Manifs étudiantes, alcool au volant : les jeunes sont-ils irresponsables ?

Publié dans : Science et société

16 mai 2012

Dans sa dernière chronique dans le journal La Presse à propos de la hausse des frais de scolarité, Alain Dubuc fait remarquer que nombre d’étudiants en grève font partie de la classe d’âge des 21 ans et moins qui, depuis la Loi 71 qui a modifié le Code de la sécurité routière, n’ont plus le droit de conduire après avoir consommé de l’alcool.

Selon le chroniqueur, cette tolérance zéro «se justifie par les habitudes de conduite des jeunes, et par des considérations comportementales et neurologiques, notamment la propension à l’impulsivité et à la prise de risque et les lacunes dans l’exercice du jugement.»

C’est faux. Dans le second rapport de la Table québécoise sur la sécurité routière, qui a servi de base à la modification de la loi, on justifie cette mesure par deux éléments :

- le fait que la majorité des nouveaux conducteurs se retrouvent parmi les jeunes;

- le fait que les jeunes ont une plus grande propension à prendre des risques.

Un jeune inexpérimenté au volant n’a pas moins de jugement qu’un vieux qui vient d’apprendre à conduire.

L’interdiction de l’alcool au volant touche d’ailleurs tous les nouveaux conducteurs, quel que soit leur âge.

L’opposition à la hausse des frais de scolarité n’est pas non plus qu’une question d’âge. Beaucoup de «vieux» arborent le carré rouge. Les considérer comme des attardés qui manquent de jugement est plutôt insultant!

Au passage, signalons que, selon les chiffres présentés par la table sur la sécurité routière, le pourcentage de gens décédés dans des accidents de la route au Québec qui avaient de l’alcool dans le sang est de 43% chez les 16-24 ans… et de 47% chez les 25-44 ans.

La propension à prendre des risques, voire la témérité, est en revanche sans nulle doute une caractéristique associée à l’adolescence, tel que démontré par de nombreuses études.

C’est souvent dangereux, au volant comme dans la vie en société, et cela explique pourquoi on interdit aux mineurs de voter et aux moins de 16 ans de conduire.

Notez au passage que cela n’a pas empêché Ottawa de durcir les peines envers les jeunes contrevenants.

Mais balayer du revers de la main les revendications des étudiants sous prétexte qu’ils sont jeunes et ont le goût du risque me parait un peu simpliste.

Car prendre des risques mesurés permet d’innover et peut parfois déboucher sur des résultats drôlement intéressants.

Parlez-en à Mark Zuckerberg, qui fête cette semaine ses 28 ans et devrait ramasser dans les 100 milliards avec l’entrée en bourse de Facebook…

Ou tiens, plus près de nous, à Xavier Dolan, qui était au Festival de Cannes à 20 ans.

Tous les petits génies n’ont pas 45 ans et plus.

Frais de scolarité : des scientifiques pour le carré blanc

Publié dans : Science et société

15 mai 2012

Un groupe de scientifiques s’est joint hier aux médecins, à l’UPA et à d’autres groupes qui réclament un moratoire sur la hausse des frais de scolarité en arborant un carré blanc, dans le but de rétablir la paix sociale au Québec.

Christiane Ayotte, chercheure à l’INRS-Institut Armand-Frappier réputée mondialement pour ses travaux sur le dopage, Cyrille Barette, spécialiste de la biologie de l’évolution à l’Université Laval, Claude Villeneuve, titulaire de la chaire en écoconseil à l’université du Québec à Chicoutimi, Louis Fortier, océanographe à l’université Laval et directeur du réseau pancanadien ArcticNet figurent entre autres parmi les 60 signataires initiaux de la lettre publiée.

Certes, aucun de ces scientifiques ne se prononce dans le débat sur les frais de scolarité en s’appuyant sur ses travaux de recherche.

Tous connaissent cependant bien la réalité des universités qui les emploient, et celle des étudiants qui sont nombreux dans leurs laboratoires.

On reproche souvent aux scientifiques d’être isolés dans leur tour d’ivoire et de ne pas être assez présents dans les débats de société.

Dans la tempête actuelle, leur prise de position est importante et mérite d’être entendue. Gageons qu’ils seront nombreux, dans les prochains jours, à s’ajouter à la liste des «Scientifiques pour le retour à la paix sociale».

Le Plan Nord, une fabulation ?

Publié dans : Climat - Environnement, Énergie / Ressources naturelles

14 mai 2012

Deux semaines après le Salon Plan Nord organisé par le gouvernement du Québec au Palais des congrès de Montréal, des chercheurs réunis au même endroit dans le cadre du congrès de l’Acfas ont discuté à leur tour du Plan Nord, sur un ton beaucoup plus critique, dans un colloque intitulé Plan Nord 2.0 : avantages, inconvénients et alternatives au développement du Nord québécois

Réunis par le professeur de philosophie de l’Université de Montréal Christian Nadeau, les universitaires présents ont regretté le manque de débats autour d’un projet qui selon eux suscite beaucoup de questions, mais fournit bien peu de réponses.

Normand Mousseau, professeur de physique et vulgarisateur réputé dans les questions d’énergie, a recommencé par rdiscuter du potentiel de développement de l’industrie minière dans le Nord.

Combien l’exploitation des minerais du Nord pourrait-elle rapporter aux Québécois?

Selon le chercheur, il est bien trop tôt pour s’avancer sur des chiffres, alors que la nouvelle mouture de la Loi sur les mines est encore en discussion.

Avec le modèle choisi par le Québec de redevances imposées sur les profits des compagnies, croit-il, il y a de fortes chances que les retombées ne soient pas au rendez-vous, puisqu’il reste très facile de jouer sur les chiffres et de faire disparaître les profits.

Hugo Asselin, professeur à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, est allé encore plus loin.

Selon ce chercheur titulaire de la Chaire de recherche du Canada en foresterie autochtone, c’est une véritable malédiction des ressources qui risque de s’abattre sur le Nord.

Contrairement à l’idée reçue, affirme-t-il, une région richement dotée en ressources naturelles en tire rarement de la richesse.

Cette notion de «malédiction des ressources», qui afflige effectivement plusieurs régions dans le monde, ne fait pas consensus. Mais le chercheur croit que le gouvernement devrait être beaucoup plus prudent quand il estime que les communautés nordiques bénéficieront du développement de l’exploitation des ressources naturelles dans le Nord.

Le spécialiste des politiques énergétiques de HEC Pierre-Olivier Pineau, quant à lui, s’est livré à une lecture critique de la «fiche sectorielle» sur l’énergie incluse dans le Plan Nord, intitulée «faire du Québec une puissance mondiale de l’énergie renouvelable».

Avec ou sans Plan Nord, a rappelé d’emblée le chercheur, le Québec est déjà une puissance mondiale de l’énergie renouvelable. Qu’est-ce qui va changer ?

«Dans le cadre du Plan Nord, le gouvernement s’engage à développer 3 500 MW d’énergie propre et renouvelable supplémentaire, soit 3 000 MW d’hydroélectricité, 300 MW d’éolien et 200 MW provenant d’autres sources d’énergie renouvelable» peut-on lire dans le document du gouvernement.

Le coût de cette nouvelle capacité de production est estimé à 7,1$ millions par mégawatt installé – et à 13,4$ millions par MW selon un autre document gouvernemental, explique Pierre-Olivier Pineau.

Dans les deux cas, c’est plus cher qu’un projet comme La Romaine, déjà critiqué pour son coût élevé.

Pourquoi ces chiffres-là sont-ils annoncés? Pour satisfaire quels besoins? Dans quelle logique énergétique ces dépenses se placent-elles?

Pierre-Olivier Pineau cherche encore des réponses à ces questions , qui devraient pourtant constituer la prémisse de tout nouveau projet de développement énergétique et faire l’enjeu d’un débat de société. «Personne n’est capable de nous répondre clairement», dit-il.

Dans ce dossier, Québec n’applique absolument pas sa propre Loi sur le développement durable, regrette-t-il.

«C’est une fabulation de développement énergétique dont même Hydro-Québec se distingue, tant cela n’a aucun sens».

Le Plan Nord, une fabulation ? Vu l’énergie et les moyens qu’y consacre le gouvernement du Québec, cela n’a rien de rassurant…

2 milliards de retombées pour le train de banlieue

Publié dans : Transports

11 mai 2012

La mise en service d’une ligne de train de banlieue entre 2000 et 2003 sur la rive sud de Montréal, à partir de Mont-Saint-Hilaire, a fait augmenter la valeur foncière des maisons des environs de gares de 2 milliards de dollars, selon une étude de Jean Dubé, professeur à l’université du Québec à Rimouski, présentée hier au congrès de l’Acfas.

Le chercheur a analysé 24 0000 ventes et reventes de maisons et condos qui se sont déroulées dans les environs des gares avant et après la construction des gares, soit de 1992 à 2006.

Il a géolocalisé toutes les maisons en fonction de leur distance à pied aux gares et du temps de trajet nécessaire pour s’y rendre en voiture, puisque toutes ces gares disposent de stationnement incitatifs. Puis il a couplé ses informations avec celles recueillies auprès des voyageurs par l’Agence métropolitaine de transport, qui exploite la ligne, pour définir la réelle zone d’influence du transport en commun.

La distance à pied à la gare, tout comme le temps nécessaire pour s’y rendre en voiture, influencent directement la hausse de la valeur foncière, a-t-il observé.

À moins de 500 mètres à pied des gares, la valeur des maisons a augmenté de 13% avec la mise en service de la ligne de train de banlieue. L’augmentation est encore de 9,7% à moins d’un kilomètre de la gare, mais n’est plus significative au delà de 1,5 km.

La valeur totale du parc immobilier influencée par l’implantation du service est de 44 milliards de dollars. Sur ce montant, deux milliards de dollars peuvent être directement attribué à la mise en service du train, a calculé le chercheur.

Selon Jean Dubé, la littérature scientifique montre que l’implantation de trains de banlieue a un effet positif sur la valeur foncière. L’effet est moins marqué pour les autres modes de transport sur rail, comme le tramway, et souvent négligeable, voire négatif, pour les lignes d’autobus.

Mais l’effet sur la valeur foncière dépend fortement des caractéristiques régionales, de la taille des villes, du type de résidence, de la qualité du service de transport et de l’aménagement des gares. Il est donc difficile de transposer l’expérience d’une ville à une autre.

Les promoteurs du transport en commun se servent souvent de l’argument de la hausse de la valeur foncière des maisons pour vanter leurs projets. Dans certains cas, comme sur la rive sud de Montréal, le résultat est très clair. Sur la rive nord de Montréal, où le train de banlieue rejoint Saint-Jérôme, l’impact est peut-être même encore plus important, croit Jean Dubé qui étudie en ce moment cet autre trajet.

Mais il faut rester prudent dans ces analyses. Selon le chercheur, il est par exemple bien trop tôt pour espérer que le projet d’implantation d’un tramway à Québec, tel qu’envisagé par le maire Régis Labeaume, aura un effet marqué sur la valeur foncière des propriétés environnantes. C’est pourtant l’un des arguments massues des autorités municipales pour défendre le tracé prévu

GES : un match nul Québec – Ottawa

Publié dans : Climat - Environnement

10 mai 2012

À quelques jours d’intervalle, le Commissaire au développement durable du Québec et le Commissaire à l’environnement et au développement durable du Canada ont rendu leurs rapports respectifs  sur la gestion gouvernementale des politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Bilan ? Un résultat nul : un gros zéro pour Québec comme pour Ottawa.

Les rapports pointent des lacunes considérables au provincial comme au fédéral.

À Québec, c’est surtout la reddition de comptes qui fait défaut avec le Plan d’action sur les changements climatiques 2006-2012, composé de 26 mesures et doté d’une enveloppe budgétaire de plus de 1,5 milliard de dollars.

Le principal problème, note le commissaire Jean Cinq-Mars, c’est que Québec n’évalue pas l’efficacité de ces mesures. Le gouvernement se contente de publier le bilan annuel des émissions de GES au Québec, comme ci celui-ci était le résultat direct de ses actions. 

Or le bilan des émissions est probablement avant tout lié à des facteurs qui ne dépendent pas de l’action du gouvernement, principalement la situation économique – plus des usines ferment, moins elles émettent de GES, et moins il y a de camions sur les routes.

Or entre 2004 et 2009, le nombre d’usines au Québec a diminué de 20%. Avec ou sans plan d’action, les émissions auraient baissé !

C’est un peu comme si on notait le QI d’un enfant sur son bulletin pour savoir s’il a bien travaillé à l’école. Pas pertinent.

Si Québec est un bien mauvais élève, Ottawa a carrément décroché.

Le Canada n’a tout simplement aucune chance d’honorer ses engagements pour 2020 en matière de changements climatiques, inscrits dans l’accord de Copenhague et transposés dans la Stratégie fédérale de développement durable de 2010, affirme en effet le commissaire fédéral Scott Vaughan.

L’approche sectorielle de diminution des émissions de GES que prône le gouvernement Harper tarde beaucoup trop à être traduite en mesures réglementaires qui forceraient des gains.

Ainsi, aucun réglement  n’a encore été élaboré pour encadrer le secteur des produits pétroliers et du gaz, deuxième plus grand émetteur de GES au pays.

Quant aux nouveaux réglements sensés encadrer les centrales électriques au charbon, ils ne s’appliqueront pas avant 2020 à 34 des 47 centrales existantes, et pas avant 45 ans aux centrales construites d’ici 2015 !

On ne sait pas non plus combien vont coûter ces nouvelles mesures, ni ce qu’elles donneront.

À lire aussi dans son rapport, le bilan désastreux de la gestion des sites contaminés fédéraux.

Transport électrique : les petits pas d’Hydro-Québec

Publié dans : Transports

9 mai 2012

Hydro-Québec a manqué sa cible pour 2011 pour diminuer les émissions générées par son parc de  véhicules, qui représentent la seconde source de gaz à effet de serre produits par la compagnie après ses centrales thermiques, peut-on lire dans le rapport de développement durable qu’elle publie ces jours-ci.

Les émissions de GES des véhicules d’Hydro-Québec se sont établies à 56 005 tonnes équivalent CO2, en baisse de 0,5% par rapport à l’an dernier.

La cible fixée pour 2011 était de 53 300 t eqCO2 et malgré l’achat de 10 Chevrolet Volt en cours d’année, elle n’a pas pu être atteinte. Hydro-Québec ne prévoit pas atteindre ses objectifs à ce chapitre pour 2012 et 2013.

Même si ce n’est pas facile, ce serait quand même bien qu’Hydro-Québec réussisse à ce chapitre, elle qui se positionne comme un acteur clé pour l’électrification des transports terrestres, avec notamment la mise en place d’un réseau de bornes de recharge…

Tricheurs, les riches ?

Publié dans : Découverte, Sciences sociales

8 mai 2012

Un statut social élevé incite-t-il à adopter des comportements contraires à la morale ou malhonnêtes ? Oui, affirment des chercheurs californiens et canadiens dans une étude intitulée Higher social class predicts increased unethical behavior publiée dans la revue PNAS.

Paul Piff et ses collègues de l’université de Californie à Berkeley et de l’Université de Toronto se sont livrés à sept petites expériences en laboratoire et à un coin de rue qui, sans apporter une réponse définitive à cette question, donnent toutefois des résultats troublants.

Dans un premier temps, ils ont posté des observateurs à un carrefour muni de quatre panneaux «Arrêt» et leur ont demandé de compter le nombre de fois où un véhicule passait avant son tour ou ne s’arrêtait pas.

Les observateurs devaient aussi classer tous les véhicules se présentant à l’intersection en cinq catégories de statut social, en fonction du modèle, de l’âge et de l’apparence générale du véhicule.

Sur 274 conducteurs, les 27 «plus riches» ont été environ trois fois plus nombreux que les 26 «plus pauvres » à mal se comporter à l’intersection.

Dans une autre expérience, ils ont observé combien de conducteurs ne laissaient pas passer un passant engagé sur la chaussée à un passage piéton. Là encore, les conducteurs des véhicules les plus coûteux étaient largement plus fautifs que les plus modestes.

Les chercheurs ont aussi ont soumis plusieurs cohortes d’étudiants à divers tests en laboratoire.

Dans le premier d’entre eux, par exemple, 104 étudiants devaient donner des informations sur leur statut social et dire s’ils étaient plus ou moins en accord avec des incivilités (manger gratuitement en l’absence du superviseur quand on est employé d’un fast-food, prendre un paquet de feuilles dans la photocopieuse de l’université, pirater un logiciel, ne pas signaler à un caissier qu’il s’est trompé en votre faveur en vous rendant la monnaie…).

Bilan : dans tous les cas, les étudiants venant de milieux plus aisés ont été plus nombreux en proportion à approuver des comportements malhonnêtes.

Bien sûr, précisent les chercheurs, il existe bien des exceptions : tous les riches ne sont pas des tricheurs et les pauvres des modèles de vertu.

Mais le fait que les personnes plus aisées soient plus enclines à faire passer leur intérêt avant celui des autres est très certainement l’un des principaux moteurs exacerbant les disparités économiques.

Une autre analyse de cette étude sur le blogue du Dr Dominique Dupagne.

Congrès de l’Acfas : c’est parti !

Publié dans : Science et société

7 mai 2012

3500 conférences, dont un bon millier accessibles gratuitement, 5000 scientifiques… le 80ème congrès de l’Acfas commence aujourd’hui au Centre des congrès de Montréal.

Quelques colloques à venir qui ont retenu mon attention (parmi bien d’autres…):

Ville en pulsations, cité en transformation

Utiliser les TIC pour intervenir en santé des populations

Écosystèmes, biodiversité et changements climatiques : préparer les stratégies d’adaptation pour le Québec

Science et démocratie

Mercredi, une journée spéciale sur le thème «Femmes, science et génie», accessible à tous et toutes, se terminera pas une conférence avec les astronautes Julie Payette et Claudie Haigneré.

À ne pas manquer également, l’exposition des oeuvres des vainqueurs du concours d’images scientifiques La preuve par l’image, à la Grande Bibliothèque. Superbe!

Jeudi, je serai en direct dans l’émission de France Inter La tête au carré, qui sera diffusée toute la semaine de Montréal.

Bonne fête de la science !

Remèdes chinois : allergènes et animaux menacés au menu

Publié dans : Découverte, Santé

7 mai 2012

Alors que débute la semaine de la naturopathie (oui, ça existe!), on apprend que les remèdes traditionnels chinois, que l’on peut notamment acheter dans tous les Chinatowns du monde et sur internet, renferment une foule d’ingrédients pas très recommandables, dont certains issus d’animaux en danger de disparition, selon une étude publiée par des chercheurs australiens dans la revue PLoS Genetics.

L’équipe de Michael Bunce de l’université Murdoch à Perth a analysé l’ADN prélevé dans 15 échantillons de remèdes traditionnels (infusions, poudres, pilules) interceptés par les douanes australiennes.

Quatre d’entre eux contenaient des plantes du genre Ephedra, interdites notamment au Canada à cause de leurs effets toxiques potentiellement mortels.

Six contenaient des allergènes connus (noix et soya) qui n’étaient pas mentionnés sur l’étiquette. 

Quatre contenaient des traces de deux animaux menacés (l’ours du Tibet Ursus thibetanus) et l’antilope Saïga Saiga tatarica), dont le commerce est rigoureusement interdit par la convention CITES, signée par la Chine en 1981.

Au total, 78% des échantillons contenaient des traces de produits animaux non déclarés sur l’étiquette, comme du crapeau, de la vache ou de la chèvre.

Si la pharmacopée chinoise entend être prise au sérieux sur la scène internationale, elle va devoir faire une sacrée mise à niveau de ses normes de qualité, en concluent les chercheurs.

Et la naturopathie aussi ! Au programme de la conférence organisée cette semaine par l’Association de médecine naturopathique du Québec : soigner les enfants par homéopahie, les remèdes naturels contre l’autisme et «découvrez pourquoi vous êtes fatigué». Ça promet…

Médecine : le mystère des prescriptions hors normes

Publié dans : Découverte, Santé

4 mai 2012

Les médecins de première ligne du Québec donnent souvent à leurs patients des médicaments qui n’ont pas été approuvés par Santé Canada pour l’usage visé par la prescription, montre une étude de l’université McGill publiée dans les Archives of Internal Medicine.

Tewodros Eguale et ses collègues ont examiné les 253 347 prescriptions signées par 113 médecins de première ligne québécois entre janvier 2005 et décembre 2009.

Ils ont découvert que 11% de tous les médicaments prescrits l’avaient été «off-label». Pour certains de médicaments, le taux de prescriptions hors normes atteignait des sommets, comme pour les anticonvulsants (66,6% de hors normes), les antipsychotiques (43,8%) ou les antidépresseurs (33,4%).

Faut-il s’inquiéter que les médecins dérogent régulièrement aux normes dictées par Santé Canada, même si cette pratique est parfaitement légale ?

Oui… et non.

Dans la majeure partie des cas (79% selon les chercheurs), ces prescriptions hors normes ne s’appuient pas sur des preuves scientifiques.

Pour donner ces médicaments, les médecins se basent sur leur propre expérience et sur la connaissance du patient qu’ils ont en face d’eux. Avec tout ce que cela peut comporter d’aléatoire.

Comme le souligne toutefois un autre chercheur dans une lettre d’opinion publiée par Archives of Internal Medicine (What does off-label prescribing really mean?), la diversité des personnes traitées par un médecin fait qu’il serait illusoire de se dire qu’on peut, lors des études cliniques et des processus d’approbation, prévoir tous les cas où un médicament pourra soulager un malade.

Il y aura toujours de la place, et c’est heureux, pour qu’un médecin puisse déroger aux normes.

Le hic, c’est qu’on manque dramatiquement d’information sur ce phénomène. Le «savoir collectif» des médecins n’est consigné nulle part, pas plus que l’efficacité de leurs prescriptions.

On peut se demander aussi s’il ne faudrait pas revoir les coûteux processus d’approbation d’un médicament quand au final celui-ci est plus souvent qu’autrement prescrit à des malades auquel il n’était pas initialement destiné. Traquer les effets indésirables peut devenir tout un casse-tête dans ces conditions !

Pour Tewodros Eguale et ses collègues, la prochaine étape consistera à essayer d’établir des liens entre les médicaments prescrits et les résultats thérapeutiques en partant des données fournies par les médecins.

À l’heure où l’on essayer de juguler les frais de santé de toutes les manières possibles, il y a certainement là bien des choses à éclaircir…

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