3 décembre 2009

Le délire du « Climategate »

Publié dans |


Les gens qui sont persuadés que le piratage de documents du Climate Research Unit (CRU) révèle une gigantesque supercherie au sujet du réchauffement climatique me font penser aux occupants d’un navire en train de chavirer, prêts à se raccrocher au moindre bout de bois pour ne pas se noyer. Un Climategate? Plutôt une vaguelette!

Leur propension à généraliser à partir d’une histoire anecdotique et à émettre des commentaires dénigrants à propos des «chercheurs véreux», «réchauffistes», «environnementeurs» et autres «journalistes vendus» serait presque risible si elle n’avait aucun impact politique.

Dans le palmarès des interprétations les plus honteusement partisanes et simplistes entendues au Québec à propos de cette histoire, je donne la palme à Mme Nathalie Elgrably-Lévy, économiste senior à l’Institut économique de Montréal, qui annonce que la bulle verte a éclaté. Rien de moins!

Pourrait-on faire preuve d’un peu de nuance ?

Le GIEC compte des milliers de chercheurs sur toute la planète, et ceux du CRU n’y jouent pas un rôle particulièrement prédominant. Par ailleurs, les chercheurs n’ont pas attendus que le GIEC soit créé pour annoncer les changements climatiques. Le premier à avoir calculé que la Terre se réchaufferait sous l’impact du gaz carbonique est le prix Nobel Svante Arrhenius… en 1896 !

C’est vrai, il y a encore toutes sortes de gens qui doutent au sujet des changements climatiques. Mais ils sont de moins en moins nombreux à contester des prédictions de plus en plus étayées. L’immense majorité des scientifiques qui se sont sérieusement penchés sur la question sont d’accord sur une chose : il y a urgence à diminuer drastiquement nos émissions de GES.

Par sérieusement, j’entends que ces scientifiques n’ont pas fait que prononcer des conférences ou écrire des livres à ce sujet, mais qu’ils ont publié dans des revues savantes reconnues des études portant sur les changements climatiques et dont la méthodologie et les conclusions ont été reconnues comme valides. Et qu’ils n’ont pas accepté d’argent des compagnies pétrolières.

Cela peut paraître évident, mais mérite d’être rappelé dans le contexte actuel: le fait qu’un scientifique soit bardé de diplômes et à l’emploi d’une université prestigieuse ne garantit aucunement qu’il est un spécialiste sérieux des changements climatiques.

Le chercheur français Vincent Courtillot, directeur de l’Institut français de physique du globe et ami de l’ex-ministre controversé Claude Allègre, en est un bon exemple. Non seulement ce chercheur de renom (sur le magnétisme terrestre) a publié des articles très mauvais au sujet du climat, mais il a fait face à des accusations en conflit d’intérêt en rapport avec certains de ses publications. Voyez ce qu’on dit ici à son propos.

Le climatologue Richard Lindzen, du MIT, fait partie des rares voix discordantes crédibles à propos des changements climatiques. Ses arguments méritent selon moi d’être entendus. Cet ancien membre du GIEC, qui en a démissionné après le 3ème rapport, ne nie pas le réchauffement (contrairement à ce qu’écrit Mme Nathalie Elgrably-Lévy, il fait bien partie des «réchauffistes»). Il conteste cependant certains des modèles en vigueur pour prédire les tendances climatiques et dénonce leur récupération politique. Aucune de ses études ne prouve pour l’instant qu’il a raison.

Des voies aussi comme celle de Mike Hulmes, également chercheur à la University of East Anglia, ou celle du chroniqueur du New York Times John Tierney, s’élèvent pour dénoncer la simplification des conclusions scientifiques à des fins politiques.

Devant l’urgence d’agir , les chercheurs auraient tendance à ne pas mettre assez l’emphase sur les limites de leurs études pour que leur message passe. C’est certainement vrai. Mais si on les avait écouté plus tôt et plus souvent à propos des changements climatiques, ils n’auraient peut-être pas à crier aussi fort!

ceci dit, tout cela n’a que peu de lien avec les prétendues révélations des pirates.

En tout et pour tout, deux points dans les courriels dérobés ont retenu l’attention: le fait que le chercheur Phil Jones ait utilisé le mot «trick» (astuce) pour expliquer pourquoi il n’avait pas pris en considération certaines données dans un modèle, et le fait qu’il ait refusé de divulguer des données météorologiques sur lesquelles il s’était appuyé.

L’«astuce» a été expliquée et est justifiée du point de vue scientifique. Je vous passe les détails, ils sont ici.

Quant aux données météos, il n’avait tout simplement pas le droit de les diffuser, car elles ne lui appartenaient pas. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les grandes organisations météorologiques sont seulement tenues de diffuser gratuitement les données météo de base permettant à la communauté internationale des météorologues de prévoir le temps qu’il fera. Mais elles ont le droit de garder privées d’autres données, de les facturer aux chercheurs et d’en limiter l’usage.

Aucune instance scientifique n’a réclamé d’enquête sur Phil Jones et son équipe, à l’exception de la University of East Anglia, qui va demander à des experts indépendants de faire toute la lumière sur cette histoire. L’université espère en outre que cela l’aidera à trouver une solution pour que ses chercheurs ne soient plus complètement débordés par la gestion des innombrables demandes d’accès à l’information qui leur parviennent.

Quant à Phil Jones, il a annoncé hier qu’il quittait temporairement ses fonctions de directeur du CRU, le temps de cette enquête.


90 commentaires à “

Le délire du « Climategate »

Pages : [9] 8 7 6 5 4 3 2 1 » Tous les commentaires

  1. 90
    Qqu à Qqp :

    En admettant que le réchauffement climatique serait une supercherie, il serait toujours valable de vouloir prendre le virage vert. Le monopole de l’énergie par les combustibles fossiles n’a fait que ralentir les avancés technologiques dans bien des domaines. Et toute “monoculture” fragilise le système dans son ensemble. L’avenir est aux nouvelles énergies.


  2. 89
    Guillaume :

    Comme le Climategate n’existe que dans les esprits tordus de quelques aveugles d’une réalité qui dérange les tenants d’une exploitation aveugle et sans limite des ressources de notre planète.

    Je me demande bien pourquoi discuter de quelque chose qui n’existe que dans les chimères de leurs esprits.


  3. 88
    léon :

    Le discours écolo “sauvons la planète” des politiques est un bon système de terrorisme intellectuel : Ceux qui ne croient pas au réchauffement planétaire sont contre la planète, et n’ont donc qu’un seul droit, celui de se taire. Droit qu’il est d’ailleurs question de leur retirer.
    — En résumé : Croyez au réchauffement climatique,fermez la ,et SURTOUT PAYEZ VOS TAXES VERTES !!!


  4. 87
    Yvon Fleurent :

    @ Québécoise-Canadienne

    La Mme. n’est pas la seule a avoir été piquée.

    Les Ontariens et les Québécois 75% de la population du Canada sont en beau sautasus après la hardepeur.

    http://www.cyberpresse.ca/environnement/200912/14/01-930739-le-quebec-et-lontario-en-colere-a-copenhague.php


  5. 86
    Yvon Fleurent :

    “Il serait peut-être bon de permettre aux scientifiques, qui ne sont pas d’accord avec ce réchauffement, de s’exprimer…”

    Ne craignez pas, les contres, ils ont tout le fric qu’ils peuvent imaginer le la part des entreprise géantes, les plus importantes de la planète qui ne veulent pas de changements dérangeants.


  6. 85
    Québécoise-Canadienne :

    Mme. à vous lire, je vois bien que la religion verte vous a atteinte. Je crois que l’on nous leurre avec le soi-disant “réchauffement climatique” et que cela soit dû à l’homme. D’après des scientifiques, nous nous dirigeons vers un refroidissement climatique, tout à fait normal, car de tout temps la terre s’est tour à tout réchauffé et refroidie. Par contre, il est vrai que nous poluons… mais il s’agit d’un autre débat. Malheureusement, ces soi-disant scientifiques du réchauffement continueront de nous dire que c’est de notre faute, et de celle de l’auto, car ils désirent toujours recevoir leurs millions pour la recherche dans ce sens. Jamais ils n’admettront leur erreur. Il serait peut-être bon de permettre aux scientifiques, qui ne sont pas d’accord avec ce réchauffement, de s’exprimer…


  7. 84
    Benoit Lahaie :

    Même si le réchauffement de la planète serait dû a un soleil plus ardent ou pour toutes autres raisons et que l’humain n’y serait pour rien, il serait très intelligent et très sage d’arrêté de polluer quand même. Que la planète soit chaude, froide ou tiède ça peut toujours s’endurer mais si l’eau que nous buvons n’est plus potable, l’air que nous respirons nous fait râler a chaque respiration, ça voudrait la peine de modérer notre consommation a outrance et de bien gérer nos déchets. Je pense que la nouvelle religion verte est comme toute les autres religions,ça contrôle une bonne partie de la population qui oubli les vrais problèmes comme la pauvreté, la maladie,les guerres et ce sont les grands prêtes de cette nouvelle secte qui vont bourrer leurs poches comme d’habitude.


  8. 83
    Au royaume du bonhomme Labeaume « Le Satellite Voyageur :

    [...] Le “Climategate”: On est en pleine conférence de Copenhague. On essaie de trouver des moyens d’améliorer le sort de la planète et là, bien sûr, il y a une tranche de la blogosphère qui capote parce que le GIEC aurait modifié des données sur certaines de leurs études sur les changements climatiques. [...]


  9. 82
    Montréalais :

    Merci Dr Strange pour ce résumé vidéo.

    Moi qui est pour le principe de précausion, la courbe présentée me donne tout le même l’impression qu’on veut donner de la validité aux données en faisant suivre aux courbes de croissance la même tendance que la température.

    Ce qui semble pas être le cas.

    Pourquoi gâcher un beau graphique comme ca? C’est pas si grave si la corrélation entre les anneaux de croissance et la température est pas parfaite. Et c’est drôlement plus éthique de présenter les résultats différenciés.


  10. 81
    DrStrange :

    Est-ce que l’humain à lui seul est l’unique cause du réchauffement? Probablement pas.
    Nous nous trouvons à la fin d’une ère inter-glacière. Donc d’un réchauffement naturel.
    Le Soleil lui aussi est soumis à différents cycles qui ont semble-t-il grandement contribué à la «petite ère glacière» du millieu du dernier millénaire.
    La distribution des courrants marins ainsi que l’albédo global ont tous des effets indépendamment de l’humain.
    Mais un fait est absolument indéniable: la capacité de rayonnement thermique (ou je ne sais comment l’appeler) du CO2. Il s’agit d’une propriété du CO2 comme celle de l’eau à geler à 0 celcius. L’implication de celle-ci est on-ne-peut plus simple: plus de CO2 = plus d’effet de serre.

    Débattre sur ce point précis serait comme de contester la gravité. Ridicule.


Pages : [9] 8 7 6 5 4 3 2 1 » Tous les commentaires

Laisser un commentaire

En soumettant un commentaire, vous acceptez de vous conformer à notre nétiquette.