, Félix Leclerc, Gilles Vigneault et Robert Charlebois. Le sculpteur Luc Archambault, qui dénonce aussi la venue de Paul McCartney et la «canadianisation» des Fêtes, cite aussi en exemple ce spectacle historique qui avait réuni 125 000 personnes sur les Plaines d’Abraham. C’est le genre de tour de chant qu’il aurait souhaité pour les 400 ans de Québec.
Tant Michel Rivard que Luc Archambault pèchent par excès de nostalgie et oublient le contexte bouillonnant de l’époque. En 1974, quand Vigneault, Félix et Charlebois chantaient sur les Plaines devant une mer de fleurdelisés, un vent de changement soufflait sur le Québec. Le pays de Vigneault semblait alors à portée de main, il y avait de l’électricité dans l’air, un grand élan animait la société entière. Les babyboomers, alors dans la fleur de l’âge, affirmaient leur identité et travaillaient à refaire le monde. Deux ans plus tard, le Parti québécois allait être porté au pouvoir et le Québec allait être dirigé par la meilleure équipe ministérielle de son histoire…
S’imaginer recréer un spectacle aussi chargé de sens, aussi annonciateur, aussi mobilisateur que «J’ai vu le loup, le renard, le lion» en 2008 relève de l’utopie.
On ne peut pas «inventer» un contexte historique, malgré le prétexte du 400e anniversaire de la présence francophone en Amérique. Le Québec a bien changé depuis 35 ans. À preuve? Les deux groupes les plus populaires, au Québec, sont constitués de musiciens francophones qui chantent en anglais… L’entourage de l’ex-Beatle McCartney a d’ailleurs été bien surpris de prendre connaissance de ce paradoxe bien québécois, révélait Le Devoir cette semaine.
Deux groupes originaires de la très francophone ville de Québec, en effet, trônent cet été au sommet du palmarès des ventes de disques à l’échelle du Québec. Il s’agit des Lost Fingers, de fort sympathiques musiciens qui reprennent à la sauce manouche des chansons anglophones des années 1980 comme Billy Jean, et du Pascale Picard Band, un groupe qui chante aussi en anglais.
Essayez d’expliquer cela à un étranger. On ne veut pas d’un artiste, fût-il légendaire, parce qu’il chante en anglais. Mais les groupes de l’heure, au Québec, sont composés de musiciens francophones qui chantent eux-mêmes des textes anglais…
Quand McCartney chantera Yesterday devant des dizaines de milliers de babyboomers vieillis, ramollis et raisonnables, ces derniers penseront sûrement avec émotion à leur jeunesse, au temps de la Superfrancofête et des grands rêves des années 1970. Au fond, la présence de l’ex-Beatle sexagénaire sur les Plaines en 2008 en révèle peut-être autant sur l’état de la société actuelle que le spectacle «J’ai vu le loup, le renard, le lion» en disait sur le Québec des années 1970.
McCartney et les paradoxes québécois
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août 2, 2008 à 16:03
Modérateur, tu dois être un beau nationaliste vexé de mon commentaire de cette semaine puisqu’il n’y avait vraiment rien de grave dans mon message mais il a été enlevé.
Comme c’est beau la liberté d’expression au Québec.
août 1, 2008 à 14:34
Monsieur Curzi, j’ai 28 ans et je n’ai jamais été voter.
Quand je vous ai vu à Tout le monde en parle, j’me suis dit alors voilà un homme engagé qui mériterait mon vote s’il était un jour à la tête du PQ. Mais voyez-vous, vos propos en rapport avec la venue de MCcartney a Québec m’ont déçu au plus haut point. Comment un homme politique intelligent comme vous, vivant en 2008, peut-il être autant borné et fermé d’esprit? Il s’agit ici de musique, d’un langage universel, d’une légende vivante et nous avons la chance de pouvoir l’accueillir dans notre belle province. J’ai honte en tant que québécois de voir que nos leaders nous font passer pour une vraie belle bande de colons. J’ai changé mon fusil d’épaule et je ne voterai pas pour votre parti aux prochaines élections. Le nationalisme, c’est bien beau, mais les gens commencent à en être solidement écoeurés…
juillet 21, 2008 à 12:29
Il a chanté toutes les chansons ci-haut mentionnées et ce “gig” sera le plus gros show de toute l’histoire du Québec. Tel que prédit par Bibi..
juillet 21, 2008 à 6:30
Je croyais Curzi un homme intelligent, faut croire que de porter l’uniforme du PQ est lourd et fait faire des choses ridicules. Heureusement que le ridicule ne tue pas, sinon les rangs nationalistes pur et dur serait décimés.
La venue d’un show avec un artiste international de cette envergure, de n’importe quel nationalité, est le meilleur coup que Québec pouvait faire pour se montrer au monde entier. Et ce seras la même chose avec Céline Dion. J’espère que nos “hystériques” ne feront pas des fous d’eux mêmes en la traitant de “fausse Québécoise” si elle a le malheur de chanter une chanson de trop en anglais.