29 septembre 2009

Proust et la révolution numérique

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Sans le moindre doute dans la voix, un collègue à l’affût des nouvelles technologies m’a brutalement prédit l’avenir de l’édition, récemment. «Dans cinq ans, les journaux en papier n’existeront plus. Dans dix ans, il n’y aura plus de magazines imprimés. Dans vingt ans, il n’y a aura plus de livres.»

 Plus il voyait mon visage se décomposer, plus mon collègue se faisait impitoyable. «Le livre subira exactement le même sort que le disque. Les mêmes qui ont leur Ipod aujourd’hui auront tous leurs lecteurs numériques. Le livre sera aussi désuet que le disque vinyle.»

 Au risque de passer pour un dinosaure, je me permets d’exprimer mes craintes. Quelle influence auront ces nouvelles technologies sur la production littéraire même? La littérature survivra-t-elle à cette révolution?

 Un article paru dans Le Monde, hier, alimente mes craintes. «En Occident, le monde du livre a abandonné le public des adolescents et des jeunes adultes», déplore Laurent Rabatel, un éditeur numérique.

 Peut-être a-t-il raison. Je croyais plutôt que la littérature jeunesse se portait extrêmement bien. C’est la suite de ses propos qui me laisse perplexe. L’éditeur revendique une littérature «plus punchy qui colle aux habitudes de consommation de ses lecteurs : un public volatile, bombardé d’offres culturelles et baigné dans la technologie».

 Il laisse entendre que le numérique transformera l’art d’écrire. «On a pas le temps de mettre la table, il faut rentrer dans le livre dès les deux premières lignes», dit-il. Voilà, justement, ce que je crains : que la nature même de l’art d’écrire soit transformée, de manière à s’adapter à une technologie.

 Aurait-on publié À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, à l’ère du numérique? On entend d’ici l’éditeur lui souffler : «Coupe, Marcel! Coupe! On n’a pas le temps de mettre la table. Il faut rentrer dans le livre dès les deux premières lignes!»

 La littérature, c’est du temps «perdu», justement. C’est de l’«inutile», qui permet d’aller à l’essentiel, qui donne du sens à la vie. Les nouvelles technologies, au contraire, c’est : «toujours plus vite». C’est de l’utilitaire. Les lecteurs ne sont pas des gens pressés. Ont-ils besoin de cette technologie? Je n’en suis pas convaincu. Tant pis si je suis anachronique.


10 commentaires à “

Proust et la révolution numérique

  1. 10
    jacques d. :

    Je ne suis pas du tout attaché aux livres. Je suis un lecteur assidu depuis l’enfance et je trouve que les livres ça prend beaucoup de place. Encore cette fin de semaine j’ai du en mettre en boites car mes 4 bibliothèques étaient pleines. Si j’avais conservé tous les livres que j’ai acheté depuis l’enfance, la maison serait pleine. Vive le livre électronique qui dans un format d’à peine 15cm X 10cm peut contenir des centaines sinon des milliers de livres. Plus de problème d’espace.


  2. 9
    Loraine King :

    Quand j’ai commencé à travailler, je tapais sur un dactylographe manuel de marque ROYAL – j’imprimais des communiqués de presse avec une Gestetner. Je ne m’ennuie pas du ‘bon vieux temps’.

    Je ne pourrais me prononcer sur le livre électronique sans en avoir fait l’essai. J’ai l’impression qu’on en vend de plus en plus.

    Mais ces jours-ci je lis un gros et grand livre – peut-être 40 cm de haut – sur l’art primitif flamand et sur l’architecture de la Flandres. Je ne peux m’imaginer l’apprécier autant en format électronique. Je prends ma loupe pour examiner les détails des Brueghel et des Bosch et des Memling. Je songe à adopter le pseudonyme Dulle Griet pour commenter dans les blogues…

    Il y a trente ans on pensait qu’il n’y aurait plus de chèques – avec les cartes de crédit et les transactions électroniques – mais on transige encore avec des chèques, moins, mais on le fait encore.

    La litérature pourra sans doute s’accommoder du format électronique, mais l’édition demeurera.


  3. 8
    Hélène Côté :

    Si vous achetez un texte en version électronique, allez-vous lire plus vite?


  4. 7
    Le grand méchant électro-livre ! « 666 :

    [...] le rabat-joie de service. Pierre Cayouette y va donc d’un billet sur son blogue, intitulé Proust et la révolution numérique. Billet tendancieux où la mauvaise foi fait [...]


  5. 6
    Garamond :

    On pourra acheter une version électronique de «À la recherche du temps perdu» où pas une virgule ne manquera…
    Quand j’ai vu, dimanche, la grosse brique que Dany Turcotte a remis à Jacques Demers (à TLMEP), je me suis dis: encore de beaux arbres de coupés inutilement !
    Ne résistez pas au changement ! troquez votre cheval contre une voiture !


  6. 5
    Etienne :

    Ils peuvent tous bénéficier de cette technologie. Imaginez, un écrivain n’aurais plus à faire 10 éditeurs pour en trouver un qui l’accepte, il n’aurais qu’à le mettre en ligne lui-même et empocher 100% des profits.

    … mais j’aime quand même mieux m’installer tranquille avec un livre en papier.


  7. 4
    Francine Petit :

    Je partage vos craintes monsieur Cayouette, pas seulement. Je n’ai aucune envie de ces nouvelles technologies pour mes lectures.
    Quoi de plus merveilleux que d’aller fureter à la librairie pour en sortir avec le livre de son choix, pour ensuite prendre du bon temps pour en faire la lecture.
    Et, la senteur du papier, la retrouverons-nous dans ces nouvelles technologies!?!
    Les bibliothèques sont aussi un merveilleux moyen pour les lectures en tout genre.


  8. 3
    Solange :

    Il n’y a rien de plus plaisant, pour une amoureuse de la littérature, que d’avoir un livre en main, d’en savourer chaque mot et de pouvoir ensuite le faire découvrir à sa famille, ses amis.

    Le contact avec le livre papier n’a rien à voir avec une lecture à l’aide d’un média comme Internet, mais je ne suis pas de la nouvelle génération, alors allez savoir ce que l’avenir réserve à ce trésor…


  9. 2
    Yves Poirier :

    Il y a quand même une certaine absurdité à payer une trentaine de “piasses” pour un livre qu’on ne lira qu’une fois et qui finira oublié dans une boîte en carton.

    Chez-nous, nous lisons beaucoup mais nous préférons de loin aller à la bibliothèque municipale pour y emprunter des livres.

    Mais même si le “livre en papier” disparait les écrivains continueront d’écrire des histoires.

    Le problème à régler est de trouver une façon de les payer équitablement pour leur travail.

    Peut-être que, comme pour la musique, on verra des écrivains qui “s’auto-éditent”, court-circuitant ainsi les grands éditeurs de ce monde.

    Oui, à bien y penser, ce n’est pas la litérature qui est en danger mais bien la job des éditeurs.


  10. 1
    PsyKo :

    Je partage malheureusement vos craintes. Ce phénomène est déjà perceptible dans les médias écrits…