Erreur sur le conflit
Publié dans : Crise financière, Finances publiques
Ce n’est pas un conflit sur l’accessibilité aux études universitaires. La proposition gouvernementale qui bonifie le programme de bourse est plus performante à cet égard que le gel des droits universitaires.
Ce n’est pas un conflit sur les droits universitaires. Lequel cas, la proposition d’échelonner la période de mise en vigueur totale de la hausse de cinq à sept ans aurait été vue comme un bon départ, surtout en tenant compte du programme de bourses.
Ceci n’est pas une lutte pour un meilleur enseignement universitaire. Sinon, on n’aurait pas suggéré de couper les vivres à la recherche, de limiter les dépenses en immobilisations et en informatique et de scruter à la loupe toutes les dépenses visant au rayonnement et à la qualité des institutions de haut savoir.
Ceci est un conflit sur les grands enjeux de nos sociétés : faut-il privilégier la gratuité de tous les services publics ? Le cas échéant, comment financer cette gratuité ? Comment arbitrer entre les ressources limitées de la société et les besoins illimités de ses citoyens? Comment naviguer entre un endettement public costaud et une aspiration chez plusieurs à ce que  l’État nous prenne en main de la pouponnière à la retraite ?
Ces enjeux relèvent du débat politique et il y a des arènes pour en discuter civilement. Les pics à glace, les boules de billard, les masques, les pierres, le chaos et la violence sont des armes d’extorsion, pas de négociation. Surtout, ce ne sont pas aux seuls étudiants et professeurs de cégeps de décider de l’allocation des fonds publics. Cela est la prérogative de l’ensemble des citoyens du Québec.
Ceci est un conflit sur la manière de mener un conflit… Voilà ce qui arrive quand une cause populaire au départ, devient moins populaire que le gouvernement le moins populaire de l’histoire récente du Québec.
Certains légitiment et gomment le tout, prétextant que ce gouvernement n’a plus de légitimité. Le gouvernement Charest devra, tôt ou tard, se justifier devant l’électorat. Entre-temps, son travail consiste à s’assurer que l’ordre soit maintenu, que la propriété publique et privée soit respectée et que les décisions des tribunaux soient appliquées. Prétendre le contraire est une négation de l’état de droit et conduit à une abdication de la responsabilité des élus.
Nous avons choisi nos camps. La population québécoise dira aussi en temps et lieu ce qu’elle pense de l’action de ses dirigeants politiques pendant ce conflit.
Les universités sont-elles bien gérées ?
Publié dans : Économie, Finances publiques
Cette question est revenue au centre du conflit sur les droits de scolarité et mérite qu’on s’y attarde. L’entente de principe conclue la semaine dernière était établie sur le principe que des économies dans la gestion des universités pouvaient se traduire par une baisse des coûts afférents (frais d’inscription, services aux étudiants) imposés aux étudiants et compenser la hausse des droits de scolarité proprement dits.
Une note publiée par la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) laisse entendre qu’on pourrait sauver 289,3 millions de dollars en gelant les dépenses administratives, informatiques et de communications et en limitant les salaires des recteurs, doyens et autres dirigeants des institutions de haut savoir.
Plus tard, la FEUQ et la Fédération collégiale du Québec ont indiqué qu’une indexation de 3 % de ces budgets permettrait d’économiser 189 millions de dollars annuellement. Dans ce qui a été signé entre le gouvernement et les associations étudiantes, on prévoyait également la formation d’un comité provisoire des universités devant scruter à la loupe leurs dépenses.
L’essentiel de l’entente présume donc de la possibilité de faire des gains. C’est là que le bât blesse parce que la question est plus complexe qu’elle n’y paraît. Le Bon Dieu est dans les détails, dit-on. Je soupçonne aussi que le diable se trouve dans les cas d’exception. La construction de l’îlot Voyageur par l’ancienne direction de l’UQAM et les imbroglios à la tête de l’université Concordia constituent des monuments de mauvaise gestion, mais caractérisent-ils l’ensemble de la gestion des recteurs des universités québécoises ? J’en doute fortement.
On met aussi en relief la construction des campus de l’Université de Montréal à Laval, de l’Université Laval à Montréal, de l’université de Sherbrooke à Longueuil comme preuve accablante de dépenses inconsidérées. Le mode de financement des universités, établi en fonction des inscriptions, induit une croissance des capacités d’accueil. Il y a là un effet pervers qui peut conduire à des investissements inconsidérés.
Néanmoins, ces nouveaux campus contribuent à une croissance des effectifs universitaires et à une meilleure accessibilité. Je trouve logique et salutaire que les populations en forte croissance de la Rive-sud de Montréal et de Québec soient desservies par des universités. Que les universités de Sherbrooke ou du Québec à Rimouski y aient vu une opportunité d’affaires ne me scandalise pas.
Le document de la FEUQ va plus loin. Elle trouve les universités trop dépensières et pointe du doigt l’université McGill qui accaparerait 45 % de la masse salariale du personnel de gérance des universités québécoises. Dans l’argumentaire étudiant, il s’agissait de mettre McGill au pas et sa rectrice au même niveau salarial que les constituantes de l’Université du Québec, et hop, voilà des dizaines de millions de dollars de sauvés. Facile… trop facile.
La FEUQ chiffre le montant de la masse salariale du personnel de gérance de McGill à 132,4 millions de dollars en 2008-2009. Sauf que cette somme inclut tout son personnel dit cadre, ce qui comprend ses employés professionnels et tout employé non syndiqué ayant des fonctions de supervision. Les autres universités québécoises scindent ces éléments en différentes catégories, alors que McGill les regroupaient. En comptabilisant ses dépenses 2010-2011  sur la même base que les autres universités québécoises, la masse salariale du personnel de gérance de McGill est de l’ordre de 48 millions de dollars, un chiffre comparable à celui de l’Université de Montréal.
Est-ce trop d’argent pour diriger une université ? Dans le cas de l’université de Montréal et de l’université McGill, nous parlons d’organisations dont les revenus dépassent le milliard de dollars. Ce sont aussi des organisations complexes avec plusieurs facultés aux ambitions et besoins énormes, plusieurs immeubles, des campus et, dans le cas spécifique de McGill, des contrats de travail avec 13 syndicats différents. La gestion d’une telle organisation n’est pas une sinécure.
Une certaine presse suscite l’indignation populaire avec la rémunération des recteurs de McGill et de l’Université de Montréal et de leurs nombreux voyages à l’étranger. Cela relève quant à moi de la pure démagogie.
On ne peut pas comparer les recteurs de l’une des universités les plus réputées au monde et de la principale université francophone du Québec avec ceux qui sont à la tête des constituantes de l’université du Québec en région. Ce ne sont pas les mêmes effectifs, les mêmes budgets, le même moteur pour la recherche scientifique et le même rayonnement international. Certes, Heather Munroe-Blum est bien payée, mais elle n’est pas aussi bien rémunérée que ses pairs de l’université de Toronto ou de UBC et de la plupart des institutions comparables et soumises au même marché au Canada.
On lui reproche ses voyages, notamment celui qu’elle a fait récemment au Brésil. La scélérate aurait même voyagé en classe affaires ! Vite, en page couverture ! Au-delà du tapage, voici ce qu’elle est allée faire dans ce voyage de trois jours.
La directrice de McGill faisait partie d’une délégation de 30 recteurs d’universités canadiennes, dont deux autres universités québécoises (ÉTS et UQTR). Elle y a signé quatre ententes avec des universités brésiliennes pour favoriser la collaboration scientifique et l’échange d’étudiants. Le gouvernement brésilien dépensera 2 milliards de dollars en quatre ans pour permettre à ses meilleurs étudiants d’aller étudier à l’extérieur. Il s’agissait pour la plus internationale des universités canadiennes d’accaparer une partie de ces fonds.
Compte tenu de la durée très courte du séjour et de la longue durée du trajet, l’université lui a consenti de voyager en classe affaires. Quant à l’hôtel, il a été choisi par l’Association des collèges et universités du Canada.
Un recteur d’université, ça rayonne, ça réseaute et ça voyage. Tout cela fait partie de la responsabilité et du mandat. Il faut aller chercher des mandats de recherche, rencontrer les diplômés de partout au monde pour qu’ils participent au financement de l’institution et marauder les autres universités pour attirer chez soi des professeurs éminents. Les recteurs des universités sont aussi des grands ambassadeurs de leur ville et de leurs juridictions. Du reste, tout l’enseignement universitaire est organisé autour de congrès, colloques et réunions internationaux.
Je trouve absurde et ridicule ce mythe voulant que le salut des finances publiques ne dépend que d’une gestion plus tatillonne des dépenses périphériques ou discrétionnaires. Le Québec n’a pas la plus grosse dette publique au Canada parce qu’il achète trop de crayons à mine ! Le problème touche davantage à la quantité des programmes offerts gratuitement ou en deçà de leurs coûts réels; pas de la mauvaise gestion quotidienne des gestionnaires de l’État.
Le problème majeur du réseau universitaire, c’est son sous-financement évalué à 620 millions de dollars. On se leurre en pensant qu’on va tout régler et maintenir des activités de recherche et une qualité de l’enseignement de niveau mondial, juste en tapant sur les doigts des recteurs. Le problème est plus fondamental, contrairement à ce que pensent les défenseurs du gel des droits de scolarité.
Retour en Grèce
Publié dans : Économie, Finance
Ce n’était qu’une illusion, certains parleraient d’une rémission. Non, la crise financière qui secoue les économies occidentales et particulièrement européennes n’est pas terminée.
Le résultat des élections grecques nous replongent au cÅ“ur des tourments qui ont fait craindre le pire. Les Grecs refusent l’austérité. Le pays est ingouvernable et aucune coalition gouvernementale ne semble envisageable à partir des résultats de dimanche.
La Grèce sera à cours de liquidités dès juin et ses partenaires européens refusent de financer le chaos. Leur bienveillance toute relative était justement conditionnelle à l’acceptation d’une nouvelle série de compressions budgétaires se chiffrant à 11 milliards d’euros.
La Grèce devra faire défaut et quitter la zone euro. Cela semble inévitable. Elle devra aussi retourner aux urnes. Les Grecs doivent se donner un gouvernement… et une monnaie.
Que feront les pays membres de la zone euro pour éviter la contagion dont on a tant peur ? Les socialistes français et les chrétiens-démocrates allemands sont condamnés à s’entendre pour assurer la stabilité de leur devise.
Entre-temps, les conservateurs espagnols se résignent à sauver les banques espagnoles, l’économie allemande stagne, le prix des matières premières reculent, l’économie américaine crée moins d’emplois que prévu et les marchés financiers virevoltent.
Cela fait tellement 2010 et 2011…
La fièvre hollandaise
Publié dans : Économie
Voilà , c’est fait. François Hollande, chef des socialistes français, deviendra le prochain président de la République française. Après avoir eu un président issu de la droite depuis 17 ans, les Français ont choisi l’alternance. Rien de plus légitime et de plus compréhensible compte tenu de l’état de la France, de l’Europe et de l’économie mondiale.
On a fait de cette élection un double référendum. Sur la personnalité même de Nicolas Sarkozy et sur une opposition entre l’austérité et la croissance.
Peut-on faire l’économie de l’austérité ? La dette publique française atteint 90 % de la taille de l’économie du pays et aucun gouvernement français n’a réussi à équilibrer le budget de l’État depuis 1981. Il faut avoir de l’imagination pour associer à l’austérité le parti de Nicolas Sarkozy et de Jacques Chirac avant lui. À la tête de l’État et du gouvernement, ils se sont avérés hyperactifs et dépensiers. La gauche, au pouvoir sous François Miterrand, ou au gouvernement pendant une partie de la présidence de Jacques Chirac, n’a pas fait mieux.
La dette française, presque absente du débat électoral, fera bientôt un retour en force. Pas besoin d’être prophète pour deviner qu’une fois assermenté François Hollande va déclarer, stupéfait, que la situation financière est pire que prévu. Pas nécessaire de lire dans les feuilles de thé, pour deviner aussi, qu’une fois la domination de la gauche confirmée par les élections législatives de juin, les marchés financiers s’inquièteront d’une nouvelle dérive budgétaire et hausseront le coût des emprunts de la France.
Chaque changement de direction suscite les plus beaux espoirs et les plus beaux élans. Cela ne dure qu’un temps. Comment François Hollande pourra-t-il financer son programme ? Ses principaux engagements supposent une croissance de 1,7 % de l’économie l’an prochain, beaucoup plus que les prévisions l’Institut national des statistiques et des prévisions économiques (Insee) qui s’attend plutôt à une hausse de 1 % du PIB.
La France est dans une situation délicate . Sa dette se creuse, le taux de chômage devrait dépasser les 10 % cet été et les pensions des retraités ne sont pas provisionnées. Comment relancer la machine ? La gauche ne serait pas la gauche sans la promesse de hausser davantage les taxes sur les plus nantis et les grandes entreprises. Le fardeau fiscal des Français est déjà l’un des plus élevé au monde (33 % de plus que le fardeau fiscal canadien en 2008) et les entreprises françaises peinent à être compétitives (déficit commercial de 70 milliards d’euros), mais on aimerait leur rendre la vie un peu plus compliqué.
Pourtant, il faut que François Hollande réussisse ses grandes manoeuvres. Pendant cinq ans, c’est lui qui dictera les règles du jeu. S’il échoue, ce sera le chaos. Personne ne veut que la France ne devienne la Grèce. En votant « contre » l’austérité dimanche et en jetant quasiment à la mer les deux partis traditionnels de la droite et de la gauche, les Grecs ont singulièrement compliqué leur vie. Les voilà maintenant aux prises avec un parti d’extrême-droite et un parti d’extrême-gauche beaucoup plus forts. Et les taux d’intérêt sur la dette grecque ont bondi pour atteindre 21,83 %.
C’est devenu une évidence, les marchés votent à tous les jours.
Les jeunes et la prospérité
Publié dans : Économie, Entreprises
Prospérité. Voilà un mot difficile à cerner, faisait remarquer Marc Dutil, PDG du Groupe Canam, au congrès de l’Association des économistes québécois (ASDEQ) qui se tient jeudi et vendredi à Montréal sur ce même thème.
Pour tenter de définir les multiples facettes de la prospérité, l’ASDEQ a commandé un sondage à Léger Marketing. Pour 37 % des 1001 répondants, une société prospère est une société où l’emploi abonde et dans laquelle les salaires sont convenables. 23 % des répondants ont plutôt insisté sur la croissance économique. Personnellement, je ne vois pas de contradiction entre les deux réponses, l’un permettant l’autre… et vice versa.
Le décalage entre les jeunes et les autres Québécois est considérable. 32 % des répondants âgés entre 18 et 24 ans associent la prospérité à la capacité d’offrir les services publics essentiels gratuitement, contre 17 % pour le reste des personnes interviewées.
Qui peut le mieux contribuer à la prospérité du Québec ? Nous, répondent 37 % des Québécois. C’est un résultat qui me fait très plaisir parce qu’il montre la responsabilité de chacun d’entre nous. 29 % disent l’entreprise privée et 27 % l’État. Chez les jeunes, 38 % croient que l’État rend riche.
Comment l’État peut contribuer à la prospérité ? 59 % des répondant pensent que c’est en gérant bien les fonds publics et la proportion atteint les deux tiers des répondants de plus de 45 ans. Chez les jeunes, à peine 51 % sont de cet avis.
Qu’attend-on des entreprises privées ? 27 % des répondants disent qu’elles doivent créer des emplois de bonne qualité et 24 % qu’elles doivent investir davantage pour être plus productives. 30 % de nos jeunes considèrent que leur principal rôle c’est de payer plus d’impôts ! Le cinquième des Québécois est de cet avis.
Presque la moitié des Québécois croient que les citoyens pourraient mieux contribuer à créer un Québec plus prospère en encourageant les entreprises québécoises. Pour 36 % des jeunes Québécois, c’est en s’impliquant dans la vie communautaire et politique.
Quel est l’enjeu le plus important pour l’atteinte de la prospérité au Québec ? Pour 59 % des Québécois, la santé des finances publiques s’impose. Pour 55 % des jeunes Québécois de 18 à 24 ans, c’est l’accessibilité des services publics.
Il en a peut-être toujours été ainsi, mais plusieurs jeunes définissent la prospérité par la gratuité des services publics, ne se soucient guère de l’état des finances publiques, font de l’État le moteur de la prospérité et voient les entreprises essentiellement comme des payeurs d’impôts.
Je devine que j’ai beaucoup de jeunes parmi mes lecteurs.
Retour sur un conflit qui n’en finit plus
Publié dans : Finances publiques, Général
La CLASSE et ses supporters vivent dans un monde particulier. Ce qui est écrit sur leur site ne représenterait pas toujours son avis, comme ceux qui manifestent avec des pics à glace et des masques ne feraient pas partie de ses manifestations et ses manifestations ne seraient pas vraiment les siennes non plus.
Bref écrivons n’importe quoi, manifestons n’importe comment, ce n’est jamais de notre faute et encore moins de notre responsabilité. L’idée de négocier avec des gens qui ne veulent rien céder, n’ont aucun aucun pouvoir décisionnel et se veulent le porte-voix (jamais responsable) des points de vue  les plus radicaux n’est pas une solution.
Je porte à votre attention cinq textes publiés ces derniers jours.
Denise Bombardier montre que les droits de scolarité  ne constituent pas le principal facteur de la fréquentation universitaire.
Le fiscaliste et économiste Luc Godbout démontre que la dernière offre gouvernementale enrichit les étudiants.
L’animateur Gilles Parent illustre très bien les paradoxes de la société québécoise.
André Pratte met les choses en perspective : le tiers seulement des étudiants post-secondaires est en boycottage-grève, ce qui représente à peine 20 % de la jeunesse québécoise. Il pose la bonne question : un gouvernement élu doit-il concéder à une minorité tapageuse le pouvoir de changer une loi adoptée ?
Michelle Blanc pose les bonnes questions sur le fonctionnement de la CLASSE.
Au hasard, sur le site de la CLASSE
Publié dans : Économie, Finances publiques, Politique québécoise
Le «calendrier» des événements mis en évidence sur le site de la CLASSE est digne de mention.
Ceux qui défendent cette sympathique organisation et trouvent honteux que le gouvernement ne veuille pas négocier avec elle, seront heureux d’être invités à l’événement suivant pour célébrer le 1er mai.
« Aux anticapitalistes, aux anarchistes, aux communistes, aux révoltéEs, aux insurgéEs et aux révolutionnaires. C’est un appel à l’expression d’une juste colère! CECI EST UN APPEL À LA GRÈVE SOCIALE POUR LE 1er MAI! Nous appelons à la grève générale pour le premier mai et nous appelons à la grève sociale générale illimitée, parce que nous ne voulons plus être l’huile qui fait fonctionner l’engrenage du capitalisme! Nous serons la barre de fer qui fera tout dérailler! »
Pourquoi les subventions aux magazines
Publié dans : Économie, Entreprises, Médias
Les subventions accordées aux magazines Summum et Summun Girls ont attiré l’attention sur un programme fédéral destiné à soutenir l’industrie canadienne des magazines. Bien des gens ont été surpris d’apprendre que leurs magazines préférés comme L’actualité, 7 Jours ou Coup de Pouce bénéficient de subventions fédérales.
J’étais éditeur de magazines quand le Fonds du Canada sur les périodiques a été mis sur pied. L’industrie des magazines, c’est-à -dire mon employeur à l’époque, Transcontinental, Rogers, propriétaire de ce site, Télémédia, alors propriétaires de magazines, ainsi que de plus petits joueurs avaient demandé à Ottawa une aide pour les protéger contre la menace que faisait peser sur eux les magazines américains.
J’avais beaucoup posé de questions à l’époque, parce que je ne voyais ni ne sentais évidemment pas la pression des titres américains sur les magazines que je dirigeais et que je n’aimais déjà pas les subventions. Voilà , en gros, ce qu’on m’avait répondu.
Il y avait d’abord un contexte qui inquiétait l’industrie canadienne. Time Warner venait d’annoncer qu’elle vendrait dans les kiosques à journaux du pays une édition distincte du magazine Sport Illustrated destinée au Canada. En fait, le magazine vendu ne serait pas vraiment différent de l’édition américaine. Les publicités seraient vendus à des annonceurs canadiens, mais le contenu serait le même qu’aux États-Unis.
Mes patrons et leurs concurrents étaient dans tous leurs états. Ce précédent signifiait que les publications américaines accapareraient la part du lion du marché publicitaire, sans rien débourser pour le contenu rédactionnel au Canada et dans la possibilité de distribuer un nombre fantastique d’exemplaires, profitant des économies d’échelle que permet leur propre marché.
C’était dans cet état de panique qu’ils ont demandé au gouvernement fédéral d’aider les magazines à alléger leurs coûts rédactionnels pour faire face à la menace américaine. On en a fait un enjeu culturel et non strictement commercial. Il fallait défendre l’existence d’une industrie canadienne des magazines, capable de résister aux Hearts, Condé Nast, Meridith ou Time Warner.
C’était l’époque où le ministère du Patrimoine canadien se faisait le champion du concept de la diversité culturelle devant les instances internationales, c’est-à -dire le droit d’un pays de soustraire ses industries culturelles des négociations commerciales bilatérales et multilatérales. À titre de président de l’Association des éditeurs de magazines du Québec, j’ai même fait partie de facto de l’un des comités créés pour définir ce concept de diversité culturelle.
Pourquoi des subventions à des magazines francophones qui ne sont pas menacés par le rouleau compresseur américain ?
Deux arguments étaient invoqués. Le premier relevait de l’équité. Si Macleans avait des subventions, L’actualité devait en toute justice en recevoir également. L’autre touche les liens étroits entre l’industrie canadienne et l’industrie québécoise des magazines. Si Canadian Living ou Chatelaine devaient disparaître, l’avenir de Coup de pouce et du Châtelaine francophone serait compromis. C’est que les annonceurs dits nationaux, comme L’Oréal, Estée Lauder ou Kraft, achètent simultanément des annonces pour les deux marchés. Si le marché du Canada anglais disparaît, celui du Québec serait menacé ou affaibli.
Je ne veux pas défendre ces subventions à tout prix, je veux juste vous expliquer le contexte qu’il leur a donné naissance et le formidable flou artistique qui entoure les subventions à la culture. La culture est une entité insaisissable, car elle relève à la fois de l’expression artistique, de la fibre identitaire et du commerce.
C’est un tout et il est bien difficile de distinguer ce qui relève de l’industrie et ce qui appartient à l’âme.
Les raisons derrière l’impasse
Publié dans : Économie, Finances publiques
La dynamique du conflit étudiant m’inquiète, car je ne vois pas d’issue entre des intérêts, des logiques et des discours incompatibles.
Nous subissons aussi notre première crise s’auto-alimentant en direct et en temps réel sur les réseaux sociaux. Ces derniers s’avèrent de prodigieux instruments de mobilisation, mais aussi de radicalisation et de confusion. Je suis en grand utilisateur et consommateur de réseaux sociaux et je suis à même de mesurer leurs forces et leurs faiblesses, mais jamais ils ne m’ont paru si consternants.
Leur capacité de rejoindre personnellement des milliers de personnes à la fois est fabuleux. Vous ne vous doutez pas de  tout ce que j’apprends en les consultant. Ils sont aussi de grands émetteurs d’émotions et de passions et, c’est du moins l’impression que j’en avais hier soir, de grands amplificateurs des états d’âme et des positions sans nuance. Bref, des accélérateurs de crise.
La crise actuelle est résolument moderne. Non seulement chaque individu devient un média, mais les organisations, autrement centralisées, deviennent fragmentées et informelles, ce qui rend la résolution des problèmes et des différends encore plus complexes. Je ne parle pas ici spécifiquement de la CLASSE, mais de Toutes les organisations, y compris les entreprises privées.
Quand j’étais éditeur d’un groupe de publications, je me retrouvais avec la responsabilité budgétaire de magazines et de journaux, mais sans avoir le contrôle sur les principales fonctions qui permettaient la rentabilité. En milieu de travail, on appelle ça la gestion matricielle : les fonctions administratives deviennent des entités autonomes qui rendent des « services » aux unités d’exploitation. Cela me mettait souvent en rogne, car la responsabilité était centralisée (à moi) alors que l’exécution ne l’était pas. Cette situation créait un petit chaos permanent et un besoin insatiable de réunions pour coordonner les efforts de tout le monde.
Dans ce sens, croyez-le ou pas, je comprends (un peu) Gabriel Nadeau-Dubois quand il prétend qu’il n’a pas le pouvoir de diriger son organisation comme on serait en droit de l’entendre d’un leader. Il détient un immense pouvoir informel, mais il n’a pas le contrôle en temps réel sur ses troupes.
Son métier, c’est plutôt celui d’un agitateur professionnel : trouver le discours, bâtir la cohérence et influer sur le cours des choses. Ici, son pouvoir est infini et il est en train de réussir son audacieux pari qui consiste à faire migrer la lutte contre la hausse des frais de scolarité à une contestation radicale de l’ordre établi. Quand il parle d’une élite «gloutonne, vulgaire et corrompue » et qu’il affirme que la lutte actuelle n’est qu’un tremplin à une contestation beaucoup plus large, il trace un chemin qui mène davantage à la révolution qu’à la réforme.
La « non organisation » de la CLASSE,  jumelée à la puissance des médias sociaux, est une recette pour le chaos. Chaque assemblée étudiante est souveraine et tout le monde peut convoquer et publiciser sur le site de la CLASSE une manifestation dans l’heure qui suit. Tout le monde peut aller, au sens propre et au sens figuré, dans la direction qu’il veut, à cause d’un manque flagrant d’encadrement. Comme sur les médias sociaux, c’est le règne de la spontanéité.
Pourquoi croyez-vous qu’il y a tant de dérapages et d’infiltration d’éléments indésirables dans chacune des manifestations de la CLASSE et qu’il y en a si peu dans les grandes manifestations organisées par d’autres groupes ? Parce que même la CSN n’accepterait jamais qu’un manifestant masqué, casqué et muni d’un pic à glace participe à une manifestation qu’elle organise. Son service d’ordre interviendrait massivement, sinon brutalement, pour empêcher des éléments perturbateurs de tout gâcher. On dirait que l’ordre social indiffère totalement la CLASSE, à moins qu’elle ne trouve son intérêt, elle aussi, dans la radicalisation de la crise et du mouvement.
Je le dis, la CLASSE n’assume pas les responsabilités qu’on doit s’attendre d’une organisation au si fort pouvoir de mobilisation. Je comprends son modèle, mais il est inadéquat dans les circonstances.
Quant au gouvernement, il est enfermé dans une logique qui ne permet pas beaucoup de concessions. J’ai mes opinions sur les droits de scolarité et l’accessibilité aux études supérieures, mais nous avons déjà dépassé cet enjeu.
Dans l’optique gouvernementale, cette mesure présentée il y a plus d’un an et adoptée par l’Assemblée nationale n’est pas négociable sur le fond. Retraiter sur cette question, revient à donner le mode d’emploi à tous les groupes qui voudraient faire reculer le gouvernement sur un enjeu. Le pouvoir de perturbation des syndicats de la construction ou des cols bleus est autrement plus considérable que celui des étudiants.
Les autres leaders jouent un jeu subtil. Pauline Marois veut profiter de la vague, sans trop se compromettre sur le gel des frais de scolarité ni trop s’embarquer dans la déferlante de la CLASSE. À la place de Jean Charest, j’aurais déjà mon discours : le PQ joue le jeu de la gauche la plus radicale. Quant à François Legault. il veut que les négociations reprennent sans la CLASSE, alors qu’elles ont justement été interrompues à cause du refus des autres associations de négocier sans la CLASSE.
Comment sortir alors de cette impasse ? Des élections sur les frais de scolarité et le Plan Nord ?
C’est toujours la même histoire
Publié dans : Économie, Finances publiques
C’est fou comme l’histoire ne cesse jamais de se répéter. Je vais vous parler d’un projet immense. Tellement gigantesque, qu’on l’appelait alors « le projet du siècle ».
Un premier ministre du Québec l’a annoncé lors d’une assemblée partisane.
Les écologistes ont dit que ce serait une catastrophe.
Un des grands prêtres du nationalisme économique  avait qualifié le projet en question de « projection vers l’avenir du retour à la terre du Curé Labelle », alors qu’une «révolution technologique était en train de se produire », ce qui rendait passéiste ce recours à l’hydroélectricité.
On a dit qu’il n’y avait aucune justification à ce projet, sinon le capital politique et la création d’emplois (comme si ce n’était rien).
On a dit que le gouvernement voulait limiter la croissance d’Hydro-Québec en créant une société qui serait le maître-d’oeuvre des travaux et des installations.
On a dit que le gouvernement n’a pas été franc dans ce dossier.
Les coûts de construction ont été considérablement sous-estimés.
La FTQ a exigé le monopole de la représentation syndicale et on a saccagé le campement des travailleurs du chantier pour avoir gain de cause.
Le gouvernement a créé une commission d’enquête sur l’industrie de la construction pour faire la lumière sur cette industrie.
Vous avez deviné, je faisais mention du projet de la baie James qui a tant marqué les années 1970.
On retrouve aujourd’hui les mêmes acteurs, jouant la même partition, 40 ans plus tard, et sans aucune note discordante.
Une seule différence : les Cris sont aujourd’hui les partenaires du gouvernement et de l’industrie minière dans l’exploration des richesses naturelles de la baie James.
Dans sa chronique à la radio hier matin, René Vézina racontait ce qui se passe à la mine Renard, à la baie James, un projet de 802 millions de dollars. Les gouvernements percevront 100 millions de dollars en revenus fiscaux par année pendant 10 ans. Les Amérindiens vont déboiser la route menant à la mine. La compagnie paiera les installations nécessaires à l’approvisionnement en électricité et une partie de la route conduisant à la mine. L’autre partie sera payée par les fonds publics puisqu’elle mènera au nouveau parc national Albanel-Témiscarnie-Otish, qui n’est desservi par aucun axe routier.



