14 juillet 2009
Beau temps pour lire!
Publié dans |Il pleut ? Et alors ? Beau temps pour lire. Voici quelques suggestions :
Merveilleux Echenoz !
On croit d’abord à une biographie sportive. Or, il n’en est rien, même si Jean Echenoz raconte la vie du coureur de fond tchèque Émile Zatopek, celui que l’on surnommait « la locomotive ». Né à Koprivnice, au sud d’Ostrava, près de l’usine de chaussures Bata où il travailla adolescent, le célèbre champion coureur a pulvérisé tous les records de son temps et remporté des titres olympiques à Londres, en 1948, et à Helsinki, en 1952. Pendant six années, Émile Zatopek a été l’homme qui courait le plus vite sur terre.
« Travaille ton style », lui répétaient ses entraîneurs. Mais non, disait-il, le style, c’est des conneries. Il vaut mieux courir plus vite que les autres, le reste n’a que peu d’importance. Émile progressait donc de façon lourde, heurtée, torturée, le visage crispé de douleur, écrit Echenoz. Mais voilà  : il aimait avoir mal. À mi-chemin, lors des épreuves, quand ses adversaires fléchissaient, il accélérait, l’air de dire : « Excusez-moi, il faut que j’y aille ! »
Splendide ustensile de propagande pour le régime communiste qui régnait sur la Tchécoslovaquie, Zatopek a osé prendre la parole publiquement, sur la place Wenceslas, pour dénoncer l’occupation soviétique de 1968. Il aura payé cher sa bravade. Le champion coureur fut chassé de l’armée et expédié comme manutentionnaire dans les mines d’uranium. Il a même été éboueur.
Émile Zatopek ne faisait rien comme les autres, écrit le romancier. Jean Echenoz ne fait rien comme les autres, lui non plus, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs. Qu’il s’attarde sur la vie du compositeur Maurice Ravel – son roman précédent- ou sur celle d’Émile Zatopek, Jean Echenoz réussit, avec sa plume magistrale et sa douce ironie, à plonger au cÅ“ur de l’âme humaine. Cela s’appelle de la littérature. De la grande littérature. (Courir, par Jean Echenoz, Les Éditions de Minuit, 142 p., 24,95 $)
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Un amour qui ne veut pas mourir
Vingt ans après la mort de celui dont elle fut la dernière flamme, une femme entreprend de refaire le parcours de cet homme. Elle traque ses parents et amis, visite les principaux lieux qui ont marqué sa vie. « Tu vas voir, je vais mourir et ça te fera un personnage de roman, un vrai de vrai ! » lui avait lancé un jour Malcolm Walker, peu de temps avant de mourir dans un incendie causé par une cigarette oubliée. Buveur impénitent, séducteur irrésistible, ce jeune homme avait des instants troublants de clairvoyance.
La romancière Claire Varin, une voix qui mérite d’être davantage connue et reconnue, raconte, dans son septième livre, la quête de cette femme partie à la rencontre d’un amour qui la hante depuis 20 ans. En traversant les multiples couches du réel, elle parviendra à faire revivre cet amour. Malcolm Walker peut dormir en paix. Il est devenu un très beau personnage de roman, porté par une écriture remarquable. (La mort de Peter Pan, par Claire Varin, Québec Amérique, 216 p., 19,95 $)
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Un parfum de fin du monde
Le grand écrivain québécois que l’on cherche depuis longtemps, c’est peut-être lui, Nicolas Dickner. Quatre ans après son mémorable Nikolski, le revoici, avec son imagination débordante, sa joyeuse érudition et ses trames inventives. Dans Tarmac, Dickner traite à sa manière de notre obsession collective pour l’apocalypse. Il a imaginé pour ce faire une famille (les Randall) dans laquelle chaque membre reçoit, au moment de la puberté, sa propre vision de la fin du monde, accompagnée d’une date précise, différente pour chacun.
L’histoire s’amorce en 1989, année de la chute du mur de Berlin, et se termine en 2001, à la veille des attentats à New York. Tarmac n’est pas pour autant un roman historique ou sociologique. C’est aussi le récit d’une histoire d’amour peu banale entre un adolescent de Rivière-du-Loup et une jeune fille tout juste arrivée de Nouvelle-Écosse, tous deux désireux d’échapper à leurs prédestinations familiales. On ne s’ennuie pas un instant en parcourant cette suite de fragments qui nous entraînent de Rivière-du-Loup à Tokyo en passant par New York. Nous sommes ici, on l’aura compris, à mille lieues du roman introspectif ou « psychologisant » du Plateau-Mont-Royal. Quiconque a déjà lu Boris Vian et Réjean Ducharme ne se sentira pas dépaysé en plongeant dans l’univers éclaté de cet extraordinaire conteur qu’est Nicolas Dickner. (Tarmac, par Nicolas Dickner, Éditions Alto, 269 p., 23,95 $)




